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Comment vont les étudiants bordelais ?

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La grande enquête PRISME menée par l'Espace santé étudiants auprès de 1 578 étudiants bordelais livre une photographie de leur santé et de leurs conditions de vie. Avec pour objectif de comprendre les fragilités pour mieux réagir.

Photo : Tous les ans au mois d'octobre, l'Espace santé étudiants de l'université de Bordeaux organise le festival Feel Good Campus dédié à la santé mentale et au bien-être des étudiants © Gautier Dufau
Tous les ans au mois d'octobre, l'Espace santé étudiants de l'université de Bordeaux organise le festival Feel Good Campus dédié à la santé mentale et au bien-être des étudiants © Gautier Dufau

Ils ont 22 ans en moyenne. L’âge des études, des rencontres, des projets. Une vie à inventer. Pour une partie des étudiants interrogés par PRISME, ces années-là se résument à peu d’argent, beaucoup de stress et des nuits difficiles. 64 % vivent avec moins de 700 euros par mois. Près d’un quart ont déjà sauté un repas dans l’année. 59 % présentent un niveau de stress élevé. Un étudiant sur quatre dit avoir pensé au suicide au cours des douze derniers mois. Des réalités très différentes, qui ne racontent évidemment pas à elles seules la jeunesse contemporaine. Elles donnent toutefois quelques indices pour mieux comprendre la génération qui se trouve aujourd’hui sur les bancs de la fac. 

Amandine Fillol, docteure en santé publique, pilote l’étude PRISME (1) au sein de l’Espace santé étudiants (ESE), dont les premiers résultats viennent d’être publiés. Elle voit s’effriter une vieille représentation de la vie estudiantine : on pouvait vivre autrefois avec peu, galérer, mais avec la promesse que les études offriraient des lendemains heureux. « Longtemps, on s’est dit que les étudiants étaient des privilégiés. Que cette précarité serait temporaire et que les études supérieures joueraient leur rôle d’ascenseur social. Aujourd’hui, ce n’est plus si évident. »

De l’exigence scientifique à l’action

PRISME est née en partie de l’expérience d’i-Share, vaste cohorte sur la santé étudiante portée par des chercheurs de Bordeaux Population Health. Il y a deux ans, l’Espace santé étudiants a repris le pilotage de l’observation. Avec l’idée de changer de focale : conserver l’exigence scientifique, mais rapprocher la collecte de données aux actions déployées sur le terrain.

Après une année d’expérimentation, PRISME a changé d’échelle. En 2025-2026, huit étudiants relais sont allés à la rencontre de leurs pairs sur les campus et 1 578 d’entre eux ont répondu à l’enquête. Une photographie précieuse, qui rencontre des limites : les participants sont volontaires, les femmes représentent les trois quarts de l’échantillon, les répondants représentent 2 % des 75 000 étudiants qui fréquentent les campus bordelais et 60% d’entre elles et eux sont inscrits à l’université de Bordeaux.

N'empêche. Des grandes lignes se dessinent déjà. La précarité est là. Près de la moitié des répondants disent avoir connu des fins de mois difficiles, 27 % ont connu un découvert bancaire et près d’un sur quatre a déjà sauté un repas faute de moyens suffisants. Parmi ces derniers, les étudiants internationaux sont surreprésentés. Plus inattendu, les non-boursiers le sont aussi. « On se serait attendu à l’inverse », reconnaît Amandine Fillol. 

« Parfois, je pense que je ne vaux rien »

Et les difficultés ne s'arrêtent pas au portefeuille. Les réponses sur la santé mentale sont parmi les plus préoccupantes de l’enquête. 42 % des étudiants présentent des symptômes dépressifs modérés à sévères. 59 % un niveau de stress élevé. Et 85 % des troubles du sommeil significatifs. Une autre réponse arrête la lecture. À la proposition « Parfois, je pense que je ne vaux rien », plus de la moitié des étudiants interrogés répondent par l’affirmative. Bordeaux n'est pas une exception. Partout en France, les enquêtes documentent la santé mentale étudiante fragilisée. Le dernier rapport de l'Observatoire national de la vie étudiante, publié en juillet 2026, confirme l'ampleur des difficultés psychologiques et des obstacles à l'accès aux soins. PRISME donne à cette réalité nationale un visage local, avec ses particularités et ses leviers d'action.

Difficile, dès lors, de parler de santé mentale sans regarder tout ce qui l’entoure. Manquer d’argent. Être seul. Mal dormir. Subir une discrimination. Vivre avec un handicap. Se sentir sous pression dans ses études. Et, à l’inverse, avoir quelqu’un à appeler, trouver sa place dans un groupe, pratiquer un sport, se sentir écouté ou tout simplement bien sur son campus. Car PRISME ne cherche pas seulement à identifier ce qui rend vulnérable. L’enjeu est aussi de comprendre ce qui protège. Et surtout comment ces différents facteurs se combinent d’un étudiant à l’autre.

