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Mise à jour le : 21/07/2026
Six mois après son élection, le vice-président étudiant (VPE) de l'université de Bordeaux, Eliott Viviant-Sauger, considère que le temps du diagnostic est passé : place, désormais, à l'action ! Au premier rang de ses priorités : la santé mentale étudiante, qu'il refuse de réduire à la seule question du soin psychologique.
« La santé mentale est un problème multifactoriel. Ce n'est pas parce qu'on mettrait un psychologue à disposition de tous les étudiants qu'on réglerait le problème. Ça y participe, mais il faut regarder aussi les rythmes d'études, le sport, la culture, la vie associative, les conditions de vie... » Cette conviction du vice-président étudiant (VPE) de l'université de Bordeaux, Eliott Viviant-Sauger, a guidé l'organisation, début juin à Bordeaux, des 89èmes rencontres nationales de la Conférence des étudiants vice-présidents et vice-présidentes d'université (CEVPU), consacrées pour la première fois entièrement à ce sujet. Soixante-dix participant(e)s - vice-présidents étudiants, représentants ministériels, services de santé, responsables de la vie étudiante, du sport et de la culture - se sont retrouvés pour partager leur expérience et tenter de faire évoluer les pratiques.
Pour le VPE, la santé mentale ne relève pas uniquement des services de santé : « Le rôle du sport ou de la culture est souvent sous-estimé. Pourtant, tout ce qui permet aux étudiants de souffler, de créer du lien ou de trouver un équilibre participe aussi à leur santé mentale. » Le séminaire de la CEVPU avait justement pour objectif de décloisonner les approches et de rappeler que chaque acteur et actrice de l'université peut agir à son niveau : enseignants, personnels administratifs, associations étudiantes, services de santé ou directions de formation. Les enseignant(e)s, notamment, occupent selon Eliott Viviant-Sauger une place déterminante : « Ce sont souvent eux qui voient, en premier, les étudiants en difficulté. Un étudiant qui se retrouve face à un mur d'indifférence, c'est très mauvais. À l'inverse, quelqu'un qui sait écouter et orienter vers les bonnes personnes, ça peut sauver des vies. »
Au fil de ses rencontres dans les composantes de l’université de Bordeaux, un sujet revient sans cesse : les conditions d'études. Le VPE cite volontiers son propre parcours au sein du Collège droit, science politique, économie et gestion (DSPEG) où il a connu des emplois du temps sans véritable pause déjeuner. « Pendant plusieurs années, on pouvait enchaîner des journées entières sans pause méridienne. Ce n'est pas normal. » Il se réjouit que cette année, une pause déjeuner ait enfin été sanctuarisée dans les emplois du temps de la plupart des formations du Collège. Pour lui, cette évolution dépasse une simple question de confort : « Quel salarié travaille douze heures d'affilée sans vraie pause ? Pourquoi l'accepter pour les étudiants ? »
Même réflexion sur la charge de travail, parfois évaluée à cinquante ou soixante heures hebdomadaires dans certaines formations. « Il faut qu'on réfléchisse collectivement aux rythmes étudiants et à la réussite. Aménager ses études pour faire une licence en quatre ou cinq ans ne devrait pas être vécu comme un échec. » Lui-même, pour faire face à ses fonctions de représentant de la communauté étudiante, a d’ailleurs choisi de faire son master en quatre ans.
Au cours des rencontres nationales des VPE, un constat s'est imposé : la souffrance psychique ne touche pas uniformément toutes les formations. Les études de santérestent particulièrement préoccupantes. « Nos futurs médecins sont parfois en burn-out avant même d'exercer. C'est le paradoxe du cordonnier le plus mal chaussé. » Le phénomène est connu depuis plusieurs années, rappelle Eliott Viviant-Sauger, et dépasse largement le cadre de l'université de Bordeaux. Il estime que les établissements peuvent agir localement, mais qu'une réflexion nationale sur les rythmes des études de santé reste indispensable. D'autres formations cumulent également des facteurs de risque : pression de la sélection, précarité financière ou volume de travail particulièrement élevé.
Impossible, selon Eliott Viviant-Sauger, d'évoquer la santé mentale sans revenir sur l’expérience du Covid. « On dit souvent que le confinement n'a duré que quelques mois. En réalité, avec le port du masque, les gestes barrières, les précautions prises à tous les niveaux, toute une génération a vécu un isolement beaucoup plus long. » À cela s'ajoute une précarité qui continue de progresser. Les premiers résultats de l'étude PRISME menée à Bordeaux dressent un tableau préoccupant : un tiers des étudiants vivent avec moins de 500 euros par mois ; un tiers présentent des symptômes dépressifs modérés à sévères ; un étudiant sur quatre déclare avoir déjà eu des pensées suicidaires. Pour le vice-président étudiant, ces chiffres imposent de poursuivre les actions engagées, mais aussi de continuer à parler ouvertement de santé mentale. « Il faut lever les tabous, rappeler que demander de l’aide n’est jamais honteux. Et aussi faire comprendre que la santé mentale, ce n'est pas uniquement du curatif, il faut aussi - surtout ! - miser sur la prévention. »
Lorsqu'on lui demande comment il prend soin de sa propre santé mentale, le discours devient plus personnel. « Je ne suis pas un exemple à suivre », reconnaît cet hyperactif qui trouve une respiration dans le sport (à haute dose) mais confesse des problèmes de sommeil et soupçonne que ce rythme intensif n'est pas forcément soutenable sur le long terme. S’il continue malgré tout à s'investir autant, ce n'est pas par goût de la performance : « j'ai besoin de me sentir utile. Ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas mon engagement actuel, c'est le jour où il cessera. »
Eliott Viviant-Sauger sait que cet investissement permanent comporte des risques. Une étude menée auprès des vice-présidents étudiants montre d'ailleurs que ces élus présentent davantage d'anxiété, de troubles du sommeil ou de difficultés psychologiques que la moyenne des étudiants. C'est précisément pour cette raison qu'il refuse d'idéaliser ce mode de vie. « Si je peux faire passer un message, c'est qu'il ne faut pas attendre d'aller mal pour prendre soin de soi. »
Son dernier conseil s'adresse directement aux étudiantes et aux étudiants qu’il encourage à investir quelques heures par semaine dans la vie universitaire, même lorsque les études semblent occuper toute la place. « Faites du sport, une activité artistique, rejoignez une association, participez à un événement, engagez-vous... Peu importe. Mais faites quelque chose en dehors des cours. » Selon lui, cette respiration est loin d'être du temps perdu.
« Une heure et demie de sport dans une semaine, ce n'est presque rien. Pourtant, en termes de santé, de rencontres et d'équilibre personnel, le bénéfice est immense. » À l'heure où les indicateurs de santé mentale restent préoccupants, c'est peut-être le message le plus simple - et le plus concret - que souhaite porter le vice-président étudiant de l’université de Bordeaux : prendre soin de soi n'est pas un luxe. C'est une condition pour réussir ses études autant que pour construire son avenir.
L'Espace santé étudiants de l'université de Bordeaux accueille les étudiantes et étudiants gratuitement pour les accompagner dans leur santé physique et mentale. Psychologues, psychiatres, médecins, infirmiers et autres professionnels de santé sont à votre écoute pour répondre à vos questions, vous conseiller et vous orienter si nécessaire. Que vous traversiez une période difficile ou que vous souhaitiez simplement prendre soin de votre bien-être, n'hésitez pas à pousser la porte.
L'Espace santé étudiants
Rédactrice
anne.chaput%40u-bordeaux.fr