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«Il faut continuer à libérer la parole» : l’université de Bordeaux renforce sa politique égalité-diversité

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À l'occasion de la 11e Journée nationale des missions égalité-diversité de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, organisée le 2 juillet à l'université de Bordeaux, Véronique Bertile, vice-présidente en charge de l'égalité, de la diversité et de l'inclusivité, revient sur les priorités de son mandat. L’enseignante-chercheuse en droit dresse un état des lieux des dispositifs existants, des défis à relever et des évolutions à venir pour renforcer la lutte contre toutes les formes de violence et de discrimination.

Photo : © université de Bordeaux
© université de Bordeaux

L'université de Bordeaux accueillait cette année la Journée nationale des missions égalité-diversité. Pourquoi cet événement est-il important ?

Véronique Bertile : Cette journée, organisée chaque année par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, réunit les personnes qui, partout en France, pilotent les politiques d'égalité dans les établissements d'enseignement supérieur. L'accueillir à Bordeaux est une vraie reconnaissance du travail mené depuis plus de dix ans par notre université. Ces rencontres permettent de partager les bonnes pratiques, de faire évoluer nos dispositifs et de réfléchir collectivement aux enjeux qui nous sont communs. Cette édition avait pour fil conducteur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, avec un bilan du premier plan national 2021-2025 et une réflexion sur les orientations à venir.

Depuis le mois de février, vous êtes la première vice-présidente « égalité, diversité et inclusivité » de l'université de Bordeaux. Que change cette nouvelle organisation ?

V.B. : C'est une évolution importante. Jusqu'à présent, les questions d'égalité et celles liées au handicap étaient portées par deux chargés de mission distincts. Le choix a été fait de réunir ces deux périmètres au sein d'une vice-présidence dédiée. Cela traduit une volonté politique forte : donner davantage de visibilité à ces sujets, leur consacrer davantage de temps et mieux coordonner l'ensemble des actions menées dans l’établissement.

J'arrive également dans un contexte très favorable, grâce au travail remarquable réalisé par mes prédécesseurs, Yamina Meziani sur les questions d'égalité et Éric Dugas sur le handicap, des personnalités reconnues dans ces domaines qui constituent le cœur de leurs recherches. Beaucoup de dispositifs existent déjà et fonctionnent. Mon rôle n'est pas de repartir de zéro mais de poursuivre cette dynamique, de l'adapter aux besoins actuels et de lui donner encore davantage de cohérence. Ma formation de juriste m'amène naturellement à être attentive au cadre légal, mais ces sujets dépassent largement le droit. Ils touchent avant tout aux relations humaines.

Quel regard portez-vous sur la cellule d’écoute, de veille et de signalement (CEVS) de notre établissement ?

V.B. : La cellule d'écoute, de veille et de signalement (CEVS) s’avère un dispositif solide pour recueillir la parole des victimes et des témoins de harcèlement, de discrimination ou de violence, mais il faut continuer à l’améliorer. En 2025, la cellule a enregistré 97 signalements concernant des étudiantes et étudiants. Ce chiffre semble bien faible au regard des 55 000 étudiants que compte l'université. Malheureusement, cela ne signifie pas que les violences sont rares ; cela montre surtout que les personnes concernées ne s’emparent pas encore suffisamment du dispositif. Notre enjeu est donc double : mieux faire connaître cette cellule et renforcer la confiance dans son fonctionnement.

Du côté des personnels, la CEVS a reçu l’an dernier une soixantaine de signalements. On s’aperçoit que beaucoup de situations qualifiées initialement de harcèlement relèvent, après analyse, de conflits interpersonnels qui appellent plutôt des solutions de médiation ou d’organisation du travail (réaménagement de service, changement d’affectation). Les situations les plus graves peuvent donner lieu, si la victime accepte la levée de son anonymat, à une enquête instruite par la direction compétente et, le cas échéant, à une procédure disciplinaire allant du simple recadrage aux sanctions formelles (avertissement, blâme), voire à un signalement au procureur en cas d’infraction pénale. 

La cellule propose un accompagnement confidentiel via des services dédiés, comme l’assistance sociale ou une psychologue extérieure, et garantit une prise en charge indépendante, notamment lorsque les faits concernent la hiérarchie. En cas de nécessité d’impartialité renforcée, certaines enquêtes peuvent être délocalisées et confiées au rectorat.

  • Véronique Bertile, vice-présidente en charge de l'égalité, la diversité et l'inclusivité

Comment renforcer la confiance pour faciliter les signalements ?

