• International

«ENLIGHT accompagne la transformation de notre université en lui donnant une véritable dimension européenne»

Mise à jour le :

Après près de huit années passées au sein de l’équipe présidentielle de l’université de Bordeaux, dont les dernières en tant que vice-présidente en charge de l'Europe, Joanne Pagèze s’apprête à quitter ses fonctions à la fin de l’été pour se consacrer à de nouvelles missions. À cette occasion, elle revient sur le développement de l’alliance européenne ENLIGHT, qui rassemble aujourd’hui dix universités, 350 000 apprenants et 75 000 personnels autour d’une ambition commune : faire de l’enseignement supérieur et de la recherche un moteur des grandes transitions en Europe.

Photo : Des étudiant(e)s de l’alliance ENLIGHT réunis à Göttingen en 2025 © Hesse
Des étudiant(e)s de l’alliance ENLIGHT réunis à Göttingen en 2025 © Hesse

Six ans après son lancement, comment expliqueriez-vous simplement ce qu'est ENLIGHT à quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler ?

Joanne PagèzeENLIGHT incarne avant tout un engagement durable entre dix grandes universités européennes qui ont choisi de travailler ensemble. Nous collaborons sur tous les aspects de la vie universitaire : la formation, la recherche, l'innovation, la vie étudiante.  
L'objectif est de mieux répondre, collectivement, aux grands défis de notre époque : la transition écologique, le numérique, la santé, les inégalités, la culture et la créativité au sein d’une Europe innovante. Nous voulons former des étudiants capables d’évoluer dans un environnement européen et les aider à devenir des citoyens engagés. 
J’ajoute que cette démarche est totalement en phase avec le projet stratégique et les valeurs de l’université de Bordeaux : renforcer notre ouverture européenne pour accroître notre impact scientifique, pédagogique et sociétal.
De petites coopérations en grands projets, ENLIGHT, traverse depuis six ans toutes les activités de l’université

Qu’est-ce qui distingue l’alliance ENLIGHT d’un partenariat international classique ? 

J.P. : La différence tient à un engagement institutionnel fort. Il ne s'agit pas simplement de coopérer sur quelques projets ou d'organiser des mobilités étudiantes. L’alliance ENLIGHT a construit une perspective durable, une approche commune qui accompagne l’évolution de nos offres de formation, ouvre des opportunités pour nos chercheurs, valorise et renforce l’action de nos universités. 

ENLIGHT nous permet d'expérimenter de nouvelles formes de coopération : des formations innovantes, des diplômes conjoints, des mobilités de toutes types (hybrides, virtuelles) ou encore des réseaux de recherche. C’est un levier d’interdisciplinarité et d'innovation pédagogique puissant. Ensemble, nous sommes plus forts et plus ambitieux, avec en plus, cette confiance partagée que nous avons construit au fil des années et qui nous porte.

ENLIGHT constitue également un formidable laboratoire d'internationalisation. Chaque initiative est un pas en avant dans la construction de cette communauté universitaire européenne. Pour Bordeaux, appartenir à cette alliance de dix universités reconnues renforce à la fois notre visibilité, notre attractivité internationale et notre capacité à innover.

L'un des objectifs d'ENLIGHT est de créer un « espace universitaire européen intégré ». Concrètement, qu'est-ce que cela a déjà changé à l'université de Bordeaux ?

J.P. : L'idée d'un espace européen de l'enseignement supérieur n'est pas nouvelle : elle remonte au processus de Bologne lancé en 1999 . 
Les alliances européennes comme ENLIGHT ont permis justement de donner un coup de « boost » à cette construction européenne. Elles démontrent la volonté des universités de travailler ensemble avec plus de fluidité, de créer des diplômes conjoints attractifs et des écosystèmes riches en opportunités, basés sur nos forces et complémentarités en recherche.

À Bordeaux, ENLIGHT a surtout permis de diffuser la dimension européenne bien au-delà du seul service des relations internationales. Aujourd'hui, l'alliance irrigue les politiques de formation, d'innovation pédagogique, de recherche, de transition écologique ou encore d'accompagnement des étudiants et des personnels.
Elle a favorisé la création de réseaux d'expertise entre universités, (AI, Alumni, Green Office Network, Research support) le développement de nouvelles formations interdisciplinaires, de formats de mobilité, d'outils numériques communs et de nombreux projets collaboratifs.

Quels sont les effets les plus visibles pour les étudiants et les personnels ?

J.P. : Grâce à ENLIGHT, nos étudiants accèdent à un éventail élargi de mobilités, d’opportunités de formation à l’échelle européenne, de projets interdisciplinaires et d’expériences internationales, qu’elles se déroulent en présentiel, en hybride ou entièrement à distance. De nouveaux formats de mobilité courte et hybride, d’une durée d’une semaine, ont également été mis en place afin de rendre l’expérience de la classe internationale accessible à un public plus large. Nous avons constaté que les mobilités ENLIGHT n'ont cessé de progresser ces dernières années. Parallèlement, des doubles diplômes et des diplômes conjoints sont en cours de développement, tandis que nos programmes internationaux s’ouvrent progressivement aux partenaires de l’alliance ENLIGHT.

