• Formation
  • International
  • Transitions

La communauté MER fait escale à Bordeaux

Mise à jour le :

À l’occasion de ses 20 ans, le master européen MER, consacré aux sciences de l’océan, réunit à Bordeaux étudiants, diplômés et enseignants venus du monde entier pour son MER Community Summit. Un anniversaire qui coïncide avec l’obtention d’un nouveau financement Erasmus Mundus et ouvre un nouveau chapître pour cette formation internationale et pluridisciplinaire.

Photo : Chaque année, une vingtaine d'étudiantes et étudiants commencent leur premier semestre du master MER à l'université de Bordeaux. Ici la promotion 2024-2026 sur la dune du Pilat © MER
Chaque année, une vingtaine d'étudiantes et étudiants commencent leur premier semestre du master MER à l'université de Bordeaux. Ici la promotion 2024-2026 sur la dune du Pilat © MER

La « MER family » ! Ils et elles ne le savent pas encore, mais la vingtaine d’étudiants qui s’apprêtent à faire leur rentrée pour leur premier semestre d’études à Bordeaux au sein du master européen dédié aux sciences océaniques vont intégrer bien plus qu'un cursus : une véritable communauté mondiale. Et le timing ne pouvait pas être plus symbolique. Alors que la formation souffle ses 20 bougies et réunit notamment près de 200 de ses anciens diplômés à Bordeaux pour son second Community Summit (le premier a eu lieu en 2022 à Bilbao), le master MER a décroché en juillet un nouveau financement européen Erasmus Mundus. Initialement centré sur l'environnement marin et ses ressources (d’où son nom initial Marine Environment and Resources), il a progressivement évolué pour accorder une place croissante aux enjeux de protection et de conservation des océans. Devenu MER2030 en 2022 et actuellement sustainable ocean sciences Marine Environment sosMER (2026-2032), il s'inscrit désormais dans les grands défis fixés par la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030). Pour comprendre comment cette « MER family » s'est constituée et étendue, il faut remonter à 2005. Cette année-là, Ionan Marigómez, professeur à l’Université du Pays basque (UPV/EHU) - qualifié de « visionnaire » par Jörg Schäfer, responsable bordelais du master - identifie avec ses collègues un besoin : former des scientifiques aux profils marins que les cursus existants ne proposent alors pas.

Savoir jongler entre des systèmes universitaires et des réglementations différents


« Nous avons profité de contacts de recherche de longue date pour impliquer des acteurs reconnus des sciences marines dans l’Union européenne, tels que Southampton et Bordeaux, et préparer une proposition de master Erasmus Mundus dès 2005. Ayant conscience de la difficulté d’obtenir cette reconnaissance, avec un taux de réussite inférieur à 10 %, nous avons lancé le master en 2006-2007 selon les principes Erasmus Mundus, mais en le concevant pour qu’il puisse fonctionner sans ce financement » explique Ionan Marigomez qui a été longtemps directeur de la Station marine de Plentzia au Pays basque espagnol. Il lui a fallu ensuite convaincre les institutions, mobiliser personnels et étudiants, trouver des financements et surtout persévérer, précise-t-il, en déposant de nouvelles candidatures et en élargissant le consortium, avec l’arrivée de l’Université de Liège en 2012, puis celle des Açores en 2021. Au fil des années, ces efforts ont permis au master d’obtenir un premier financement Erasmus Mundus en 2012, auquel ont succédé ceux des programmes MER+ (2017-2022) et MER2030 (2021-2026), avant le nouveau financement sosMER décroché cet été pour la période 2026-2032.
Mais ces vingt ans n’ont pas ressemblé à un long fleuve tranquille. « Souvent, les leçons apprises une année ne servent à rien l'année suivante. » Faire vivre un master conjoint à l’échelle internationale impose de composer avec des systèmes universitaires, des calendriers académiques et des réglementations différents, mais aussi d’harmoniser la reconnaissance des notes ou encore les procédures administratives. Le système français n’est d’ailleurs pas en reste en matière de complexité : contrairement aux autres partenaires du consortium, l’université de Bordeaux ne peut toujours pas, pour des raisons réglementaires nationales, délivrer le diplôme conjoint. À cela se sont ajoutés, au fil des années, des bouleversements difficiles à anticiper : Brexit, Covid, conflits internationaux ou encore évolution des politiques migratoires. « Un programme conjoint fait sortir de nombreux acteurs de leur zone de confort », résume Ionan Marigómez.

