• Recherche

De la molécule au vivant

Mise à jour le :

Rencontre avec l’équipe qui dirige le département Sciences et technologies pour la santé (STS), Anne-Karine Bouzier-Sore, Marie-Christine Durrieu et Thomas Ducret à l’occasion du 2e épisode de la série consacrée aux onze départements de recherche de l’université de Bordeaux. Ils nous invitent à une plongée au cœur de la santé humaine.

Photo : Anne-Karine Bouzier-Sore, à la tête du département STS, entourée par les deux directeurs-adjoints Thomas Ducret et Marie-Christine Durrieu. © Gautier Dufau
Anne-Karine Bouzier-Sore, à la tête du département STS, entourée par les deux directeurs-adjoints Thomas Ducret et Marie-Christine Durrieu. © Gautier Dufau

Interdisciplinarité. C’est l’un des maîtres mots qui caractérise le département de recherche en Sciences et technologies pour la santé (STS) de l’université de Bordeaux. On retrouve l’interdisciplinarité dans la direction même de ce département. À sa tête, la biochimiste du CNRS Anne-Karine Bouzier-Sore du Centre de résonance magnétique des systèmes Biologiques (CRMSB) secondée par la chimiste de l’Inserm Marie-Christine Durrieu de l’Institut de chimie et biologie des membranes et nano-objets (CBMN) et l’électrophysiologiste de l’université Thomas Ducret du Centre de recherche cardio-thoracique de Bordeaux (CRCTB)*.

« Le cœur du département, c’est le vivant, la santé humaine de la recherche fondamentale jusqu’aux essais cliniques » précise la directrice de STS. « Nous possédons des expertises variées dans différents domaines et nous nous sommes regroupés autour de thématiques liées à la santé. Étant donné qu'il est impossible d'exceller dans tous les domaines, il est essentiel de s'entourer d'autres chercheurs, d'autres départements, tant au sein du campus bordelais qu’au-delà de celui-ci. Nous croyons fermement en l'importance des collaborations pluridisciplinaires et nous entretenons des collaborations avec des équipes partout dans le monde » poursuit Marie-Christine Durrieu.

 

Des profils divers avec des expertises différentes composent donc le département qui compte plus de 500 personnels dont près de 200 chercheurs et enseignants-chercheurs et une centaine de doctorants. Les thématiques sont vastes et vont de la biologie cellulaire à la physique quantique, en passant par la chimie des biomatériaux à la régénération tissulaire, la synthèse en chimie organique ou encore la physiologie…
« Il est nécessaire de comprendre les mécanismes au sein du vivant, depuis la molécule, avec les interactions protéines-protéines, les liaisons ligands-récepteurs, par exemple, jusqu’à l’organisme entier, explique Anne-Karine Bouzier-Sore. Il est essentiel de connaître le fonctionnement du vivant en condition physiologique pour comprendre les dysfonctions dans les pathologies, c'est pourquoi notre département regroupe des projets de recherche allant de la recherche fondamentale à la recherche appliquée. »

Le département STS imbrique sciences et technologies. Exemple ici avec l'IRM Siemens 3T de la plateforme d'imagerie biomédicale (pIBIO) © Gautier Dufau
Le département STS imbrique sciences et technologies. Exemple ici avec l'IRM Siemens 3T de la plateforme d'imagerie biomédicale (pIBIO) © Gautier Dufau

In silico à in vivo

La spécificité du département est d’imbriquer les sciences et les technologies. Par exemple, pour réaliser de l’imagerie - qui se trouve dans le domaine de la biophysique - il est parfois nécessaire d’utiliser des agents de contraste, qui eux seront synthétisés par des chimistes. Et si c’est de l’imagerie cardiaque, il faudra alors des physiciens pour développer des techniques d’acquisition ultra rapides pour éviter le « flou » sur les images lié à la contraction du cœur, organe dont la connaissance nécessite des physiologistes. Le département STS, par sa proximité avec le CHU, compte aussi beaucoup de cliniciens, de médecins, poursuit Thomas Ducret, évoquant notamment l’Institut hospitalo-universitaire dédié aux maladies du rythme cardiaque (IHU Liryc). Cette partie dite translationnelle, presque au chevet des patients, est la plus appliquée de leurs recherches. Elle va donc, en résumé, de la molécule à l’humain, via plusieurs étapes : de l’in silico par des simulations numériques à l’in vitro (en laboratoire), puis de l’in vivo (sur des modèles animaux vivants) à l’humain.


L’interdisciplinarité est une caractéristique fondamentale de la recherche menée au sein du département STS. Cette dimension a été renforcée par la création même du département et ses initiatives telles que les appels à projets collaboratifs entre les unités de recherche rattachées (comprenant 5 laboratoires, 2 unités d’appui et de recherche, ainsi que l’IHU Liryc). Ces initiatives servent de tremplin à l’émergence de nouvelles collaborations. Leurs profils spécifiques sont complémentaires, expliquent les trois chercheurs, et nécessaires afin d’avoir « une vision scientifique large au sein d’un département de recherche multidisciplinaire qui souhaite une approche scientifique intégrée et en lien avec l’innovation et la formation ». En tant que directrice d’un département de recherche d’une université et chercheur CNRS, avec un précédent mandat en tant que membre du conseil scientifique de CNRS Biologie, Anne-Karine Bouzier-Sore peut faire le lien entre une politique nationale et locale. La participation de Marie-Christine Durrieu à la création d’une startup, dont elle est également la responsable scientifique, apporte une coloration supplémentaire de valorisation. Et enfin le lien recherche et formation est naturellement personnifié par Thomas Ducret, professeur d’université, engagé dans différents enseignements, co-responsable d’un master en biologie-santé et rattaché au collège Sciences et Technologies de l’établissement. Chacun reconnaît que cette fonction à la tête de STS leur permet de mieux connaître l’écosystème universitaire, voire de la recherche, que c’est « décloisonnant ». Ces différentes casquettes et leurs domaines de recherche respectifs sont également d’une grande utilité pour l’évaluation des projets soutenus par le département, conviennent-ils.

