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Mise à jour le : 16/03/2026
L’université de Bordeaux ouvre un master en science de la durabilité pour former des professionnels capables d’analyser et d’agir face à la complexité des transitions écologiques, économiques et sociales.
Le projet de création de ce master est parti d’un constat simple pour Éric Macé, sociologue à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim qui en est à l’initiative : « Quand on travaille sur les enjeux de transition et de durabilité, les problèmes se présentent toujours sous la forme d’un enchevêtrement de dimensions écologiques, économiques, sanitaires, sociales, symboliques... Donc même si l’université forme, bien sûr, d’excellents spécialistes dans chacune de ces dimensions (énergie, écologie, droit, économie…), il est absolument nécessaire de former aussi des professionnels et des chercheurs capables de comprendre et de traiter cette complexité, de saisir pleinement les interactions systémiques entre tous ces domaines, au-delà du cloisonnement disciplinaire. »
Pour structurer cette approche, ce nouveau master s’appuie sur le champ académique des sciences de la durabilité, développé depuis plus de vingt ans dans le monde universitaire et reconnu aujourd’hui à l’échelle internationale. Ces sciences se caractérisent par leur dimension appliquée : elles ne se limitent pas à analyser les problèmes mais produisent également des ressources et des outils pour accompagner la mise en œuvre de politiques de transition.
Malgré cette reconnaissance internationale, l’offre de formation portant explicitement ce label reste encore très limitée en France, les masters se comptant encore aujourd’hui sur les doigts de la main. L’université de Bordeaux a donc souhaité se positionner sur ce champ émergent, en cohérence avec ses activités de recherche et les initiatives existant au sein de l'établissement autour des transitions. Éric Macé, ancien vice-président de l’université en charge des transitions environnementales et sociétales, était bien placé pour mettre en valeur cet écosystème favorable : « le ministère nous a immédiatement accordé son accréditation ».
Pour l’accompagner dans ce projet pédagogique ambitieux, Éric Macé a réuni une équipe de treize enseignants-chercheurs issus des sciences humaines et sociales qui travaillaient déjà toutes et tous sur des questions liées aux transitions ou à la durabilité. « Deux modèles de formation existent aujourd’hui dans ce domaine, explique Éric Macé. Le premier repose sur une interdisciplinarité intégrale : les étudiants suivent des enseignements issus de plusieurs disciplines (droit, économie, sociologie, écologie, etc.) mais sans spécialisation forte. Le second modèle combine un socle interdisciplinaire commun avec un ancrage disciplinaire fort. C’est ce second modèle que nous avons retenu. »
Concrètement, les étudiants poursuivent donc leur parcours disciplinaire entamé en licence tout en participant à un ensemble d’enseignements communs centrés sur les enjeux de durabilité. Ce dispositif permet de mettre en dialogue les compétences disciplinaires des étudiants dans un cadre collectif. « Chacun et chacune apporte son regard sur un même problème. C’est cette diversité de perspectives qui permet d’avoir une approche vraiment interdisciplinaire et systémique. »
La construction des enseignements de ce nouveau diplôme a mobilisé un accompagnement important en ingénierie pédagogique. Avec l’aide de la Mission d'appui à la pédagogie et à l'innovation (MAPI) de l’université, l’équipe a un peu chamboulé ses habitudes, confie Éric Macé : « En général, on part de ce que l’on sait pour l’enseigner, mais cette fois-ci, nous avons commencé par définir les compétences et les acquis d’apprentissage que nous souhaitions transmettre aux étudiants pour ensuite déterminer le contenu des cours. Nous avons travaillé pendant un an avec beaucoup d’enthousiasme, la mayonnaise a tout de suite pris dans l’équipe, tout le monde était très motivé ! »
Le master reposera sur une pédagogie active, centrée sur la conduite de projets et l’analyse de situations concrètes. Dès la première semaine de formation (qui débutera le 31 août 2026), les seize étudiantes et étudiants seront ainsi plongés dans des études de cas complexes liées aux transitions. « L’objectif est de leur faire expérimenter la dimension conflictuelle et multidimensionnelle des décisions à prendre dans ce domaine. Les problèmes de transition mettent immédiatement les acteurs face à des dilemmes. Et pourtant, à un moment donné, il faut bien prendre une décision. »
Un exemple de scénario pédagogique (déjà expérimenté dans une formation également portée par Éric Macé) porte sur la gestion de la pollution de captages d’eau potable dans une commune. Les étudiants doivent alors arbitrer entre plusieurs solutions : filtrer l’eau au charbon actif, négocier avec les agriculteurs, prendre en compte les inquiétudes des riverains tout en tenant compte des enjeux économiques... Au fil du scénario, de nouveaux acteurs et de nouvelles informations apparaissent, obligeant les participants à reconsidérer leurs positions initiales. « Au début, les décisions prises sont souvent impossibles et différées, ou ne sont pas durables, constate Éric Macé. Puis, en changeant la manière de poser le problème, les apprenants arrivent à imaginer des solutions plus innovantes. »
Pour fournir ces études de cas, l’équipe pédagogique peut compter sur de nombreux complices parmi les acteurs publics et les associations du territoire, notamment grâce aux partenariats développés par l’Institut des transitions de l’université. Certaines activités pédagogiques seront ainsi construites à partir de commandes réelles émanant d’acteurs institutionnels, comme Bordeaux Métropole. Ce dispositif permettra à la fois de former les étudiants à des situations tout à fait authentiques et actuelles, et de renforcer les liens avec des partenaires susceptibles de devenir leurs futurs employeurs.
Nous voulons former des professionnels capables d’occuper des fonctions d’animation et de coordination de projets de transition au sein d’organisations publiques ou privées. Ces profils, aujourd’hui très recherchés, restent encore trop rares et les personnes à ces postes ont souvent appris sur le tas. Il est grand temps d’enseigner ces compétences transversales.