L’océanographie, pluridisciplinaire par essence

Les acteurs mais pas seulement… les étudiants aussi. Car s’il est une expression qui revient dans la bouche des diplômés interrogés, c’est bien celle de « sortir de sa zone de confort ». Une formule qui prend ici plusieurs sens : changer de pays et d’université, travailler en anglais, rencontrer d’autres cultures, mais aussi se confronter à des disciplines scientifiques très différentes de la sienne. « L’océanographie n’est pas une discipline, mais est par nature pluridisciplinaire », rappelle Jörg Schäfer, professeur en géochimie de l’environnement au laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (EPOC*). Biologie, chimie, géologie, physique : les étudiants arrivent avec des bagages différents qu’ils apprennent à croiser pour appréhender les sciences de l’océan.

Les étudiantes et étudiants lors du travail de terrain en septembre 2019 sur le Bassin d'Arcachon pour trier les espèces... © MER
Les étudiantes et étudiants lors du travail de terrain en septembre 2019 sur le Bassin d'Arcachon pour trier les espèces... © MER
... puis les identifier au laboratoire © MER
... puis les identifier au laboratoire © MER

Andrea Osorio (promotion 2019-2021), ingénieure en environnement originaire de Colombie, avait décidé de consacrer sa carrière à l’océan après avoir découvert les forêts de kelp, de grandes algues marines brunes, lors d’un séjour en Californie. Une bourse Erasmus lui permet de rejoindre la formation en Europe, où le décloisonnement scientifique se révèle très concret : lors d’un travail de terrain dans le bassin d’Arcachon, celle qui n’est pas biologiste doit notamment apprendre à identifier les animaux rencontrés et leurs noms scientifiques. Les acteurs mais pas seulement… les étudiants aussi. Car s’il est une expression qui revient dans la bouche des diplômés interrogés, c’est bien celle de « sortir de sa zone de confort ».
Une formule qui prend ici plusieurs sens : changer de pays et d’université, travailler en anglais, rencontrer d’autres cultures, mais aussi se confronter à des disciplines scientifiques très différentes de la sienne. « L’océanographie n’est pas une discipline, mais est par nature pluridisciplinaire », rappelle Jörg Schäfer, professeur en géochimie de l’environnement au laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (EPOC*). Biologie, chimie, géologie, physique : les étudiants arrivent avec des bagages différents qu’ils apprennent à croiser pour appréhender les sciences de l’océan. Andrea Osorio (promotion 2019-2021), ingénieure en environnement originaire de Colombie, avait décidé de consacrer sa carrière à l’océan après avoir découvert les forêts de kelp, de grandes algues marines brunes, lors d’un séjour en Californie. Une bourse Erasmus lui permet de rejoindre la formation en Europe, où le décloisonnement scientifique se révèle très concret : lors d’un travail de terrain dans le bassin d’Arcachon, celle qui n’est pas biologiste doit notamment apprendre à identifier les animaux rencontrés et leurs noms scientifiques. Une ouverture disciplinaire que l’on retrouve, des années plus tard, dans les métiers exercés par les diplômés. Teba Gil (promotion 2013-2015) combine aujourd’hui expérimentation, modélisation géochimique et machine learning pour étudier le devenir et l’impact environnemental d’éléments stratégiques pour la transition énergétique dans les milieux aquatiques. Cassandre Aimon (promotion 2013-2015), devenue maîtresse de conférences à l’université de Bordeaux, au laboratoire EPOC, croise quant à elle comportement, physiologie et approches moléculaires pour étudier les effets des pressions environnementales sur les organismes aquatiques.