Aller vers moins d’expérimentation animale et plus d’innovation

Comment a évolué la recherche dans leur domaine ces dernières années ?  « On va vers de moins en moins de recours à l’expérimentation animale » évoque Thomas Ducret en premier lieu. Les chercheurs font de plus en plus appel à des organoïdes, des petites structures biologiques en trois dimensions qui reproduisent certaines fonctions d’un organe, ou à des organes sur puce, des systèmes microfluidiques qui abritent un ou plusieurs types cellulaires, voire aussi à des simulations numériques in silico. Néanmoins, comment connaître les impacts d’une modification du microbiote intestinal sur le cerveau sans étudier un être vivant dans son ensemble ? Comment étudier les interactions des différents organes entre eux ? Comment savoir si un biomatériau permettra de combler un déficit osseux s’il n’est pas réimplanté in situ ? Autant d’exemples qui montrent qu’il n’est pas encore possible de se passer de l’animal. Le Service commun des animaleries de l’établissement est d’ailleurs rattaché au département. Cependant, l’université de Bordeaux est très attentive au bien-être animal. C'est pourquoi, elle applique depuis de nombreuses années la règle des 3R pour remplacer, réduire et raffiner (dans le sens de minimiser les contraintes, stress et douleur) et a signé, à cet effet, la charte de transparence sur le recours à des animaux à des fins scientifiques et réglementaires.

Autre changement sociétal qui a également impacté la recherche à STS : les transitions. Au-delà d’une prise de conscience individuelle de chacun sur ses déplacements et autres aspects, l’évolution s’est surtout faite au niveau des pratiques. Un groupe de travail au sein du département est d’ailleurs consacré aux questions de développement durable. « Notre objectif sera, par exemple, de privilégier une chimie aussi respectueuse de l’environnement que possible, en utilisant des modes d’extraction et de synthèse chimique les moins toxiques pour les agents et l’environnement » précise Marie-Christine Durrieu.
Côté valorisation, le département STS y accorde une attention particulière. « De nombreux brevets ont été déposés et plusieurs start-ups ont été créées au cours de ces dernières années » explique Marie-Christine Durrieu, dont la position en tant que responsable scientifique d’une de ces structures au sein de la direction du département témoigne de l’intérêt de STS pour l’innovation. Actuellement, six start-ups et une cellule de transfert y sont hébergées.

Le tissage de matière biologique animale, pour créer un vaisseau à partir d'une technique de tissage textile au laboratoire de bio-ingénierie tissulaire (BIOTIS), fait partie des innovations dans le domaine des biomatériaux. © Gautier Dufau
Le tissage de matière biologique animale, pour créer un vaisseau à partir d'une technique de tissage textile au laboratoire de bio-ingénierie tissulaire (BIOTIS), fait partie des innovations dans le domaine des biomatériaux. © Gautier Dufau

En ce qui concerne les récentes avancées scientifiques, elles sont nombreuses et ne peuvent être toutes citées. Thomas Ducret évoque l’utilisation des cellules souches en cardiologie « Il y a également des études dans le domaine de la biologie cellulaire qui s’intéressent aux mouvements au sein même des cellules cardiaques et d’autres encore qui visent à détecter les phases précoces d’une maladie grâce à des biopsies liquides ». Anne-Karine Bouzier-Sore met en lumière l'importance de l’étude du métabolisme, et en particulier des interactions métaboliques entre différents types cellulaires ou organes. Ces échanges métaboliques ont des implications significatives dans divers domaines tels que l'immunologie, la cancérologie, ou encore les neurosciences. La chimiste Marie-Christine Durrieu se passionne quant à elle pour les biomatériaux. « La notion de transhumanisme me fait rêver même si on en est loin. Je trouve déjà fabuleux qu’on commence à arriver à mimer ce qu’on a dans notre corps avec l’utilisation de matériaux bioactifs et biocompatibles ». Toutes ces recherches, et bien d’autres encore, sont en plein essor et les chercheurs du département Sciences et technologies pour la santé ne manqueront pas d’y prendre activement part.

*Le CRMSB est une unité CNRS et université de Bordeaux, le CBMN une unité Bordeaux INP, CNRS et université de Bordeaux et le CRCTB une unité Inserm et université de Bordeaux.

Contacts

  • Delphine Charles

    Chargée de communication scientifique

    delphine.charles%40u-bordeaux.fr

  • Clémence Faure

    Chargée d'animation scientifique du département STS

    clemence.faure%40u-bordeaux.fr

  • Sciences et technologies pour la santé

    Consulter la page du département sur le site de l'université

Consulter le site internet du département STS : sts.u-bordeaux.fr

  • [à lire aussi] Le droit ou la recherche du devoir-être

    Le département Droit et transformations sociales regroupe des chercheurs spécialistes en droit et science politique. Où en est la recherche dans ce domaine à Bordeaux et comment s’exerce-t-elle ? Éléments de réponse avec les responsables du département, Olivier Décima et Alain Pariente, à l’occasion du 1er épisode d’une série consacrée aux onze départements de recherche de l’université de Bordeaux.