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Personnalisation, innovation, insertion : la vision de Pascal Lecroart pour la formation à l’université de Bordeaux

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Réélu pour un second mandat par la Commission formation et vie universitaire du Conseil académique de l’université de Bordeaux, Pascal Lecroart, vice-président en charge de la formation et de la vie universitaire, revient sur les grandes orientations qui guideront les années à venir. Transformation pédagogique, insertion professionnelle et adaptation aux mutations du monde extérieur : il détaille une vision de la formation universitaire fondée sur la réussite de toutes et tous, l’innovation pédagogique et la cohérence des parcours.

Photo : Pascal Lecroart © Arthur Pequin
Pascal Lecroart © Arthur Pequin

Alors que luniversité accueille des publics nombreux et très divers, vous portez lambition de parcours de formation plus personnalisés. Comment concilier cette personnalisation avec la réussite du plus grand nombre et les contraintes très concrètes des formations à forts effectifs ?

Pascal Lecroart : L’idée de personnalisation ne signifie pas que chaque étudiante et étudiant va choisir librement l’ensemble de ses enseignements. Cela ne peut pas fonctionner ainsi : nous devons garantir la qualité de nos diplômes et la cohérence de la formation avec les compétences attendues. De plus, notre organisation ne permettrait pas d’absorber une telle liberté de choix. Nous parlons ici de personnalisation raisonnée et cohérente avec les valeurs que nous portons : une offre de formation centrée sur la réussite étudiante.

Il n’y a pas de contradiction entre personnalisation et formation universitaire, bien au contraire. Un établissement comme l’université de Bordeaux, qui accueille 53 000 étudiants, ne peut pas considérer que tous les étudiants sont identiques et ont les mêmes besoins. Même si les parcours de formation sont bien adaptés à la majorité d’entre eux, certains sont toutefois exposés à des difficultés, et c’est en ce sens que la personnalisation peut apporter une réponse pour améliorer leur réussite. Je pense par exemple aux étudiants exilés, qui peuvent rencontrer des difficultés d’adaptation et avoir besoin d’un programme adapté à leur rythme d’intégration ; à certains étudiants éloignés des centres universitaires, sociologiquement ou géographiquement, qui ont besoin d’un accompagnement pour réussir l’entrée dans l’enseignement supérieur.

La personnalisation s’adresse aussi aux étudiants particulièrement brillants qui ont de l’appétence pour des parcours renforcés ou plus exigeants. Nous sommes parfaitement équipés pour les accueillir, en particulier dans les parcours enrichis : parcours internationaux, magistères, cursus de master en ingénierie, ou d’autres encore en droit ou en santé. L’université de Bordeaux accueille chaque année 44% de néo-bacheliers avec une mention « très bien » ou « bien » au baccalauréat. La chance dont dispose l’université est cette grande liberté d’adaptation de son offre de formation.

La personnalisation des parcours existe d’ailleurs depuis de nombreuses années, avec l’accueil d’étudiants à besoins spécifiques et leur accompagnement par notre service PHASE : sportifs de haut niveau, étudiants en situation de handicap, artistes, élus étudiants… L’université de Bordeaux est souvent citée en exemple au regard de la qualité de cet accompagnement et de l’engagement des personnels qui y sont dédiés.

Cette personnalisation se déploie dans toutes les formations, y compris celles à fort effectif, grâce à l’engagement remarquable des personnels enseignants et administratifs de nos composantes. Nous devons cependant être vigilants pour maintenir sa bonne acceptabilité, en lien avec l’augmentation des publics étudiants concernés que nous constatons. L’arrivée de l’IA pourrait être une opportunité pour faciliter la personnalisation : des expérimentations ont lieu en ce moment dans certaines formations dont certaines à fort effectif.

Les métiers et les compétences attendues sur le marché du travail se transforment à toute vitesse. Comment luniversité de Bordeaux fait-elle évoluer ses formations pour préparer les étudiantes et les étudiants à ces mutations ?

P. L. : L’université de Bordeaux est un établissement ouvert sur le monde extérieur à travers les relations qu’elle entretient depuis de nombreuses années avec le monde socio-économique, les partenaires internationaux et les collectivités territoriales. Nous sommes en contact permanent avec les entreprises et les organisations qui expriment leurs besoins, qui participent à nos conseils de perfectionnement et qui accueillent nos étudiants en stage ou en apprentissage. Depuis une dizaine d’années, nous avons vu augmenter de façon importante le nombre d’apprentis grâce aux dispositifs de soutien de l’État mais aussi grâce à l’adaptation remarquable des formations qui ont revu leur maquette et aménagé les rythmes pour permettre l’alternance, que ce soit en BUT, en licence professionnelle ou en master.