Au-delà des connaissances acquises, le master a souvent joué un rôle décisif dans la suite de leur parcours. Le stage de recherche de Melina Abdou (promotion 2012-2014), aujourd’hui chargée d’appui à la coordination de projets de recherche et à l’animation scientifique de départements de recherche de l’université, l’a conduite vers une thèse dans le même laboratoire bordelais, EPOC. Ce master a également ouvert à Cassandre Aimon les portes du doctorat, avant son retour à l’université de Bordeaux comme enseignante-chercheuse. Teba Gil y voit, elle aussi, un élément déterminant de son parcours vers son doctorat à l'université de Bordeaux puis une carrière internationale dans la recherche, jusqu’à son récent poste de chercheuse au CNRS. Pour Héloïse Gilbert (promotion 2023-2025), le déclic est plus récent : arrivée sans savoir si elle souhaitait s’orienter vers la conservation ou la recherche, elle a choisi cette dernière après les enseignements et son mémoire. Elle poursuit aujourd’hui un master de recherche en Écosse consacré à l’âge et à l’origine des plastiques présents sur les côtes écossaises. Andrea Osorio, elle, a travaillé comme technicienne de recherche à l’université d’Exeter en Angleterre, notamment sur un projet consacré à la pollution plastique aux Galápagos.

Faire tenir sa vie dans une seule valise


Et les acquis continuent parfois de ressurgir bien des années après le diplôme. Plus de dix ans après ses cours de statistiques, Teba Gil explique toujours utiliser le langage de programmation R découvert lors de ses cours de statistiques dans son travail de recherche. Melina Abdou indique mobiliser encore l’anglais, le réseau professionnel constitué pendant le master et sa connaissance de l’environnement universitaire. Héloïse Gilbert, elle, cite aussi bien sa capacité à jongler entre travail de laboratoire et analyse de données que celle à évoluer dans le monde de la recherche. Mais sortir de sa zone de confort ne se joue évidemment pas seulement dans les laboratoires. C’est aussi expérimenter d’autres systèmes universitaires et progresser dans plusieurs langues mentionnent les diplômées mais aussi apprendre à trouver un logement dans chaque nouveau pays et à « faire tenir toute [sa] vie dans une seule valise » pour Héloïse Gilbert. Et lorsqu’elles racontent leurs deux années, les souvenirs scientifiques et personnels finissent par se mêler : une sortie de terrain dans le bassin d’Arcachon ou en Corse et la découverte d’un magnifique nudibranche – une limace de mer, une soirée au musée Guggenheim à Bilbao, les couchers de soleil de Plentzia pendant le Covid, les soirées Eurovision de la chanson... Et la mobilité réserve parfois des rencontres plus inattendues : Andrea Osorio a ainsi rencontré sa moitié lors d’un trajet en BlaBlaCar qui la conduisait à Liège pour son troisième semestre.

Pour Jörg Schäfer, qui a coordonné le master pour Bordeaux ces dernières 16 années et qui vient d’être nommé vice-président en charge de l’Europe à l’université de Bordeaux, y voit une « ouverture internationale personnelle et institutionnelle ». Il mesure aussi l'impact de la formation sur des étudiants qui, souligne-t-il, savent pourquoi ils sont là et ont conscience de l'opportunité qui leur est offerte. Et lorsque Ionan Marigómez regarde à son tour le chemin parcouru, il mesure cet impact bien au-delà des deux années de formation. Environ 600 étudiants de plus de 70 nationalités ont aujourd’hui été diplômés du master et certains reviennent désormais contribuer au programme comme enseignants, encadrants ou employeurs.
Le Summit organisé à Bordeaux pour cet anniversaire va justement permettre à plusieurs générations de se retrouver, des premières promotions aux étudiants actuels, pour échanger sur leurs parcours, leurs recherches et leurs expériences. Et lorsqu’on demande aux anciens ce qu’ils aimeraient transmettre à ceux qui commencent aujourd’hui, les conseils se répondent : rester curieux, persévérer, aller vers les enseignants, profiter des possibilités de stages et de projets, créer des liens, voyager… et surtout profiter pleinement de ces deux années qui, toutes le disent, passent très vite. Autant de conseils que tous les anciens étudiants présents ne manqueront sans doute pas de partager, à Bordeaux, avec la nouvelle promo qui s’apprête à commencer à son tour l’aventure MER.

