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Mise à jour le : 15/04/2026
L’Institut des transitions de l’université de Bordeaux a conçu un atelier participatif pour aider les personnels à comprendre l’empreinte carbone de l’établissement et à initier sa réduction. Les participants explorent les ordres de grandeur, questionnent leurs pratiques et imaginent des pistes concrètes pour transformer durablement le fonctionnement de l’établissement.
« À votre avis, combien de tonnes de CO₂ l’université de Bordeaux émet-elle chaque année ? ». La question est lancée dans une salle de réunion de l’université, cours de l’Argonne à Bordeaux ; les participants hésitent : quelques milliers ? Des centaines de milliers ? La réponse apparaît finalement sur l’écran : 62 500 tonnes d’équivalent CO₂ en 2022. Est-ce beaucoup ? Est-ce trop ? Si l’on en croit l’intitulé de l’atelier qui vient de débuter - « Empreinte carbone de l’UB : ensemble relevons le défi 15 000 tonnes » -, oui, c’est trop !
Une douzaine de personnels, essentiellement administratifs, sont réunis ce matin-là autour de deux membres de l’Institut des transitions, Camille Tichané et Grégoire Sierra, qui vont animer cet atelier de trois heures et demie. Objectif : comprendre l’empreinte carbone de l’université et imaginer comment la réduire drastiquement d’ici 2050. L’ambition dépasse donc la simple sensibilisation, puisqu’il s’agit d’aider les personnels à s’approprier les enjeux climatiques et à réfléchir à leur traduction concrète dans le fonctionnement de l’université. L’atelier, conçu par l’Institut des transitions, s’appuie sur une pédagogie participative inspirée d’outils déjà connus dans le domaine de la transition écologique, comme les ateliers « 2 tonnes » ou « Inventons nos vies bas carbone ».
La première séquence prend la forme d’un quiz. Question après question, les participants (re)plongent dans les bases scientifiques du changement climatique. Au sein du groupe, une experte se dévoile rapidement, menaçant de court-circuiter le jeu dont elle semble connaître toutes les réponses : elle est référente des transitions dans son laboratoire, très investie à l’université comme en-dehors. Les autres participants sont moins aguerris et découvrent avec stupéfaction la part du réchauffement climatique due aux activités humaines ou l’évolution de la température atmosphérique depuis la révolution industrielle. Ces données permettent de replacer la discussion dans un cadre global, celui de l’Accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement à 1,5 ou 2 °C d’ici la fin du siècle. « Chaque dixième de degré compte ! » rappellent les animateurs, enchaînant avec des notions clés comme les frontières planétaires et la « théorie du donut », qui permettent d’appréhender les enjeux de manière systémique selon une démarche de justice sociale.
L’exercice suivant consiste à décortiquer le bilan carbone de l’université. Contrairement à ce que certains imaginent, il ne se limite pas à l’électricité et au chauffage des bâtiments, mais englobe tout ce qui contribue au fonctionnement de l’établissement : déplacements, achats d’équipements, activités de formation, de recherche et d’administration… L’atelier rappelle aussi que cet outil reste imparfait : certaines données sont difficiles à mesurer et comportent des marges d’incertitude. L’animateur, Grégoire, est bien placé pour le savoir, lui qui collecte patiemment, au fil de l’eau, les innombrables chiffres nécessaires à l’établissement de ce bilan. Face aux 62 500 tonnes émises en 2022, l’université de Bordeaux s’est fixé un objectif ambitieux : ramener ce chiffre à 15 000 tonnes d’ici 2050, soit une division par quatre ! Une trajectoire intermédiaire prévoit déjà une baisse à 48 000 tonnes à l’horizon 2027. Atteindre cette cible implique des transformations profondes dans les pratiques, les infrastructures et l’organisation de l’université.
Après les chiffres, place à l’imagination. Les personnels sont invités à fermer les yeux quelques instants et à se projeter dans l’université de Bordeaux en 2050. Comment se déplace-t-on jusqu’à l’université et sur le campus ? À quoi ressemblent les bâtiments ? Comment travaillent les personnels ? Pour guider cet exercice, les animateurs présentent quatre scénarios prospectifs élaborés par l’ADEME, qui décrivent différentes trajectoires vers la neutralité carbone. Ces scénarios explorent des futurs contrastés, d’une société foncièrement tournée (revenue ?) vers la sobriété à une organisation échafaudée sur le « technosolutionnisme ». Des images en réalité virtuelle viennent étayer ce voyage dans le futur où des potagers ont remplacé les places de parking et des bâtiments sont recouverts de végétation. Les participants votent pour le scénario qui leur semble, personnellement, le plus souhaitable, et les opinions, au sein de cette mini-communauté, s’avèrent relativement homogènes.
Dans la dernière partie de l’atelier, des petits groupes sont formés pour réfléchir très concrètement à la manière dont l’évolution des métiers pourrait contribuer à réduire l’empreinte carbone de l’université. Chaque groupe doit proposer plusieurs pistes d’action, choisir une initiative prioritaire et en détailler la mise en œuvre. Un groupe se concentre par exemple sur la méthode BISOU (acronyme de Besoin, Immédiateté, Similarité, Origine, Utilité), un moyen mnémotechnique qui permet de guider ses achats avec cinq questions : « en ai-je vraiment besoin ? », « immédiatement ? », « n’en ai-je pas déjà un semblable ? », « où l’objet a-t-il été fabriqué ? », « est-il vraiment utile ? ». Les participants imaginent diffuser et promouvoir cet état d’esprit dans tous les recoins de l’université pour diminuer l’impact carbone des achats, bien au-delà des seuls services et collègues qui en ont la charge officielle.
En conclusion, l’atelier rappelle un point essentiel : atteindre 15 000 tonnes de CO₂ par an en 2050 nécessitera des transformations d’ampleur, mais cette transition ne se fera pas uniquement à travers des décisions institutionnelles ou des innovations techniques. Elle passera aussi par les pratiques quotidiennes et les initiatives des personnels. Dans la salle, les discussions se poursuivent encore quelques minutes, prouvant que « la mayonnaise a pris ». Derrière les chiffres et les scénarios, la transition écologique commence visiblement par une question simple : « Et nous, que peut-on changer ? »
Chargée d’animation et de sensibilisation
camille.tichane%40u-bordeaux.fr
Chargé d’appui au pilotage
gregoire.sierra%40u-bordeaux.fr
Cet atelier, créé dans le cadre du programme Augmented university for Campus and world Transition (ACT), bénéficie d'une aide de l'État gérée par l'Agence nationale de la recherche au titre du programme Investissements d'avenir portant la référence ANR-20-IDES-0001.