Les enseignants et les doctorants bénéficient, quant à eux, de nouvelles possibilités de formation, de conférences européennes, de programmes de leadership académique et d’opportunités pour concevoir des diplômes ou développer des projets de recherche avec leurs homologues européens, dans un environnement qui soutient fortement l’innovation pédagogique. 
Par ailleurs, une avancée importante a été concrétisée le 3 juin dernier avec la signature de l’accord de cotutelle de doctorat par les dix recteurs et présidents des universités partenaires. Cet accord permet désormais aux doctorants d’obtenir un double diplôme de doctorat ENLIGHT. Les personnels administratifs tirent également parti de l’alliance en développant de nouvelles compétences grâce à leur participation à des réseaux métiers européens et à des actions de formation communes.

ENLIGHT met beaucoup en avant la coopération autour des grands défis de société. Comment cette logique se traduit-elle à l’université Bordeaux ?

J.P. : Il s’agit sans doute de l’une des dimensions les plus marquantes d’ENLIGHT et de l’une des principales valeurs ajoutées d’une alliance réunissant dix universités de recherche multidisciplinaires. Pour exploiter pleinement ce potentiel, il était essentiel de mobiliser nos communautés académiques, de leur offrir des espaces de rencontre et de leur permettre de faire émerger et développer leurs idées. Afin d’impulser cette dynamique, ENLIGHT a lancé en 2024 plusieurs appels à projets destinés à soutenir la création de réseaux de coopération interdisciplinaires, le développement de formations innovantes ainsi que la mise en œuvre d’actions liées aux transitions sur les campus dans le cadre du programme ENLIGHT+.

Aujourd’hui Bordeaux est impliqué dans huit des 25 ENLIGHT Thematic Networks : sur les thématiques cancer, (NETCARE), neurosciences (PAINNET, BRAIN 24/7), pollution plastique PLASTIMPACT), l’identité et la démocratie (IDENTI-T), le genre en santé (IMPULSE) AI en recherche et éducation (NAI2TURE) ou encore les jumeaux numériques (DISRUPT). Les formations ENLIGHT sont conçues autour de défis concrets, permettent aux équipes d'étudiants de travailler ensemble sur des problématiques réelles par exemple :  mines urbaines, AI dans l’analyse de la forêt, la pensée critique…

Et par le volet ENLIGHT+ nous avons pu financer plus de 15 projets campus transitions : des écoles d'été, programmes hybrides, hackathons, séminaires etc. avec des thématiques très variés, de pratiques durables en pharmacie, de compétences interculturelles en sciences, aux langues régionales. Les actions ENLIGHT couvrent un large panel de thèmes et d’approches aux défis actuels. Il est encore tôt pour en mesurer pleinement l’impact, qui se construira sur un temps long, mais la mobilisation des collègues et la diversité de projets est très encourageant.

Vous quittez prochainement vos fonctions de vice-présidente en charge de l'Europe. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ? Et quels sont, selon vous les principaux défis pour qu’ENLIGHT tienne sa promesse d’ici 2030 ? 

J.P. : Je retiens avant tout la qualité de la confiance qui s'est construite entre les dix universités partenaires. Je me sens fière et privilégiée d’avoir été partie prenante de cette aventure. En quelques années, nous avons créé une véritable communauté de travail européenne, capable de développer des formations, des projets de recherche, des outils communs et de nouvelles opportunités pour les étudiants comme pour les personnels.

Plus largement, je mesure, encore plus aujourd’hui, dans un contexte géopolitique chamboulé, le potentiel des alliances européennes à contribuer fortement à la construction d’une Europe autonome et innovante, à la promotion de valeurs démocratiques et universitaires partagés.  Cette dynamique profite directement à l'université de Bordeaux, mais aussi à notre territoire, puisque qu’ENLIGHT a élargi l’influence de Bordeaux à l’échelle européenne, connectant nos villes et universités autour de défis partagés.  D’ailleurs, je compte bien revenir en tant que visiteur à l’évènement EUROPEAN DIALOGUES, en mai 2027, qui mettra en lumière l’expérimentation mené par villes et universités européennes sur des problématiques de transition.

A l’avenir, le principal défi est celui du passage à l'échelle. Nous avons démontré que ces nouvelles formes de coopération sont efficaces. Il faudra maintenant les inscrire durablement dans le fonctionnement de nos universités afin qu'elles bénéficient au plus grand nombre. A Bordeaux, un passage à l’échelle structuré est essentiel pour systématiser les pratiques d’internationalisation, afin d’engager notre communauté enseignante élargie, et créer plus d’opportunités pour plus d’étudiants tout au long de leur parcours. C’est un chantier que nous avons anticipé avec Pascal Lecroart, vice-président en charge de la formation, qui s’inscrit pleinement dans l’évolution de notre offre de formation.

Je laisse désormais le soin à Jörg Schäfermon successeur à la vice-présidence en charge de l’Europe, de relever ce défi. 

  • Stéphanie Béraud-Sudreau

    Rédactrice

    stephanie.beraud-sudreau%40u-bordeaux.fr