*unité CNRS, Bordeaux INP et université de Bordeaux

Le master MER en pratique

Deux années, plusieurs pays et 120 crédits ECTS. Le master européen MER (Marine Environment) repose sur une mobilité intégrée au cursus. Les étudiants commencent leur formation dans l’une des universités du consortium – dont l’université de Bordeaux – avant de poursuivre leur deuxième semestre à l’Université du Pays basque, à Bilbao. Au troisième semestre, ils rejoignent, selon leur parcours, l’Université de Southampton, l’Université de Liège ou l’Université des Açores. Le quatrième et dernier semestre est consacré au stage de recherche, qui peut être réalisé partout dans le monde. Au cours de leur deuxième semestre à Bilbao, les étudiants se retrouvent également au RIMER, un cours intensif avec des spécialistes venus du monde entier, organisé pendant deux semaines dont une semaine en février à l’Aquarium de San Sebastián (Espagne) et une en juin à la station marine de Plentzia.

De 6 à 7 étudiants à ses débuts, le master accueille aujourd’hui plus de 40 étudiants par promotion. À Bordeaux, où une vingtaine d’étudiants sont attendus pour le premier semestre, les enseignements, entièrement dispensés en anglais, croisent les différentes composantes des sciences de l’océan : biologie marine, géologie, physique et chimie marine.

À l’université de Bordeaux, ce sont les enseignants-chercheurs Philippe Le Coustumer et Thierry Corrège qui ont permis l’ancrage du master MER. Jörg Schäfer l’a d’abord rejoint comme enseignant avant d’en prendre la responsabilité pour Bordeaux en septembre 2010. Secondé depuis de nombreuses années par Jérôme Bonnin, professeur à l'université et Johan Etourneau, maître de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE), il cède la responsabilité à partir de septembre 2026 à ses collègues investis à ses côtés au sein du MER consortium depuis longtemps.
Côté formation, les unités de formation en Biologie et en Sciences de la Terre et Environnement sont impliquées, avec la participation d’INRAE et des laboratoires EPOC et Écosystèmes aquatiques et changements globaux (EABX), tandis que la Direction des relations internationales de l’université accompagne le volet de gestion internationale du programme.
L'université de Bordeaux est coordinatrice ou partenaire de plusieurs masters européens. 
​​​​​

En savoir plus

Le MER Community Summit 2026
 

Organisé dans le cadre du Master Erasmus Mundus MER2030 (Marine EnviRonment), cet événement international réunit du mercredi 2 au dimanche 6 septembre 2026 environ 200 participants : étudiants, alumni, enseignants-chercheurs, chercheurs et représentants des universités partenaires du consortium (université de Bordeaux, UPV/EHU, Université de Liège, University of Southampton, University of the Azores), autour des grands enjeux liés aux sciences marines, à la transition environnementale et à la gouvernance durable des océans.

Au-delà de sa dimension événementielle, le Summit constitue un temps fort à l'interface entre formation et recherche, avec un programme mêlant sessions scientifiques, ateliers thématiques, échanges autour des parcours académiques et professionnels, ainsi que des temps de réflexion sur les futures coopérations internationales du réseau MER. L'événement s'inscrit également dans les dynamiques européennes portées par l'université de Bordeaux et ses partenaires.