Par ailleurs, l’université a saisi l’opportunité de l’appel à projets Compétences et métiers d’avenir (CMA) dans le cadre du plan national France 2030 pour mettre en avant et développer des filières de formation sur des secteurs de pointe. Ce sont des exemples remarquables illustrant notre capacité à adapter notre offre de formation. Les projets CMA permettent aussi de renforcer notre communication auprès des élèves du secondaire - notamment, auprès des jeunes filles, que certaines filières ont du mal à attirer.

Au cours de ce nouveau mandat, nous allons construire la future offre de formation pour le prochain contrat d’accréditation en tenant compte, bien sûr, des besoins sur les métiers en tension, les métiers d’avenir et en lien avec les nouveaux enjeux de l’intelligence artificielle ou des transitions environnementales et sociétales. Nous ne partirons pas d’une page blanche, l’offre de formation actuelle est de très grande qualité : selon nos dernières enquêtes, 94% de nos étudiantes et étudiants se disent très satisfaits de la qualité de leur formation. Et 92% de nos diplômés de master sont insérés professionnellement.

La transformation pédagogique est souvent présentée comme un levier clé de la réussite étudiante. Concrètement, quest-ce que cela change aujourdhui dans les pratiques denseignement à luniversité de Bordeaux et comment accompagner cette transformation à grande échelle ?

P. L. : La transformation pédagogique vise avant tout à rendre l’étudiant acteur de sa formation, en s’appuyant sur des méthodes qui renforcent sa curiosité, son engagement et son implication dans les apprentissages. Cette transformation passe notamment par le développement de pédagogies actives, comme par exemple les classes inversées. Dans ce cadre, l’étudiant est invité à travailler en amont des enseignements et le temps en présentiel est ensuite consacré aux notions les plus complexes, aux échanges, aux questions et à l’interaction avec les enseignants. L’expérience montre que des cours plus interactifs favorisent une dynamique collective et renforcent l’engagement des étudiants.

Les pédagogies actives recouvrent également des pratiques telles que la pédagogie par projet ou la pédagogie expérientielle, qui placent l’étudiant dans des situations proches de la réalité professionnelle. L’objectif est de développer des compétences concrètes et la capacité d’adaptation à un environnement de travail. Plusieurs exemples illustrent cette approche à l’université de Bordeaux. La Pharmacie expérimentale, inaugurée l’an dernier sur le site de Carreire, met les étudiants en situation réelle et mobilise activement leurs compétences. De la même manière, la Clinique du droit permet aux étudiants de remobiliser leurs connaissances dans un cadre concret, de développer des compétences pratiques et de renforcer leur motivation en lien avec leur futur métier.

D’autres dispositifs existent, comme les situations d’apprentissage et d’évaluation (SAÉ) mises en place dans le cadre de la réforme du BUT. Ces dispositifs plongent les étudiants, le temps d’un séminaire ou d’une journée dédiée, dans des situations complexes qui les amènent à mobiliser l’ensemble des ressources et des connaissances acquises pour répondre à un problème donné.

Aujourd’hui, l’université dispose ainsi d’un large panel de pédagogies actives. L’enjeu est d’accompagner les équipes pédagogiques pour les aider à choisir les modalités les plus adaptées à leurs objectifs de formation. Il s’agit d’encourager les enseignants et enseignants-chercheurs à adopter une démarche réflexive, à interroger leurs pratiques et à faire évoluer leurs formations lorsque les résultats observés, notamment lors des évaluations, ne sont pas à la hauteur des attentes. Dans cette perspective, la notion d’alignement pédagogique est essentielle. Elle consiste à s’assurer que les objectifs de formation, les activités d’enseignement et les modalités d’évaluation sont parfaitement cohérents entre eux, et alignés avec une vision claire du profil du diplômé. Cette cohérence doit être lisible pour l’étudiant, afin qu’il comprenne le sens de chaque enseignement et sa place dans le parcours de formation.

L’établissement accompagne cette démarche en mobilisant des ressources spécifiques, notamment à travers la Mission d’appui à la pédagogie et à l’innovation (MAPI), qui dispose d’une expertise reconnue, ainsi que dans le cadre du grand projet NewDEAL. Ces dispositifs soutiennent concrètement les équipes dans la mise en œuvre et l’évolution de leurs pratiques pédagogiques.

La transformation pédagogique vise avant tout à rendre l’étudiant acteur de sa formation, en s’appuyant sur des méthodes qui renforcent sa curiosité, son engagement et son implication dans les apprentissages. 

Pascal Lecroart, vice-président en charge de la formation et de la vie universitaire