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«Le féminisme est une question politique»

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Laëtitia Franquet est chercheuse associée en science politique et sociologie comparative au Centre Emile Durkheim (CNRS, Sciences Po Bordeaux, université de Bordeaux). Spécialiste des questions d’égalité femme-homme et des violences sexistes et sexuelles, elle utilise la scène pour évoquer avec humour la condition féminine, en mêlant ses recherches et son expérience personnelle. Entretien avec une femme engagée.

Photo : Laetitia Franquet ©IRTS
Laetitia Franquet ©IRTS

Vous défendez l’égalité femme-homme, mais vous insistez sur le côté politique. Comment définissez-vous votre position ?

Laëtitia Franquet : Je ne recherche pas la similitude, mais l’égalité. L’enjeu n’est pas d’effacer les différences, mais de lutter contre les discriminations liées à ces différences et contre les hiérarchies construites à partir de celles-ci. Les femmes ne constituent pas une catégorie homogène. Pour moi, le féminisme, n’est pas une question de genre, ni une idéologie, c’est une question politique : il s’agit d’organiser la société de façon plus juste.

Malgré des avancées législatives, les inégalités persistent. Une femme qui divorce perd en moyenne 30 % de ses ressources la première année. À compétences égales, les filières techniques - majoritairement masculines - sont mieux rémunérées que les filières administratives ou du soin, majoritairement féminines. Ces injustices salariales auraient dû être traitées depuis longtemps, mais les lieux de pouvoir sont restés longtemps peu féminisés.

Étudier la sociologie, c’est comprendre ces systèmes invisibles. Aujourd’hui, je constate néanmoins davantage de sororité et une libération de la parole depuis #MeToo. Les politiques publiques ont permis aux femmes d’accéder davantage aux instances de décision. Le mouvement est engagé, mais il reste encore des choses à faire. J’ai assisté à la dernière plaidoirie du procès Pélicot. J’affirme à mon tour que la honte doit changer de camp.

À votre avis, quelles sont les solutions pour avancer ?

L. F. : Je pense que l’essentiel des solutions passe par l’éducation. Il faut aller plus loin dans l’information, la sensibilisation, notamment au numérique car les discriminations se déplacent aussi sur les réseaux sociaux. Il faut former les citoyens à reconnaitre ces violences et à savoir comment y faire face lorsqu’elles impactent l’entourage. J’ai en effet constaté lors de mes enquêtes, que le travail est un refuge pour les victimes.

L’entreprise est le lieu où l’on se sent en sécurité. C’est pourquoi elle a un rôle majeur à jouer ; il faut travailler sur « l’effet spectateur » en formant les salariés à réagir face aux violences dont ils sont témoins sur leur lieu de travail. Cela devrait être obligatoire dans le cadre de la politique de responsabilité sociétale de chaque entreprise.  L’égalité ne consiste pas à inverser les dominations, mais à construire une société plus juste pour toutes et tous.

Vous avez choisi de porter ces messages aussi sur scène, à travers l’humour. Pourquoi ce choix ?

L. F. : Parce que très peu de personnes lisent des thèses ! L’humour est un outil formidable pour transmettre des savoirs et faire passer des messages. Enfant, je rêvais de théâtre sans en avoir eu la possibilité. Aujourd’hui, je réalise ce rêve en montant sur scène avec un spectacle de stand up intitulé «On n’a pas l’égalité mais on a des idées», joué pour la première fois un 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Dans mes sketchs, j’aborde la condition féminine, les stéréotypes sexistes ou encore l’idée persistante de la supposée « folie » des femmes dont parlent certains hommes. Ces textes sont certes teintés de vécu, mais ils sont aussi et surtout documentés par mes recherches scientifiques. J’espère ainsi contribuer à mon niveau à défendre et à porter la voix des femmes.

Humour et engagement : soirée en faveur de l'inclusivité

Comme l’an dernier, Laëtitia Franquet sera la présentatrice, le 9 mars au théâtre Femina de Bordeaux, d’une soirée de stand-up organisée dans le cadre du Mois de l’inclusivité de l’université de Bordeaux pour les étudiants et les personnels de l’établissement.

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