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L'impact des espaces verts sur la santé mentale

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Une récente étude, portée par des chercheurs du centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - Inserm, université de Bordeaux) et publiée dans Environment International, approfondit l’analyse des effets de la présence de parcs, jardins publics ou coins de nature situés à proximité du domicile. Elle met en lumière une diminution des situations de détresse psychologique chez les personnes défavorisées vivant dans des quartiers avec plus d’espaces verts.

Photo : Les espaces verts ont un effet bénéfique plus important chez les personnes défavorisées © DL314 Lin unsplash
Les espaces verts ont un effet bénéfique plus important chez les personnes défavorisées © DL314 Lin unsplash

Depuis les épisodes de confinement liés à la crise sanitaire de la Covid-19, les bénéfices des espaces verts sur le bien-être sont désormais bien documentés. Les données disponibles montrent que la présence d’espaces arborés à proximité du domicile et la possibilité d’y accéder améliorent la santé physique et mentale des habitants des quartiers résidentiels. En revanche, peu d'études se sont penchées sur la façon dont le niveau d’accès à ces espaces - allant de leur absence à une forte disponibilité - se traduit en termes de détresse psychologique. 

Une équipe de recherche européenne menée par Cédric Galera, professeur des universités spécialisé dans la recherche épidémiologique sur la santé mentale tout au long de la vie et praticien hospitalier en pédopsychiatrie (université de Bordeaux, Inserm, Centre hospitalier Charles Perrens), s’est appuyée sur les données de la Millennium Cohort Study (25 442 participants adultes du Royaume-Uni, de 2003 à 2016) afin de déterminer si la présence d’espaces verts contribue à réduire les écarts en matière de santé mentale entre différents groupes sociaux. 

« J’avais depuis quelques années le désir d’orienter mes recherches sur l’impact de l’environnement sur la santé mentale. C’est au hasard de rencontres que j’ai eu l’opportunité de collaborer avec deux collègues de l’University College de Londres spécialisés dans la thématique, qui avaient accès à cette base de données. Avec mes collègues de BPH et une chercheuse basée aux Pays-Bas, nous avons pu analyser un échantillon représentatif de la population générale britannique en prenant en compte les facteurs socio-économiques - pauvreté, éducation, origine ethnique - et d'autres variables comme l’âge, le sexe, l’urbanicité, la santé physique ou la pollution atmosphérique… »

L’étude révèle, sans grande surprise, que les personnes peu exposées aux espaces verts présentent davantage de détresse psychologique. À l’inverse, vivre dans un quartier verdoyant est systématiquement associé à un moindre mal-être, avec des effets particulièrement marqués chez les personnes défavorisées sur le plan socio-économique par rapport aux groupes plus aisés. Les résultats indiquent que les espaces verts exercent un effet protecteur plus important pour les personnes les plus défavorisées, avec une réduction de détresse psychologique d’environ 30 %.

Santé publique et justice environnementale 

« L’étude apporte des faits là où l’on n’avait jusqu'à présent que des suppositions, commente Cédric Galera. Les personnes défavorisées sont plus exposées aux facteurs de stress psychosociaux, ce qui les rend plus vulnérables à la détresse psychologique. Elles ont notamment moins accès à des logements situés dans des quartiers arborés et peuvent plus rarement "se mettre au vert" ». 

« Nous savions déjà que le manque d’espaces verts est associé à davantage de situations de détresse psychologique - anxiété et dépression. Maintenant, nous disposons de données qui suggèrent que verdir les quartiers défavorisés pourrait être un levier pour réduire les inégalités en matière de santé mentale. »

Remettre de la nature en ville est synonyme de co-bénéfices : les parcs et jardins publics favorisent l’activité physique et participent à la restauration psychologique (améliorant ainsi la santé globale), favorisent les liens sociaux (diminuant l’isolement) et, d’un point de vue environnemental, diminuent la température dans les îlots de chaleur urbains ainsi que la pollution par l’action filtrante des végétaux.

Comment les politiques publiques peuvent-elles à présent se saisir des résultats ? « En cette fin d’année 2025 où la santé mentale a été déclarée grande cause nationale, l’idée est d’informer puis d’échanger avec les décideurs publics pour les futures politiques d’urbanisme. Ce n’est pas qu’une idéologie de planter des arbres, cette nécessité s’appuie sur des faits, et cela justifie d’investir prioritairement pour la création d’espaces verts, notamment dans les quartiers défavorisés ; c’est de la prévention », conclut Cédric Galera, qui souhaite désormais étendre cette recherche auprès des enfants et adolescents.
 

Favoriser l'accès aux espaces verts en milieu urbain semble constituer une bonne stratégie pour réduire les inégalités en matière de santé mentale. 

Cédric Galera, professeur des universités et praticien hospitalier

Références bibliographiques

Neighborhood green space and psychological distress: a longitudinal study of socioeconomic disparities in mental health outcomes

Cédric Galera, Marie Navarro, Charline Galesne, Noelia Retuerto, Francesca Bentivegna, Eirini Flouri

Environment International, octobre 2025
 

Lien vers la publication

Contact chercheur

  • Cédric Galera

    Professeur des universités et praticien hospitalier BPH - Université de Bordeaux - Centre hospitalier Perrens

    cedric.galera%40u-bordeaux.fr