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Mise à jour le : 23/03/2026
Un peu moins de trois ans avant son terme, le grand programme ACT de l’université de Bordeaux vient de franchir un cap décisif avec son évaluation à mi-parcours, et sa confirmation, par l’Agence nationale de la recherche. Retour sur une ambition partie d’une vision très théorique qui œuvre désormais à conforter son impact.
Lancé en 2020 dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir, ACT - pour Augmented university for Campus and world Transition - ne s’est pas imposé d’emblée comme une évidence opérationnelle. « Le projet initial était très conceptuel, la formulation parfois abstraite », se souvient Philippe Moretto, alors vice-président (VP) en charge de la recherche. Il n’était pas encore question de projets ni de dispositifs précis, mais d’une réflexion plus fondamentale : « Qu’est-ce qu’une université ? Quelles sont les valeurs que nous voulons porter ? Sur quels grands enjeux doit-on se positionner ? » Dans un paysage académique encore peu structuré autour des enjeux de transitions environnementales et sociétales, l’université de Bordeaux fait alors un pari : celui d’anticiper. « À l’époque, d’ailleurs, on parlait moins de transitions que de développement durable », précise Philippe Moretto, avant de souligner : « L’université de Bordeaux faisait partie des premières à avoir obtenu un IDEX. À ce titre, nous faisions partie de ces universités considérées par le ministère comme de bons terrains d’expérimentation. »
Pour Antoine Simon, directeur de l’Institut des transitions, les premières années ont été consacrées à la traduction de ces ambitions. « Tout le travail de 2021 et de 2022 a consisté à faire atterrir le projet avec des axes de travail très concrets : définir des priorités, structurer des programmes, identifier des porteurs de projets, inventer des modes de collaboration. » Quelques années plus tard, les Living Labs sont probablement les projets qui incarnent le mieux l’ADN d’un programme visant à « transformer les campus de l’université de Bordeaux en un laboratoire vivant et un incubateur de projets expérimentaux au service des transitions ». Dans ces Living Labs consacrés à la biodiversité, l’énergie ou encore l’alimentation durable, étudiants, enseignants-chercheurs, personnels administratifs et partenaires extérieurs travaillent ensemble sur des problématiques concrètes. « Ce format hybride nous permet de sortir du microcosme universitaire et de nous ouvrir sur la société », se réjouit Philippe Moretto.
Avec le recul, Antoine Simon constate l’heureuse adéquation entre le cycle de vie du grand programme et les personnalités qui l’ont façonné : « Antoine de Daruvar, alors VP en charge des affaires institutionnelles, a impulsé ACT, mis en place sa gouvernance — comités de pilotage, organisation interne — et commencé à le faire connaître auprès des laboratoires, départements et composantes. Le grand programme a ensuite été porté par Éric Macé, premier VP transitions de l’université, qui a notamment renforcé les Living Labs et initié le programme Grands défis en sciences de la durabilité. Cette phase a permis de développer l’ambition scientifique et les partenariats, notamment avec Bordeaux Métropole. Enfin Philippe Moretto, actuel VP transitions, a engagé la phase essentielle de consolidation en rendant le grand programme plus lisible et en l’alignant avec les attentes et les enjeux des communautés. »
« Une université n’est pas une structure monolithique, rappelle Philippe Moretto, c’est un écosystème complexe, aux missions multiples - formation, recherche, innovation, ouverture sur la société et ses territoires… - traversé par des logiques qui peuvent parfois apparaître contradictoires et habité par des communautés aux cultures professionnelles très différentes. Transformer un tel ensemble ne relève ni de l’injonction ni du décret. Cela suppose du temps, des moyens, et une capacité à faire dialoguer des mondes qui ne se croisent pas toujours. L’idée est d’acculturer les collègues, de les encourager à prendre des initiatives et de nous mettre en capacité de les accompagner. »
