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De la thèse à la start-up : l’écran du futur inventé à Bordeaux

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Doctorant à l’ICMCB, Romain Futsch travaillait sur des matériaux capables de changer de couleur sous l’effet d’un courant électrique. Avec son ancien camarade Cyril Périé, il a transformé cette découverte en solution industrielle, accompagné par l’université de Bordeaux et ses partenaires. L'aventure de Luchrome illustre comment une recherche de laboratoire peut devenir une technologie durable et prometteuse.

Photo : Romain Futsch présente les écrans low tech Luchrome © université de Bordeaux
Romain Futsch présente les écrans low tech Luchrome © université de Bordeaux

Diplômé de l’ENSMAC, école d'ingénieurs de Bordeaux INP, Romain Futsch débute une thèse CIFRE en 2018 sur le développement de matériaux électrochromes à l’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB - CNRS, Bordeaux INP et université de Bordeaux). Ses travaux de recherche portent sur un dispositif qui change de couleur grâce à un courant électrique, imprimable, basse consommation, durable et recyclable en fin de vie.

Il décide de participer au concours « Ma thèse en 180 secondes » , qui défie les doctorantes et doctorants de présenter leur sujet de recherche en termes simples au grand public, en moins de trois minutes. « C’est dur, mais c’est très formateur ! Faire court, rapide et impactant… Savoir pitcher ma thèse (résumer en quelques mots accrocheurs) m’aura servi dans l’aventure entrepreneuriale », confie-t-il. « Et c’est d’utilité publique pour sortir la recherche des laboratoires ! » 

Le doctorant recroise alors Cyril Périé, lui aussi diplômé de l’ENSMAC et alors ingénieur de recherche à l’ICMCB. Ensemble, ils développent des écrans imprimés par sérigraphie, qui permettent une indication fiable, rapide et sobre. « À un moment, dans notre travail de recherche, nous avons eu l’opportunité de sortir la technologie du laboratoire, pour qu’elle bénéficie à des utilisateurs. Alors on s’est lancé ! » L’aventure de Luchrome commence. 

Avec leurs premières preuves de concept, la start-up de Romain Futsch et Cyril Périé est incubée en 2021 au sein de Chrysa-link, , l’incubateur deeptech de la SATT Aquitaine Science Transfert. L’année suivante, la SATT investit dans la maturation du dispositif électrochrome et dans la protection de la propriété intellectuelle associée. Puis vient le développement industriel et commercial grâce à l’accompagnement de la technopole Bordeaux Technowest.

Pendant 18 mois, les deux jeunes chercheurs réalisent des études de marché, apprennent à pitcher leur produit pour des investisseurs, et entament les démarches de création d’entreprise. Romain Futsch se souvient : « À ce moment-là, j’ai changé de mindset (état d’esprit) car je me suis découvert une fibre commerciale ! Pour passer de la recherche à l’entrepreneuriat, j’ai décidé de changer de métier. Désormais, j’assure la partie stratégique et Cyril la partie technique. On est complémentaires. »

En 2022, ils intègrent UBee Lab, l’incubateur de l’université de Bordeaux pour les étudiantes, étudiants ou jeunes diplômé(e)s. Ils s’installent dans leurs premiers locaux. « Le regard extérieur d’Alexandre Savin (chef du service entrepreneuriat) a été précieux pour nous aider à affiner notre stratégie, à nous poser les bonnes questions. C’était également, il faut le dire, un soutien psychologique à une période charnière de notre start-up », confie Romain Futsch. 

Le Prix UBooster a littéralement boosté notre moral ! Il nous a permis d’acheter de l’équipement et de passer à la vitesse supérieure.

Un nouvel écran électronique économe en énergie et compétitif en termes de coût

La suite de l’aventure s’accélère : ils créent leur entreprise en 2023, puis déménagent en 2024 dans des locaux adaptés à la production, à Pessac. « Notre concept repose sur la durabilité et l'économie circulaire. Nos écrans sont sérigraphiés en couches successives sur des supports plastiques », explique le jeune entrepreneur. « Non rétroéclairés, ils ne contiennent pas de métaux ou de matériaux rares, et sont peu chers à produire. »

À l’arrivée, cette technologie est 60 fois moins impactante que les autres solutions sur le marché - les écrans à cristaux liquides, par exemple - et les fabricants ne s’y trompent pas : on trouve désormais ces « bijoux » low-tech dans des étiquettes connectées, pour une authentification infalsifiable de biens en B2B et B2C (respect de la chaîne du froid, péremption de médicaments…) ou certains objets connectés, pour une indication fiable (niveau de batterie, résultat d’un test de grossesse…)

Aujourd’hui, l’entreprise emploie six personnes à temps plein et trois stagiaires. « De cette fenêtre sur le campus Bordes, je vois le lieu où j’ai fait mes études et celui où j’ai fait ma thèse. Luchrome est une entreprise très « locale » ! » conclut Romain Futsch en plaisantant. 
 

La recherche peut créer de belles histoires, de l’emploi et de l’attractivité sur le territoire.

© Luchrome
© Luchrome

Une innovation multirécompensée

Prix UBooster pépite d’innovation technologique 2022
Dispositif qui encourage l'entrepreneuriat à l'université de Bordeaux.

Lauréat du concours i-PhD en 2022
Concours d’innovation de l’État qui s’adresse aux jeunes chercheurs et chercheuses ayant un projet de création de start-up deeptech à partir de leurs travaux de recherche.

1er Prix du Concours national d’innovation I-Lab 2025
Dispositif de soutien financé par le plan France 2030, destiné à valoriser les innovations issues de la recherche publique et à soutenir les startups technologiques françaises les plus prometteuses.

Prix de l'Innovation au Consumer Electronics Show (CES) 2026
Salon international consacré à l'innovation technologique en électronique.