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Mise à jour le : 05/06/2026
Jeudi 4 juin, l’université de Bordeaux a mis à l’honneur celles et ceux qui font vivre l’innovation sur le territoire bordelais. Scientifiques, personnels d’accompagnement, entrepreneurs et entrepreneuses se sont réunis au Domaine du Haut-Carré, à Talence, pour rappeler comment des résultats issus de la recherche publique peuvent devenir des solutions concrètes au service de la société.
Depuis 2023, Bordeaux fait partie des 29 Pôles universitaires d’innovation (PUI) labellisés en France. Piloté par l’université de Bordeaux, le PUI Bordeaux rassemble 16 membres fondateurs - établissements d’enseignement supérieur, organismes de recherche, CHU et structures de transfert - ainsi que 36 partenaires socio-économiques. Objectif : rendre l’innovation plus visible, et plus accessible. Pour y contribuer, une soirée dédiée aux lauréates et aux lauréats de l’innovation a rassemblé une centaine de participants, jeudi 4 juin, dans l’Agora du Domaine du Haut-Carré, à Talence.
En ouverture de l’événement, Étienne Duguet, vice-président de l’université de Bordeaux en charge de l’innovation, a rappelé que celle-ci ne se limite pas à la création de produits technologiques, mais peut aussi prendre la forme de logiciels libres, de nouvelles pratiques médicales, de solutions environnementales ou encore de politiques publiques construites à partir des travaux scientifiques.
« Les moyens sont aujourd’hui beaucoup plus accessibles pour les chercheurs », a souligné Étienne Duguet, évoquant les programmes de prématuration, l’accompagnement au montage de projets, les entrepreneurs en résidence ou encore les dispositifs directement déployés dans les unités de recherche. Une dynamique qui porte déjà ses fruits de façon évidente : le PUI Bordeaux se distingue sur de nombreux indicateurs liés au transfert et à la valorisation de la recherche, notamment sur les revenus issus du transfert technologique, les plus élevés de toute la France.
Pour mettre en valeur cet écosystème, la soirée était organisée autour d’une table ronde réunissant quatre lauréates et lauréats de l’innovation. Au fil des échanges, un récit collectif s’est dessiné : celui de scientifiques passionnés, souvent peu familiers du monde de l’entreprise, qui ont découvert progressivement, au gré de rencontres diverses, qu’une idée de recherche pouvait aussi devenir une innovation. « On nous a appris à faire de la recherche, pas à faire du transfert », résume ainsi Muriel Priault, chargée de recherche CNRS à l’Institut de biochimie et génétique cellulaires (IBGC), lauréate du prix Cosmetic Victories 2025.
Présentation des lauréates et lauréats de l'innovation
Dernière mise à jour : 05/06/2026
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Tous les intervenants l’ont raconté à leur manière : rien, au départ, ne les destinait nécessairement à créer une entreprise, déposer un brevet ou recevoir un prix d’innovation. Jean-Charles Massabuau, ancien directeur de recherche CNRS et cofondateur de la start-up molluSCAN-eye, l’avoue avec humour : c’est le commandant Cousteau qui lui a donné sa vocation. « En 1968, à Paris, je rêvais du sable sous les pavés ! » Devenu chercheur, ce qui l’intéressait c’était de « savoir comment respirent les écrevisses, pas de faire du business. » Pendant plus de vingt ans, il étudie la respiration des organismes aquatiques et leur réaction à leur environnement. À l’époque, impossible pour ce « fondamentaliste » d’imaginer que ses travaux vont donner naissance à une technologie de biosurveillance capable de détecter en temps réel des pollutions grâce à des huîtres ou des moules équipées de microcapteurs.
Même constat pour Samuel Thibault, professeur à l’université de Bordeaux et chercheur au Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI), co-lauréat (avec son confrère Brice Goglin, directeur de recherche Inria) du Prix de l’innovation Inria - Académie des sciences - Dassault Systèmes 2024 pour le logiciel open source hwloc, devenu un standard mondial du calcul haute performance. « On faisait de la recherche fondamentale », raconte-t-il, « ce sont des collègues qui nous ont dit : "ça, c’est intéressant, vous devriez le pousser en avant". » Au départ, les deux chercheurs ne cherchent pas à construire un produit commercial mais à résoudre des problèmes scientifiques complexes autour des supercalculateurs. Quinze ans plus tard, leur logiciel équipe notamment Frontier, l’un des calculateurs les plus puissants au monde.
