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Euskampus Bordeaux Eguna : la recherche sans frontière

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Pour la première fois, Euskampus Bordeaux Eguna a eu lieu à la frontière, à Irun. Les 15 et 16 octobre, quelque 260 chercheuses et chercheurs, étudiants et étudiantes, partenaires français et basques s'y sont retrouvés pour faire vivre quinze années de coopération scientifique. Une histoire de rencontres, de savoirs partagés et de ponts tissés entre deux rives.

Photo : Les participantes et participants à Euskampus Bordeaux Eguna 2026 dans le hall de Ficoba à Irun © Refresco
Les participantes et participants à Euskampus Bordeaux Eguna 2026 dans le hall de Ficoba à Irun © Refresco

À Irun, à quelques pas du pont Saint-Jacques, on passe d’une langue à l’autre. Le français, le basque, l’espagnol, l’anglais en dernier recours : l’important, c’est de se comprendre. Ici, l’Histoire se conjugue au pluriel. Pour la première fois depuis sa création en 2014, Euskampus Bordeaux Eguna a eu lieu sur la « muga », la frontière en basque. Celle qui a vu passer des marcheurs, des familles, des exilés. Celle qui a séparé autant qu'elle a relié. Les 15 et 16 octobre, elle accueillait des chercheurs et chercheuses, étudiantes et étudiants, des universitaires qui ont fait de ces deux rives un terrain d’exploration commune. Quelque 260 participants se sont donné rendez-vous à Ficoba (parc des expositions transfrontalier). Parmi eux, plus de soixante jeunes scientifiques, du master au postdoctorat, font rayonner la recherche sur cet espace eurorégional qui s’étend de Bordeaux à Bilbao.

Des ponts passeurs d'histoires

Ricardo Díez connaît bien Irun. Le directeur du Donostia International Physics Center (DIPC) est né dans cette ville. Il y vit toujours. Lors de la cérémonie d'ouverture de ces deux journées, il a partagé une anecdote de son enfance et s'est souvenu de ceux qui, en 1939, après la guerre civile espagnole, ont traversé la frontière pour trouver refuge au nord de la Bidassoa. « Ce pont est resté un symbole pour tous ceux qui sont présents aujourd'hui. »

Joxerramon Bengoetxea Caballero, président de l'Université du Pays basque (EHU), a lui aussi convoqué la mémoire. Depuis le sixième étage de l'immeuble familial, il apercevait la baie de Txingudi. Il apprenait le français, captait les télévisions et les radios des deux pays. L'Europe n'était pas encore celle que nous connaissons. Les universités travaillaient chacune de leur côté. Mais déjà, la frontière n'empêchait ni la curiosité ni les échanges. « Aujourd’hui, Euskampus prouve qu’on est beaucoup plus forts en réseaux que seuls. C’est aussi l’idée d’Enlight, l’alliance à laquelle appartiennent nos universités du Pays basque et de Bordeaux et qui vise à renforcer les coopérations et la pluridisciplinarité par-delà les frontières. »

Les habitants des deux rives vivaient ensemble bien avant que la recherche ne s’en empare. La coopération scientifique prolonge aujourd'hui cette géographie du quotidien. Ces souvenirs racontent le chemin parcouru par Euskampus depuis sa création en 2011. Quinze ans plus tard, les liens entre l'université de Bordeaux et l'Université du Pays basque ont pris une forme bien réelle : doubles diplômes, thèses en cotutelle, projets scientifiques ou encore laboratoires transfrontaliers de coopération (LTC), mais aussi une coopération étroite entre les équipes administratives des deux universités en soutien aux équipes scientifiques.

« Ce que nous construisons ensemble ouvre des possibilités qu'aucun établissement ne pourrait offrir seul », a souligné Dean Lewis, président de l'université de Bordeaux. Une manière, selon lui, de faire vivre au quotidien une « Europe de la connaissance, de la coopération et de la solidarité ».