De ce constat est née une première action. L’Espace santé étudiants construit une grille de lecture de la vulnérabilité qui croise différents facteurs plutôt que de les considérer séparément. Une manière de ne plus chercher « l’étudiant fragile », mais de regarder chaque situation dans sa singularité. Celui qui cumule les difficultés aura besoin d’un accompagnement plus soutenu ; celui qui dispose de davantage de ressources pourra être aidé à s’appuyer sur elles. Une façon, aussi, de déplacer le regard sur la santé étudiante. « On peut, certes, voir la santé comme un état. Mais il ne faut pas oublier que la santé représente une ressource, insiste Amandine Fillol. Être en bonne santé, c’est accueillir plus facilement les opportunités pour atteindre ses objectifs. »

Plus d’un étudiant sur deux renonce à un soin

Encore faut-il pouvoir préserver ce capital. Or, 56 % des répondants disent avoir renoncé ou reporté un soin dont ils estimaient avoir besoin au cours des douze derniers mois. Il y a les délais pour décrocher un rendez-vous, cités par 22 % d’entre eux. L’argent, pour 20 %. Le manque d’information aussi. Quand 37 % ont simplement pensé que « ça allait s’arranger tout seul ». Amandine Fillol n’oublie pas cette phrase, revenue plusieurs fois : « ‘‘Je ne veux pas prendre la place de quelqu’un d’autre.’’ Quelle estime les étudiants ont-ils d’eux-mêmes pour se dire qu’ils ne sont pas assez importants pour accéder aux soins ? »

Là encore, les chiffres peuvent mesurer un renoncement. Ils n’en racontent pas les ressorts. Pourquoi 25 % des étudiants interrogés déclarent-ils ne pas utiliser de préservatif lors d’un premier rapport avec un nouveau partenaire ? « En 2026, on pensait cette question réglée. Pas du tout. On sait que l’information est nécessaire. Elle ne suffit pas. »

Observer et provoquer les changements

C'est là que PRISME prend tout son sens. À l'université de Bordeaux, la santé mentale et l'amélioration des conditions de vie étudiantes sont devenues des priorités. C’est d’ailleurs tout le sens de la démarche Healthy Campus. Quant à l'Espace santé étudiants, il multiplie les points d'entrée : soutien psychologique, ateliers sur le stress ou le sommeil, cafés santé, formations aux premiers secours en santé mentale. Des dispositifs différents, mais une même ambition : aller vers les étudiants, y compris ceux qui ne demandent pas de l'aide spontanément.

Certaines réponses se jouent également ailleurs. PRISME a aussi cette vocation : objectiver les réalités pour qu'elles nourrissent les décisions, à l'université comme au-delà de ses murs. L’enquête sera désormais menée sans discontinuer, afin d’observer les évolutions locales, d’analyser les chiffres, d’ajuster les réponses. 

Cette année par exemple, l’Espace santé étudiants s’attaquera particulièrement à la solitude. 45 % des répondants présentent un niveau de solitude modéré à sévère. Plus de la moitié n’ont aucune activité associative, culturelle ou sportive en dehors des études. Avec Feel Good Campus, l’ESE fait un pari presque modeste : donner envie de venir sur les campus pour autre chose qu’un cours ou un examen. Car au fond, une vie étudiante se dessine souvent dans les détails. Dans un regard que l’on croise en amphi. Quelques mots échangés entre deux cours. Un café sur le pouce. Une soirée improvisée. On s’observe, on se cherche…  Il a été montré que ces interactions, même courtes, les « liens faibles », premiers remparts à l’isolement, ont une influence positive sur la santé, avant même que les « liens forts » ne s’enracinent.

D’autres actions ciblent ceux que la prévention touche moins. Les hommes ne représentent qu’un quart des répondants à PRISME. Sur la santé sexuelle, l’ESE expérimentera dès l’automne les « cafés sexo » masculins. Là encore, il s’agit moins de parler à « la jeunesse » que de trouver les mots, les lieux, les formats qui permettront de décoder les attentes des étudiants masculins, soit 50 % de l’effectif étudiant en Nouvelle-Aquitaine.

Les résultats seront également ouverts aux équipes de recherche, avec une vocation de « sciences ouvertes. Rendre ces données accessibles au plus grand nombre, afin que les décideurs puissent s’en emparer, c’est aussi notre rôle », réaffirme la docteure en santé publique.

Alors PRISME continuera de poser des questions. Chaque année. Pour voir ce qui change, ce qui résiste, ce qui va mieux. Pour comprendre ce qui fait tenir, aimer, rire ou pleurer, ce qui fait espérer ou se projeter. Pour regarder cette jeunesse avec justesse. Et continuer à prendre le pouls de ces petits cœurs qui battent. Même trop, même mal.

Synthèse enquête PRISME 2025-2026

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(1)   L'équipe de PRISME est composée, au sein de l’Espace santé étudiants, d’Anne Moreau (directrice opérationnelle), François Dabis (directeur scientifique), Lucie Guignot (coordinatrice promotion de la santé / communication), Florine Larroche (chargée de communication), Amandine Fillol (ingénieure) ; au sein de l’équipe de recherche Healthy (Inserm, BPH, Université de Bordeaux), de Christophe Tzourio (professeur d’épidémiologie, chercheur), Mélissa Macalli (chercheuse), Edwige Pereira (ingénieure statisticienne), Laura Castel (ingénieure statisticienne), Tiffany bourgeois (doctorante en épidémiologie).

  • Sophie Serhani

    Rédactrice

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