Pour beaucoup, le déclic est venu des rencontres. Le plus jeune de l’assemblée, Romain Futsch, docteur de l’université de Bordeaux et cofondateur de la start-up Luchrome, raconte avoir toujours eu « un peu en tête cette idée d’entreprendre », sans vraiment imaginer qu’il pourrait créer une société à partir de sa thèse. Avec son associé Cyril Périé, il développe aujourd’hui des écrans imprimés par sérigraphie, sans métaux rares ni rétroéclairage, bien moins polluants que les écrans classiques.
Mais le passage du laboratoire à l’entreprise ne s’est pas fait seul. « Ce qui est important, c’est de rencontrer des personnes qui disent : c’est possible », explique-t-il. Comme les autres intervenants, il insiste sur le rôle décisif de l’écosystème bordelais : incubateurs, ingénieurs transfert, structures d’accompagnement et réseaux d’entrepreneurs. Son accompagnement par l’incubateur de l'université de Bordeaux, UBee Lab, puis par celui de la SATT Aquitaine Science Transfert, Chrysa-link, a été « déterminant ».
Jean-Charles Massabuau partage le même conseil, adressé aux jeunes chercheurs tentés par l’aventure : « N’y allez pas tout seul. Il faut travailler avec des gens dont c’est le métier. » En effet, derrière les innovations présentées lors de cette soirée, il y a des équipes entières, personnels d’appui, spécialistes du transfert et de la valorisation. « Ce sont les personnes qui donnent de la plasticité à un système de recherche à la base un peu rigide », souligne Muriel Priault, évoquant celles et ceux qui l’ont aidée à identifier le potentiel applicatif de ses recherches sur le vieillissement cellulaire et les biomarqueurs du vieillissement cutané. « Je leur laisse le côté business plan ; moi, ce qui m’éclate, c’est la recherche ! », avoue-t-elle en souriant, avec la joie intacte de celle qui a fait un métier de son rêve d’enfant.
Loin des clichés sur les start-up et les success stories immédiates, les échanges ont montré une innovation faite de temps longs, de doutes, d’essais et d’apprentissages collectifs. « Ça va secouer », sourit Jean-Charles Massabuau, à l’adresse de celles et ceux qui voudraient emprunter ce chemin, « mais il faut oser ». Tous ont également insisté sur la richesse humaine de ces parcours. Les collaborations interdisciplinaires, les rencontres avec des industriels, les discussions avec d’autres chercheurs ou entrepreneurs ont profondément transformé leur manière de travailler. Pour Samuel Thibault, la réussite du logiciel hwloc repose avant tout sur « ce tissu humain » construit au fil des années entre chercheurs, ingénieurs et industriels.
Cette soirée n’avait pas seulement vocation à célébrer des réussites. Elle voulait aussi envoyer un message aux chercheurs et chercheuses, doctorants et doctorantes du site bordelais : « il n’y a pas d’innovation sans recherche, et il n’y a pas qu'une manière de faire de l’innovation », a conclu le dernier témoin de la soirée, Cyril Aymonier, directeur de l’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux et médaille de l’innovation CNRS 2024.
« Il existe aujourd’hui à Bordeaux un écosystème structuré pour accompagner celles et ceux qui souhaitent explorer le potentiel de leurs travaux. C’est ce maillage, ce réseau d’ingénieurs transfert et de personnels d’appui à la recherche qui viennent à vous, qui créent des liens, qui vous aident et vous accompagnent dans vos projets. » À Bordeaux, cette dynamique collective continue de se renforcer, avec une conviction partagée : la recherche publique a un rôle essentiel à jouer dans les grandes transitions scientifiques, industrielles, environnementales et sociétales.
Mes recherches ont des impacts jusqu’en médecine. Quand on fait des transfusions sanguines, je suis fier de me dire qu’il y a un peu de moi là-dedans !
Avec le soutien du Pôle universitaire d’innovation Bordeaux, ce projet s’inscrit dans le Plan France 2030. Il bénéficie par ailleurs d'une aide de l'État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 et par l’Union européenne NextGenerationEU portant la référence ANR-21-EXES-0004.