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Mise à jour le : 02/03/2026
Il a choisi de quitter sa petite ville natale pour venir étudier le droit à l’université de Bordeaux où il s’est découvert, l’an dernier, major de sa promo. En situation de handicap moteur, Axel Ozon raconte son parcours, son quotidien d’étudiant, son rapport aux autres et son ambition de devenir magistrat. Un témoignage optimiste et modeste sur l’accessibilité, l’inclusion et la réussite universitaire.
Axel Ozon : Je viens d’une petite ville du Loir-et-Cher, Romorantin-Lanthenay, où je connais tout le monde et où tout le monde me connaît. C’est pour ça que j’ai eu envie de venir faire mes études à Bordeaux, pour changer d’air et partir un peu de chez moi - même si mes parents sont très sympas ! Je suis hébergé à l’IEM de Talence, une structure qui accueille des jeunes de 15 à 25 ans en situation de handicap. C’est pratique pour moi, tout est adapté et je peux me concentrer sur mes études. Mon handicap est lié à une paralysie cérébrale ; je suis né très prématuré, à cinq mois et trois semaines, et j’ai été placé en réanimation… Je ne peux pas marcher, ni écrire à la main, et je me fatigue assez vite. Il n’y a pas trop d'espoir d'amélioration, cela va dépendre des innovations technologiques, des avancées médicales. Je ne considère pas ma situation comme un fardeau, c’est comme ça, quelque chose que, de toute façon, je dois supporter. Et je trouve que j’ai de la chance, quand même, par rapport à d’autres qui sont entièrement paralysés ou qui souffrent de handicap mental.
A. O. : C'est une matière que j’ai découverte dès le lycée car on pouvait la suivre en option. Je l’ai tout de suite trouvée très intéressante et en adéquation avec les valeurs que je défends, l’impact que j’espère avoir dans ma vie. J’aimerais être magistrat plus tard. J’ai découvert que c’est un métier dont les missions peuvent varier tout au long de la carrière, je crois que ça me plairait. L’an dernier, le jour des résultats de L1, j’ai découvert que j’étais major de promo, c’est-à-dire premier sur près de 2000 étudiants. Même si j’ai toujours été bon élève, ça m’a quand même étonné, je ne m’y attendais pas ! Et ça m’a fait plaisir, bien sûr. En décembre dernier, il y a eu une petite cérémonie avec tous les majors de promo de l’université. Je dois avouer que ça fait du bien à l’ego.
A. O. : L’IEM où je vis se trouve à quinze minutes du tramway et à un seul arrêt du campus, c’est vraiment à côté, ce qui est pratique, sauf quand il pleut sans arrêt comme ces dernières semaines : je finis trempé même si je mets un équipement contre la pluie - avec les bras collés aux roues de mon fauteuil, c’est inévitable. Donc je me fais parfois déposer par les transports adaptés de l’IEM. D’une manière générale, je trouve Bordeaux et le campus très accessibles pour les fauteuils roulants. J’ai pas mal voyagé, avec mes parents ou en voyage scolaire, et je trouve qu’en France, on n’est pas trop mal, en particulier à Bordeaux même si, bien sûr, ça ne vaut pas Amsterdam où tout est pensé pour les vélos. Sur le campus, ça pourrait être mieux parfois ; par exemple, pour aller de mon amphi principal à la BU, je dois traverser les rails du tram et la rampe n’est pas au bon endroit, je dois faire un grand tour. Quand je me rends dans un endroit pour la première fois, l’accès handicap n’est pas toujours bien indiqué, il faut un peu chercher. Mais on en parle régulièrement avec le référent du service PHASE, qui accompagne les étudiants à besoins spécifiques. Je crois qu’ils essaient d’améliorer les choses au fur et à mesure.
A. O. : Je bénéficie d’aménagements pendant les examens : j’ai droit à un ordinateur, puisque je ne peux pas écrire à la main, et j’ai plus de temps pour composer - ce qu’on appelle un tiers temps. Pour le reste, je suis un étudiant (presque) comme les autres, même si les autres ne le savent pas forcément. Je vois bien que les gens hésitent un peu à venir me parler, ils ne savent pas si j’ai toute ma tête, si je vais pouvoir tenir une conversation… Je m’ouvre très facilement si on vient me voir, mais je n’ose pas forcément prendre l’initiative d’aller vers les autres, j’ai peur de m’exposer à des réactions désagréables. Dans l’amphithéâtre, même s’il est tout à fait accessible en fauteuil, je m’aperçois que je suis tout seul devant, en-dehors de la rangée de sièges, sans personne qui puisse s’asseoir à côté de moi. Cela crée un certain isolement. Mais j’ai quand même rencontré des amis qui, à leur tour, me présentent d’autres gens. Quant aux profs, ils sont gentils, la plupart me demandent régulièrement si tout va bien. Je crois qu’eux aussi se demandent si j’ai les capacités intellectuelles pour suivre, en tout cas ils doivent voir que je suis assidu puisque je ne rate jamais aucun cours !
A. O. : Même si je ne veux pas être un symbole de quoi que ce soit, je serais heureux si mon exemple pouvait rassurer d’autres personnes en situation de handicap, les convaincre qu’elles peuvent réussir leurs études, et arriver à accomplir ce qu’elles veulent. Cela me rendrait assez fier, même si ça n’est pas grand-chose pour l’instant. Si je m’engage plus tard en politique, ou si j’ai une influence quelconque dans le milieu du droit, là, je ferai davantage bouger les choses. Pour l’instant, je voudrais juste dire que nous sommes des gens banals, que mon fauteuil est juste un moyen de locomotion, que mon handicap n’est pas quelque chose de grave. Je suis juste Axel, 19 ans, étudiant en droit, très content de vivre et d’être là.