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«Décrochez, écoutez, laissez un message» : Charlie Aubry imagine une œuvre qui fait parler les campus

Mise à jour le :

Des cabines téléphoniques qui sonnent au détour d’une allée, des messages anonymes, des voix qui traversent le temps… Avec Ondes vagabondes, l’artiste Charlie Aubry imagine une œuvre participative et évolutive installée sur les campus de l’université de Bordeaux. Rencontre avec un artiste qui aime « bidouiller », rassembler et laisser une part d’imprévu dans ses créations.

Photo : © Gautier Dufau
© Gautier Dufau

Les Ondes vagabondes sont une création artistique de Charlie Aubry, en collaboration avec Zebra3 et Newmips, financée par le 1% artistique du programme d’aménagement Opération Campus Bordeaux. Ce projet transforme dix-neuf cabines téléphoniques vintage, disséminées sur les campus bordelais, en un réseau poétique et interactif. Chaque cabine permet d’enregistrer ou d’écouter des messages vocaux aléatoires, créant une toile sonore collective où les voix des usagers voyagent et se répondent. Alliant art participatif, durabilité et innovation technologique, cette œuvre, qui vient d’être dévoilée et mise en service, réinvente l’espace universitaire comme un lieu de connexion humaine et numérique, ancré dans le réemploi et l’open source

Comment est née l’idée d’Ondes vagabondes ?

Charlie Aubry : Le projet est né dans le cadre d’un appel à projets qui imposait plusieurs dimensions : du numérique, de la participation, de l’open source… Ce sont des choses qui sont déjà très présentes dans mon travail. J’aime bien créer des situations qui servent de prétexte à faire se rencontrer des gens, sans forcément contrôler complètement ce qui va se passer ensuite. L’idée de départ était assez simple : permettre aux gens de laisser des messages destinés à d’autres personnes… ou peut-être à des gens du futur. Je trouvais beau d’imaginer qu’un message laissé aujourd’hui puisse être entendu dans plusieurs années. Il y a quelque chose de très simple là-dedans, mais aussi quelque chose qui traverse le temps.

Pourquoi avoir choisi des cabines téléphoniques, un objet qui semble appartenir à une autre époque ? 

C.A. : Je ne voulais pas créer une œuvre imposante, figée, qu’on finirait par ne plus regarder. En me promenant sur les campus, j’ai vu qu’il existait déjà beaucoup d’œuvres et j’avais envie de quelque chose qui s’intègre autrement dans l’espace. La cabine téléphonique m’intéressait parce qu’elle est à la fois désuète et très familière. Les plus jeunes générations ne les ont pas connues, mais tout le monde identifie cet objet. On l’a vu dans des films, dans notre quotidien, dans une mémoire collective. On la reconnaît immédiatement. Et puis une cabine qui sonne au milieu d’un campus, ça intrigue forcément.

Concrètement, que se passe-t-il lorsqu’on croise une cabine sur un campus ?

C.A. : Il y a plusieurs possibilités. Parfois, la cabine sonne toute seule. Si quelqu’un décroche, il entendra un message laissé par une autre personne, puis pourra à son tour enregistrer le sien. Mais on peut aussi simplement entrer dans une cabine, décrocher le combiné et commencer l’expérience. Ce que j’aime, c’est ce moment où quelqu’un entend une voix sans savoir si elle a été enregistrée il y a trente secondes ou il y a vingt ans. Il y a quelque chose d’un peu étrange, presque poétique.

© Gautier Dufau
© Gautier Dufau
© Florent Larronde
© Florent Larronde

Vous avez déjà collecté les premiers messages : qu’est-ce qu’on y trouve ?

C.A. : J’ai enregistré une cinquantaine de messages lors de Fête la Rentrée 2025 sur les campus. Et c’est très drôle parce qu’on voit apparaître différentes manières de parler en fonction des étudiants. Il y a beaucoup de messages bienveillants : « Tu peux y arriver », « Ça va le faire », « Aujourd’hui tu es beau, tu es belle ». Certains ont laissé des poèmes, d’autres des conseils très pratiques - parfois même des recommandations sur certaines options de cours ! Et puis il y a aussi des choses très simples : des dédicaces, des petits mots, des phrases du quotidien. Je m’attendais peut-être à plus de dérision ; finalement, il y a beaucoup de douceur.

Cette œuvre est participative et appelée à évoluer. Qu’aimeriez-vous que les habitants des campus en fassent ?

C.A. : J’aimerais qu’elle vive vraiment. Qu’elle ne soit pas quelque chose qu’on regarde à distance mais une œuvre dont les gens s’emparent. Les cabines vont évoluer, se transformer, prendre des marques de passage. Elles vont vivre leur vie de cabines. Surtout, j’aimerais que les gens osent décrocher. Parce qu’au fond, Ondes vagabondes n’existe vraiment que lorsqu’on participe : quand on écoute une voix inconnue, quand on laisse un message ou quand on tombe, un peu par hasard, sur une cabine qui se met à sonner.

Une technologie pensée pour préserver l’esprit du projet

Un système d'intelligence artificielle, développée par l’entreprise béglaise Newmips, a été spécialement conçue pour modérer les contenus et écarter automatiquement les messages qui ne respecteraient pas l’esprit du projet. Reliées à un serveur central, les cabines peuvent ainsi diffuser les messages enregistrés par les usagers tout en filtrant les contenus inappropriés. Le dispositif permettra aussi à plusieurs services de l’université - notamment le service culture, la vie étudiante ou encore l’Espace santé étudiants - d’enregistrer leurs propres messages et informations à destination de la communauté universitaire.

© Florent Larronde
© Florent Larronde
© Gautier Dufau
© Gautier Dufau

Où trouver les cabines ?

L’installation artistique Ondes vagabondes a pris place début 2026 sur différents campus de l’université de Bordeaux. Quatre cabines sont installées sur le campus Carreire à Bordeaux - entre les amphis de la galerie du R+1, dans le pôle de vie de campus, dans le hall d’accueil général est et à la BU Josy Reiffers. Le campus Montesquieu à Pessac accueille également quatre installations, réparties entre la galerie du bâtiment C2, le hall d’accueil du BVE, le bâtiment D du Crous et le parvis du tramway nord-ouest. D’autres cabines se trouvent dans le hall du Domaine du Haut-Carré et sur les campus Peixotto et Bordes à Talence (dans les bâtiments A2, A9, A10, A21, A22, A33 et B6), ainsi que sur le campus de la Victoire à Bordeaux (hall et cour d’honneur du bâtiment principal ainsi que hall et BU de Station Marne).

  • Anne Chaput

    Rédactrice

    anne.chaput%40u-bordeaux.fr