Avis 2026 du Conseil des transitions environnementales et sociétales

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L'eau est longtemps apparue comme une ressource abondante, peu coûteuse et toujours disponible. Le dérèglement climatique, la multiplication des épisodes de sécheresse et d'inondation, la pression croissante sur les ressources et l'évolution des usages imposent aujourd'hui un changement de regard. Dans ce contexte, le Conseil des transitions environnementales et sociétales de l'université de Bordeaux publie un avis consacré à l'eau, ressource naturelle et bien commun, enjeu de gestion des campus et objet majeur de formation, de recherche et d’innovation.

Fruit d'un travail collectif mené pendant plusieurs mois en interrogeant de nombreux acteurs de l'université, cet avis du Conseil des transitions environnementales et sociétales (CTES) de l'université de Bordeaux propose un état des lieux de la situation de l’eau sur les campus de l’établissement et formule une série de recommandations destinées à l’accompagner dans sa transition écologique.

Avec plus de 54 000 étudiants, plus de 6 000 personnels, près de 250 bâtiments répartis sur plusieurs campus et 187 hectares de patrimoine, l'université de Bordeaux est un acteur important de la consommation d'eau en Gironde. L'avis du CTES rappelle que les enjeux ne concernent pas uniquement les volumes d'eau consommés, ils portent également sur l'état des réseaux, la qualité des rejets, l'accès à l'eau potable, les usages dans les laboratoires, les effets du changement climatique et même l'« eau virtuelle », c'est-à-dire l'eau mobilisée indirectement pour produire les biens, équipements ou services consommés par l’université.

Le CTES souligne que l'établissement a déjà engagé des actions importantes : baisse de la consommation d'eau depuis plusieurs années, déploiement progressif de compteurs permettant un suivi plus fin des consommationsrecherche de fuites, développement de projets de récupération des eaux pluviales, amélioration de certains équipements scientifiques ou encore obtention d'un financement de l'Agence de l'eau Adour-Garonne pour accélérer cette dynamique.

Mieux connaître pour mieux agir

Le Conseil estime néanmoins que la première priorité consiste à améliorer la connaissance des usages de l'eau à l'échelle de l’établissement. Aujourd'hui, malgré les efforts, les données existent mais restent dispersées entre différents services ou partenaires. Les consommations sont encore principalement suivies à partir des factures, sans vision suffisamment précise des usages par bâtiment ou par activité. Cette connaissance limitée rend plus difficile l'identification des économies possibles et la hiérarchisation des investissements.

Le CTES recommande ainsi la réalisation d'un diagnostic global des usages de l'eau, la création d'indicateurs partagés et d'une base de données consolidée, ainsi qu'une meilleure diffusion des informations auprès de la communauté universitaire.

Une gouvernance plus lisible

L'avis met également en avant la multiplicité des acteurs impliqués dans la gestion de l'eau : services patrimoniaux, SIGDU, directions techniques, laboratoires, Institut des transitions, CROUS ou encore collectivités.

Sans remettre en cause cette organisation, le Conseil estime qu'elle gagnerait à être davantage coordonnée. Il préconise de clarifier les responsabilités de chacun, de mettre en place un pilotage transversal associant l'ensemble des parties prenantes et d'intégrer plus étroitement les compétences des chercheurs dans les décisions opérationnelles concernant les campus.

Le CTES recommande également d'intégrer pleinement les risques liés à l'eau - sécheresses, inondations ou dégradation de la ressource - dans les futurs travaux de planification et d'adaptation de l'université au changement climatique.

Moderniser les réseaux et réduire les consommations

Une autre série de recommandations concerne directement les infrastructures. L'avis insiste sur la nécessité d'accélérer la rénovation des réseaux les plus anciens afin de limiter les fuites, de poursuivre le déploiement de la télé-relève des compteurs pour détecter rapidement les anomalies et de généraliser les équipements économes en eau dans les bâtiments.

Le Conseil encourage également le développement de solutions alternatives pour certains usages, comme la récupération des eaux de pluie ou le recours à des eaux non potables lorsque cela est techniquement et réglementairement possible.

Concernant les rejets, le CTES appelle à mieux caractériser la qualité des eaux rejetées par les différents bâtiments, à renforcer les actions de prévention, notamment dans les laboratoires, et à poursuivre les démarches de sensibilisation autour du principe de « zéro rejet à l'évier ».

Penser aussi l'eau invisible

L'un des apports originaux de cet avis est de mettre en lumière la notion d’eau « virtuelle » ou « cachée » - qui représente 90% de la consommation. Au-delà de l'eau utilisée directement sur les campus, chaque achat de matériel informatique, chaque chantier immobilier, chaque équipement scientifique ou chaque repas servi mobilise de l'eau tout au long de sa fabrication. Le CTES invite ainsi l'université à intégrer progressivement cette dimension dans sa politique d'achats responsables, à développer des outils d'évaluation de cette empreinte et à sensibiliser l'ensemble de la communauté universitaire à cet enjeu encore largement méconnu.

Former, rechercher et partager les connaissances

L'avis rappelle enfin que l'université de Bordeaux ne se limite pas à gérer sa propre consommation d'eau : elle est aussi une actrice scientifique majeure sur cette thématique. Ses formations, ses laboratoires et ses projets interdisciplinaires contribuent à faire progresser les connaissances sur les milieux aquatiques, les pollutions, l'adaptation au changement climatique ou encore la gestion durable de la ressource. Le CTES encourage à poursuivre cette dynamique en renforçant la place de l'eau dans les formations, en développant les approches interdisciplinaires et en valorisant davantage les recherches menées auprès des décideurs comme du grand public.

À travers cet avis, le Conseil invite finalement à considérer l'eau non plus comme une simple ressource technique à gérer, mais comme un bien commun dont la préservation mobilise l'ensemble des missions de l'université : former, produire des connaissances, innover et montrer l’exemple.

Selon l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’ONU, la consommation en eau et en électricité des centres de données devrait être multipliée par deux d’ici 2030 en raison surtout de l’explosion de la demande pour l’intelligence artificielle.

Cristina Tebar-Less, présidente du Conseil des transitions de l'université de Bordeaux

Avis CTES 2026 Eau

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