V.B. : Il faut d'abord rassurer les personnes qui hésitent à signaler une situation. Chez les étudiants, beaucoup craignent que leur identité ne soit divulguée, que leur démarche soit connue de leurs enseignants ou de leur entourage, et que cela nuise à leur parcours universitaire - par exemple pour accéder plus tard à un master. Je veux être très claire : cela n’arrive pas ! Nous garantissons une stricte confidentialité. Le signalement n'apparaît absolument pas dans le dossier universitaire. La levée de l'anonymat n'intervient que si la personne le souhaite, et uniquement dans le cadre des procédures nécessaires - par exemple pour confier une situation à la justice. 

 

Nous devons aussi combattre une idée reçue selon laquelle, dans une université, « tout se sait » : c’est faux, les situations ne sont connues que lorsqu’elles sont signalées. De même, nous devons lutter contre la croyance selon laquelle les enseignants, les responsables de composante ou la présidence protégeront forcément un collègue mis en cause : ce n'est pas comme ça que les choses fonctionnent. Les procédures sont conduites avec toute l'impartialité nécessaire.

Il faut continuer à libérer la parole. Les violences entraînent souvent un traumatisme qui rend le signalement difficile. Heureusement, la sensibilisation et l'évolution du contexte sociétal contribuent progressivement à lever ces freins. L'objectif est que chacun et chacune sache où trouver de l'aide et comprenne qu'il existe des interlocuteurs identifiés capables de l’accompagner.

L'inclusion des personnes en situation de handicap fait partie de votre périmètre. Où en est l'université ?

V.B. : L'université est aujourd'hui reconnue au niveau national pour son engagement sur ces questions. Les équipes dédiées accomplissent un travail considérable, qu'il s'agisse de l'accompagnement des personnels ou des étudiants. Les demandes d'aménagement d’études (via le service PHASE) ou de poste augmentent chaque année, ce qui montre à la fois une meilleure identification des besoins et une plus grande confiance dans les dispositifs proposés. L'enjeu est de poursuivre cet accompagnement individualisé tout en continuant à améliorer l'accessibilité de notre environnement.

Les discriminations liées à l'origine ou à la couleur de peau constituent également un enjeu majeur. Comment l'université agit-elle sur ce sujet ?

V.B. : C'est un sujet essentiel sur lequel nous devons encore progresser. Comme dans beaucoup d'organisations, il existe des biais inconscients qui peuvent influencer les recrutements ou certains parcours. Ils ne sont pas intentionnels, mais ils produisent malgré tout des effets. Nous devons poursuivre les actions de sensibilisation et encourager le signalement des situations de discrimination qui restent aujourd’hui, elles aussi, largement sous-déclarées. Je pense par exemple aux nombreux étudiants et doctorants internationaux, notamment africains, que nous accueillons. Leur permettre de se sentir pleinement intégrés fait partie de nos responsabilités.

Une nouvelle obligation réglementaire va transformer l'organisation des établissements. De quoi s'agit-il ?

V.B. : La loi du 31 juillet 2025 impose désormais à tous les établissements d'enseignement supérieur de structurer une véritable « mission égalité ». Concrètement, cela signifie que les différentes actions, aujourd'hui réparties entre plusieurs services, devront être réunies dans une organisation clairement identifiée. Pour l'université de Bordeaux, c'est une opportunité. Nous allons rendre plus lisible une politique qui existe déjà mais qui est aujourd'hui très transversale. Cette nouvelle mission intégrera notamment un(e) référent(e) entièrement dédié à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, comme le prévoit désormais la réglementation.

Notre plan égalité comporte actuellement une cinquantaine d'actions très variées. Certaines concernent la sensibilisation, d'autres les ressources humaines, comme l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. D'autres encore portent sur les discriminations, l'inclusion ou la vie étudiante. Nous souhaitons également continuer à diversifier les formats proposés : conférences, concours d'éloquence, événements culturels ou encore la Soirée de l’inclusivité au mois de mars chaque année. Tous ces rendez-vous permettent de toucher des publics différents et de sensibiliser largement notre communauté. 

Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté universitaire ?

V.B. : L'égalité, la diversité et l'inclusion concernent chacun d'entre nous. Notre ambition est de faire en sorte que chaque étudiant(e), chaque doctorant(e) et chaque membre du personnel puisse évoluer dans un environnement respectueux, sûr et inclusif. Les dispositifs existent, ils continueront à évoluer, mais leur efficacité dépend aussi de leur appropriation par toute la communauté universitaire. Plus ils seront connus, plus nous serons collectivement capables de prévenir les discriminations, d'accompagner les personnes concernées et de faire vivre les valeurs que porte l'université de Bordeaux.

Ma formation de juriste m'amène naturellement à être attentive au cadre légal, mais ces sujets dépassent largement le droit. Ils touchent avant tout aux relations humaines.

  • Anne Chaput

    Rédactrice

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