Doté d’une enveloppe de 17 millions d’euros sur huit ans, ACT a permis à ce jour le lancement de 14 programmes déclinés en une soixantaine de projets actifs - un volume conséquent, même si leur déploiement reste progressif. « Certains mettent du temps à se concrétiser, car il faut d’abord passer par des étapes administratives et organisationnelles », explique Élodie Martin, qui s’occupe de cette gestion en qualité de chargée de grand programme. « Un exemple récent ? Le projet de magasin pour les laboratoires, installé sur le campus Carreire à Bordeaux, qui va permettre à son démarrage de mutualiser certains consommables de quatre unités de recherche, réduisant les livraisons et les coûts. Le programme ACT a financé les travaux du magasin et le logiciel de gestion. C’est typiquement le genre de projet où une longue phase de préparation précède la mise en œuvre. Mais lorsque les résultats apparaissent – en l’occurrence les premières commandes -, c’est très gratifiant ! »
Le projet ACT relève d’un consortium, dont Élodie Martin rappelle les partenaires qui le composent : « le CNRS, l’INSERM, Inria, l’INRAE, le CHU de Bordeaux et la Fondation Bordeaux Université. L’appel à projets était réservé aux universités IDEX, les financements sont donc majoritairement gérés par notre université, mais des fonds sont parfois en gestion auprès de partenaires. C’est le cas notamment pour l’INRAE, qui gère plusieurs projets liés au Living Lab Climat et biodiversité, comme la forêt expérimentale ou des projets sur les mécanismes de résistance des arbres au changement climatique et aux attaques des insectes. Le CNRS porte un projet de plateforme d’observation des consommations d’eau. Et Inria est impliqué dans un dispositif qui permet de visualiser l’impact carbone de l’alimentation. » Les sujets ne sont donc que très rarement décidés unilatéralement par l’université de Bordeaux, mais co-construits avec les partenaires.
La récente évaluation du grand programme par l’Agence nationale de la recherche à mi-parcours (en réalité, presque aux deux tiers) marque un tournant : le programme est confirmé et pourra compter sur les financements restants (5 millions d’euros non encore attribués sur les 17 initiaux), avec certaines recommandations. « Le jury a attiré notre attention sur trois enjeux d’ici la fin du programme, résume Antoine Simon : une plus grande ouverture à l’international, une meilleure mesure de l’impact et enfin la pérennisation des projets : même si le rôle d’ACT s’arrête à la phase d’expérimentation, il convient d’imaginer les dispositifs et les financements qui peuvent prendre le relais pour un passage à l’échelle des projets. »
Près de six ans après son lancement, ACT n’est plus seulement un programme, c’est désormais un cadre qui a commencé à transformer les pratiques. « Le grand programme est vraiment venu nourrir la stratégie de l'université en matière de transitions environnementales et sociétales », constate Élodie Martin. « Pour autant, le chemin est encore long pour assurer une vraie acculturation de toutes les communautés », relève Philippe Moretto. Pour Antoine Simon, « l’objectif, à présent, c’est de maximiser l’impact des projets déjà lancés, faire en sorte qu’ils ne demeurent pas des initiatives isolées. » Et se projeter encore un peu plus loin, conclut le VP transitions. « Il est temps de lancer la réflexion sur le modèle d’université que nous voulons pour 2050, en pleine concertation avec nos communautés académiques. »
L’audition à l’Agence nationale de la recherche s’est déroulée en décembre dernier à Paris devant un jury composé de huit experts européens et présidé par l'ancien recteur de l'Université de Varsovie, premier vice-président de l’EUA (European University Association). L’université de Bordeaux était représentée par Philippe Moretto, Antoine Simon, Élodie Martin ainsi que Maureen Braquessac, directrice générale des services adjointe du Pôle pilotage et aide à la stratégie (PAS), et Alexandre Fruchet, responsable des Living Labs. L’équipe garde le souvenir d’un moment intense mais porté par le collectif : « Quinze minutes de présentation, c’était vraiment très court ! Mais ensuite, il y a eu des questions et des échanges, chacun de nous intervenant en fonction de son expertise. » Quelques semaines plus tard tombait la décision : favorable. Une étape de franchie, et une autre qui commence.