Quand la frontière devient un laboratoire

Depuis 2015, dix laboratoires transfrontaliers de coopération (LTC) ont été labellisés et quatorze projets accompagnés en incubation. « Pour créer un LTC, il faut que des collaborations existent déjà entre les équipes, en associant de jeunes chercheurs et des chercheurs expérimentés », a rappelé Jean-René Cazalets, vice-président en charge de la recherche à l'université de Bordeaux. Une façon de donner du temps et des moyens à des relations scientifiques déjà engagées, pour construire ensemble des projets dans la durée.

Travailler entre deux pays suppose pourtant de composer avec des systèmes administratifs, des financements et des habitudes différentes. Mais Ricardo Díez invite à changer de point de vue : les laboratoires transfrontaliers ne se développent pas à cause de la frontière. Ils existent aussi grâce à elle.

Au fil des années, cette coopération a dépassé le seul cadre universitaire. Igor Campillo, directeur d'Euskampus Fundazioa, a notamment mentionné Bizi on, un programme associant patients et chercheurs pour améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec un cancer au Pays basque. Une illustration de ce que la recherche peut apporter concrètement à la société.

Et puis il y a les jeunes générations. Plus de soixante étudiants et postdoctorants ont participé à ces deux jours. Ils ont échangé sur leurs travaux, découvert d'autres équipes et imaginé, peut-être, des collaborations futures. « Je vous encourage à observer ce qui est différent, car c’est ce qui nous pousse à apprendre », lançait Jesús Valero, directeur général de Tecnalia.

Cette coopération porte également une ambition qui dépasse les laboratoires. Dans une Europe traversée par les bouleversements géopolitiques et climatiques, les universités ont un rôle à jouer dans l'avenir de leurs territoires. « Nous, universitaires, avons une responsabilité : être une source d'idées pour l'élaboration de nouvelles politiques publiques. C'est notre devoir d'être actifs à ce niveau-là », a insisté Dominique Rebière, vice-président en charge des relations entreprises et filières de l'université de Bordeaux.

Dans un monde où les frontières semblent parfois se refermer, ces rencontres sont venues défendre une autre lecture du monde. Celle où la connaissance circule, où les singularités nourrissent la réflexion et où les défis de demain appellent des réponses collectives.

Sur les rives de la Bidassoa, les ponts continuent de relier. Ils portent la mémoire de celles et ceux qui les ont traversés. Quinze ans après la naissance d'Euskampus, ils portent désormais les promesses de ceux qui choisissent de travailler ensemble.

Human Shelters : un nouveau laboratoire pour explorer l'histoire de l'Humanité

Un dixième laboratoire transfrontalier de coopération (LTC) vient d'être labellisé au sein du campus transfrontalier Euskampus Bordeaux lors de ces journées. Baptisé Human Shelters, il pose une question : comment les abris sous roches deviennent des lieux de dépôt des archives du passé, qu'il s'agisse d'archives d’une humanité passée, d’un environnement différent, d’un contexte géologique particulier. Porté notamment par Christine Couture (1), professeure de paléoanthropologie au laboratoire PACEA (CNRS, ministère de la Culture, université de Bordeaux), ce projet, lancé il y a une dizaine d’années et dont la demande de labellisation a été déposée en mars, regroupe 17 chercheurs de l'université de Bordeaux et 19 de l'Université du Pays basque. Ce LTC entend croiser les regards et les disciplines pour mieux comprendre les populations du passé, leurs modes de vie et leurs relations avec leur environnement.

(1) Christine Couture a été nommée vice-présidente en charge des conditions et environnements de travail à l’université de Bordeaux en mars 2026
 

Christine Couture présente le LTC Human Shelters avec Asier Gòmez Oliviencia de l'université du Pays Basque © Refresco
Christine Couture présente le LTC Human Shelters avec Asier Gòmez Oliviencia de l'université du Pays Basque © Refresco
  • Sophie Serhani

    Rédactrice

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