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Canopy Walk : la science au sommet des arbres

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À quinze mètres au-dessus du sol, une passerelle permet désormais aux scientifiques d'observer les arbres au plus près de leur feuillage. Inauguré le 14 octobre sur le site de l'ancien Observatoire de Floirac, le Canopy Walk doit aider à comprendre comment les forêts résistent au changement climatique.

Photo : @ Gautier Dufau
@ Gautier Dufau

À quelques kilomètres de Bordeaux, sur les hauteurs de Floirac, une forêt se devine. Il faut trouver l'entrée discrète de l'ancien Observatoire, puis suivre un chemin sinueux jusqu’à flanc de colline. La ville s'efface, la végétation prend le dessus. Difficile de soupçonner, si près de l'agitation urbaine, un tel îlot de verdure. C’est ici que, depuis quelques mois, une étrange construction en bois a surgi entre les arbres. Perchée à quinze mètres du sol, une passerelle s'avance dans la canopée, hérissée de tuyaux, de fiches techniques, de relevés de mesure. Derrière cet attirail, les scientifiques sont à l'œuvre. Dans ce laboratoire à ciel ouvert, ils cherchent à comprendre comment les arbres répondent au changement climatique. Une course contre la montre, à mesure que la Terre se réchauffe et que les forêts souffrent.

© Gautier Dufau
© Gautier Dufau

Inauguré le 14 octobre, le Canopy Walk, passerelle en bois de 46 mètres de long, permet de cheminer à hauteur de canopée. Il aura fallu trois mois pour assembler cette structure, qui repose sur 28 pieux métalliques enfoncés à six mètres de profondeur. Une première en France métropolitaine, qui ouvre de nouvelles possibilités d'observation et d'expérimentation. Car pour comprendre pourquoi certains arbres résistent à la sécheresse quand d'autres dépérissent, il faut pouvoir les observer de près.

« Nous sommes à un point de bascule et la recherche doit changer d'échelle pour nous permettre d'anticiper plutôt que de subir », prévient Sylvain Delzon, directeur de recherche INRAE au laboratoire Biodiversité, gènes et communautés (BIOGECO - INRAE et université de Bordeaux). Le scientifique liste les étés 2022, 2025 et 2026. Trois épisodes de sécheresse en cinq ans avec des conséquences différentes. En 2022, les arbres avaient commencé à dépérir dès le mois d'août. Cette année, les dégâts sont parfois moins visibles. Pourtant, les températures ont été extrêmes et sont venues puiser dans les ressources en eau des sols plus intensément.

Jusqu'où les arbres peuvent-ils résister ?

« Nos forêts peuvent-elles s'adapter suffisamment rapidement face au changement climatique ? », interroge Sylvain Delzon. La forêt expérimentale FORLand tente d'apporter des réponses. Depuis 2021, les chercheurs y étudient les effets du changement climatique sur les arbres, mais aussi la manière dont les forêts peuvent contribuer à rafraîchir les villes. Le Canopy Walk leur ouvre un nouvel espace d'observation. Les scientifiques peuvent y suivre au plus près le fonctionnement des feuilles, comprendre comment les arbres régulent leurs échanges d'eau avec l'atmosphère, identifier les mécanismes qui permettent à certaines espèces de mieux résister que d'autres. Il s'agit de savoir à partir de quel seuil un arbre ne peut plus récupérer. Et, à terme, d'anticiper ce que deviendront nos forêts d'ici la fin du siècle.

« Nous n'avons pas de solution clé en main à apporter aux gestionnaires, ou aux agriculteurs », dit Sylvain Delzon. La recherche peut néanmoins leur permettre de faire des choix. Quelles espèces conserver ? Lesquelles planter ? Comment adapter les pratiques à un climat qui change plus vite que les arbres ne s'y acclimatent ? Ces questions concernent aussi les villes, où la présence des arbres est devenue essentielle pour atténuer les effets des fortes chaleurs.

Un lieu de recherche et de rencontres

À Floirac, cette ambition scientifique s'accompagne d'une volonté d'ouvrir davantage le site sur la société. La forêt expérimentale s'inscrit dans le Living Lab Climat et Biodiversité de l'université de Bordeaux. Pour Philippe Moretto, vice-président en charge des transitions, le projet illustre la volonté de faire de la recherche un levier concret de transformation. Sur ce site chargé d'histoire scientifique, autrefois consacré à l'observation des étoiles, l’objectif réside désormais dans la compréhension du vivant tout en sensibilisant au rôle des arbres en ville.

Le chercheur Sylvain Delzon et le vice-président de l'université de Bordeaux Philippe Moretto © Gautier Dufau
Le chercheur Sylvain Delzon et le vice-président de l'université de Bordeaux Philippe Moretto © Gautier Dufau
© Gautier Dufau
© Gautier Dufau

Les premiers visiteurs sont déjà là. Des publics scolaires ont parcouru la forêt expérimentale. Des panneaux de médiation ont été réalisés avec l'artiste Guillaumit pour raconter les recherches qui s'y déroulent. Les Chroniques de la forêt expérimentale prolongent cette découverte en donnant à écouter ce qui s’observe. « L'objectif est d'ouvrir ce lieu au plus grand nombre afin de partager les connaissances et les avancées de la recherche », a insisté Anne Lassègues, responsable du service culture de l'université de Bordeaux sur le campus de Talence, avant de remercier l’ensemble des personnes ayant participé au projet.

Il y a quelque chose de singulier à voir cette passerelle s'élever sur les terres de l’ancien observatoire astronomique. Pendant des décennies, on y a scruté le ciel. Aujourd'hui, les chercheurs tournent leur regard vers la cime des arbres. Avec une autre question, tout aussi vertigineuse : à quoi ressembleront les forêts demain ?

  • Sophie Serhani

    Rédactrice

    sophie.serhani%40u-bordeaux.fr