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Nommer le vivant : une exposition pour interroger la manière de dire le monde

Mise à jour le :

Le Musée d’ethnographie de l’université de Bordeaux propose un parcours original autour des pratiques de nomination, entre histoire des sciences et linguistique. Une invitation à réfléchir à ce que les mots disent - et transforment - du vivant.

Photo : La nouvelle exposition du MEB est ouverte du mardi 13 janvier 2026 au vendredi 28 mai 2027 © Gautier Dufau
La nouvelle exposition du MEB est ouverte du mardi 13 janvier 2026 au vendredi 28 mai 2027 © Gautier Dufau

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait Albert Camus en 1944. Le Musée d’ethnographie de l’université de Bordeaux (MEB), l’un des rares musées universitaires en France, invite le public à vérifier cet adage à travers sa nouvelle exposition "Nommer le vivant, dire le monde". « Nous souhaitons que les visiteurs s’interrogent sur la manière dont les choses sont nommées, sur les pratiques linguistiques et in fine sur leurs propres pratiques de nomination », explique Sophie Chave-Dartoen, directrice du musée de l’université.

Un exemple caractéristique est d’ailleurs donné à travers des photos d’un cimetière pour chiens. Autrefois, on croisait souvent des Fidèle ou des Blanchette, aujourd’hui, il n’est plus rare de rencontrer des compagnons à quatre pattes dénommés Micheline ou même Jean-Jacques ! Les scientifiques ne sont pas en reste puisque la découverte de nouveaux spécimens révèle parfois le côté imaginatif voire fantaisiste du choix de certains noms, précise Lucia Bienvenu, chargée des expositions et de la médiation scientifique au MEB. On laissera ainsi au public le soin de découvrir l’araignée Eriovixia gryffindori ou encore la mite Neopalpa donaldtrumpi. Au-delà de ces appellations anecdotiques, l’exposition entraîne dans un voyage, via notamment un cabinet de curiosités, à travers l’histoire de la classification du vivant qui démarre au moment du siècle des Lumières. Plantes, animaux, mais aussi constellations, rues, éléments chimiques, tout se nomme - voire se renomme selon les pays et les époques - mais ce n’est jamais anodin. Même les pierres… considérées comme des êtres vivants en Bolivie.
 

Pour Lucia Bienvenu, chargée des expositions et de la médiation au MEB, l'exposition est le moyen de rentrer dans l'univers d'un scientifique. © Gautier Dufau
Pour Lucia Bienvenu, chargée des expositions et de la médiation au MEB, l'exposition est le moyen de rentrer dans l'univers d'un scientifique. © Gautier Dufau

Le parcours se déploie en quatre modules, articulés autour de grands thèmes : désigner ou donner un nom, classer et organiser le vivant mais aussi transmettre un message. Le visiteur découvre à ce sujet les hypocoristiques, ces mots exprimant une intention affectueuse : mon chat, ma puce, ma biche… Le dernier espace est consacré aux changements de nom au fil des découvertes scientifiques mais aussi sous l’effet de l’histoire et de la géopolitique. Ainsi, que faire aujourd’hui du coléoptère Anophthalmus hitleri, baptisé en 1937 ? Doit-on encore parler d’Anthropocène, caractérisé par l’impact des activités humaines, ou faut-il inventer un nouveau nom pour penser une nouvelle ère ? Autant de questions que l’exposition invite à se poser.

Donner un nom implique une grande responsabilité

L’idée de celle-ci est née d’une résidence scientifique de Cécile Leguy au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris sur la façon de nommer le vivant. Actuellement professeure d’anthropologie linguistique à l’université Sorbonne Nouvelle, son premier terrain de recherche portait sur le nom donné aux enfants Bwa, au Mali, par leurs grands-parents : un prénom qui devient parfois un message, parfois même subliminal, adressé à toute la communauté. La chercheuse a enseigné à l’université de Bordeaux il y a plusieurs années. Ayant conservé des liens avec l’équipe du MEB, elle leur a proposé l’exposition dont elle est la commissaire et garante scientifique. « L’idée nous a paru intéressante mais aussi utile car en lien avec des sujets d’actualité autour de l’éco-anxiété, la sauvegarde de l’environnement… » explique Lucia Bienvenu. Comme pour toute exposition au MEB, le but est de rentrer dans l’univers d’un scientifique et cela peut faire un peu peur, concède-t-elle. « La restitution brute d’un travail scientifique peut tout à fait se transformer en exposition et c’est là toute notre expérience au MEB de faciliter son accès au grand public. Il faut parfois prendre son temps, ce n’est pas un bien de consommation mais toute l’équipe de médiation est présente pour expliquer tout ou partie de l’exposition à qui le demande. »

L'exposition est organisée en 4 modules : désigner, classer, transmettre un message et changer de nom @ Gautier Dufau
L'exposition est organisée en 4 modules : désigner, classer, transmettre un message et changer de nom @ Gautier Dufau
Plus de 150 objets issues des différentes collections de l'université sont présentés lors de cette exposition. @ Gautier Dufau
Plus de 150 objets issues des différentes collections de l'université sont présentés lors de cette exposition. @ Gautier Dufau

La majorité des objets présentés dans cette exposition proviennent des différentes collections de l’université (paléontologie, préhistoire, biologie animale, ethnographie…). « C’est d’ailleurs la première fois que nous parvenons à mobiliser un tel réseau sur les campus de l’université pour la création de cette exposition avec plus de 150 pièces issues des différentes collections ». Une réussite rendue possible par la richesse du patrimoine scientifique de l’université.
Cette richesse, le grand public, les étudiants et personnels sont invités à la découvrir au Musée d’ethnographie de l’université de Bordeaux dès aujourd’hui. À travers son parcours, le message de l’exposition est aussi de rappeler que nommer le vivant, c’est assumer une responsabilité : celle d’en prendre soin.

Informations pratiques

L’exposition "Nommer le vivant, dire le monde" est ouverte du mardi 13 janvier 2026 au vendredi 28 mai 2027 (avec une pause estivale du vendredi 3 juillet au mardi 1er septembre 2026).

Horaires d’ouverture : Du lundi au jeudi de 12h à 18h et le vendredi de 10h à 14h

Différents ateliers seront organisés tout au long des prochains mois autour du dessin scientifique, de l’art oratoire… Un escape game sera également créé au sein de l’exposition.

L'exposition sera inaugurée le jeudi 29 janvier à 18h. 

 

Lien vers le site du Musée d'ethnographie de l'université de Bordeaux (MEB)

Contacts

  • Pour toutes questions sur le MEB

    secretariat.meb%40u-bordeaux.fr

  • Pour organiser une activité dans le cadre de cette exposition

    mediation.meb%40u-bordeaux.fr