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Jean-René Cazalets est le nouveau vice-président recherche de l'université de Bordeaux

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Élu vice-président en charge de la recherche par la Commission recherche du Conseil académique de l'université, Jean-René Cazalets revient sur son parcours, sa vision pour la recherche et les défis à relever pour l’université. Il détaille ses priorités : renforcer la coopération territoriale, piloter les projets structurants et le renouvellement des laboratoires, anticiper les enjeux technologiques de demain, promouvoir la science ouverte et réaffirmer le rôle de l’université dans le débat démocratique.

Photo : Jean-René Cazalets © Gautier Dufau
Jean-René Cazalets © Gautier Dufau

Vous prenez vos fonctions de vice-président en charge de la recherche pour un premier mandat. Avec quel état desprit abordez-vous cette responsabilité, et quel regard portez-vous aujourdhui sur la situation de la recherche à luniversité de Bordeaux ?

Jean-René Cazalets : En dépit de mon affiliation professionnelle au CNRS durant toute ma carrière, j’ai une culture d’établissement très « université de Bordeaux », puisque j’ai suivi tout mon cursus universitaire jusqu’au doctorat à l’Université Bordeaux 1, et j’ai ensuite réalisé tout mon parcours de chercheur dans des unités mixtes de recherche (UMR) où les personnels universitaires et les personnels des organismes nationaux de recherche (CNRS, INSERM…) travaillent en étroite coopération. Ce modèle d’intégration, qui constitue une spécificité du système français, peut parfois entraîner quelques lourdeurs mais il demeure extrêmement pertinent pour articuler les politiques nationales et territoriales. Ayant dirigé durant 15 ans une telle structure - l'Institut de neurosciences cognitives et intégratives d'Aquitaine (INCIA) -, je connais toutes les richesses et la valeur ajoutée dont elles sont porteuses au quotidien.

Au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de pouvoir assister et participer à l’émergence du nouveau paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche. En effet, c’est à la suite du mouvement Sauvons la Recherche de 2003 qu’a émergé la LRU (Loi relative aux libertés et responsabilités des universités), promulguée en 2007, qui visait à accorder une plus grande autonomie aux universités françaises. Au-delà des polémiques qui ont pu accompagner ces changements, force est de constater que, 20 ans après, l’organisation de la recherche en France s’en trouve renforcée. Et s’il y a des leçons à retenir de cette période charnière, c’est que ce qui affaiblit notre écosystème, ce sont plutôt les guerres idéologiques qui avaient été attisées entre les établissements au niveau national et territorial.

Sur le site bordelais, notre université a eu la chance - ou plutôt, a su se donner les moyens - de faire partie des six premiers établissements à bénéficier du Plan Campus en 2008 et de faire ensuite partie des premiers sites labellisés IDEX1. Ainsi, au cours de mes différents mandats de direction d’UMR, de 2007 à 2021, j’ai pu observer la mutation culturelle, voire la révolution, dans la gouvernance de nos universités avec la mise en place d’une culture d’établissement dont nous pouvons tous aujourd’hui mesurer les effets positifs. Cette mutation ne s’est pas seulement opérée dans la gouvernance mais également dans la transformation de nos conditions de travail : campus réaménagés et conviviaux, nouveaux bâtiments rénovés ou construits, tout cela pour relever les défis du XXIe siècle. En parallèle, l’université de Bordeaux a été pionnière dans la mise en place d’une initiative nommée Foresite qui permet un dialogue constructif avec tous nos partenaires de site, pour mettre en œuvre des actions concertées et synergiques à tous les niveaux du système de recherche. Il est évident que ce dialogue sera renforcé au cours de ce mandat.

Quelle est la stratégie scientifique que vous souhaitez déployer au cours des prochaines années, quels sont les principaux objectifs de votre mandat ?

J-R. C. : J’ai évoqué la coordination avec les organismes de recherche et tous nos partenaires de site. Il nous faudra également voir comment, sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, nous pouvons nourrir le dialogue avec les autres sites universitaires (La Rochelle, Limoges, Pau, Poitiers).

Le satisfecit que l’on peut tirer des évolutions des 15 dernières années ne doit pas cacher les difficultés actuelles et les défis qui restent à relever dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. La subvention pour charge de service public des universités et des organismes nationaux de recherche a augmenté bien moins vite que les charges imposées, ce qui a entraîné une diminution drastique de la dotation de base de nos unités de recherche. À ce contexte budgétaire s’ajoute un contexte international incertain, instable, qui nous pousse à repenser nos stratégies de coopération dans un monde où il est difficile de savoir, désormais, sur quels partenaires compter à long terme. Cette instabilité est aussi, et surtout, vecteur d’attaques répétées contre le savoir scientifique et les universités.

On peut dire que l’université de Bordeaux, créée en 2014 dans sa structuration actuelle, sort de l’enfance - 12 ans c’est le début de l’adolescence ! - et possède tous les atouts pour atteindre l’âge adulte en confortant sa position d’actrice incontournable de la formation et de la recherche au niveau territorial, mais également au niveau national et international. Pour accompagner l’université de Bordeaux jusqu’à cet âge adulte, il nous faudra mener des projets avec la même ambition et la même détermination que précédemment ; faire de notre établissement une des toutes premières universités françaises et européennes, pas seulement en nombre d’étudiants mais également sur les volets recherche et innovation.

Parmi ces projets à mener, il y a notamment les renouvellements et créations de laboratoires de recherche. Les laboratoires sont régulièrement évalués par le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), ce qui constitue pour eux une opportunité de se projeter dans le futur, d’établir de nouveaux programmes de recherche, de redéfinir leur périmètre pour éventuellement élaborer de nouvelles stratégies. Même si c’est un processus qui peut paraître lourd, ce travail indispensable permet de ne pas rester statique. Il s’achèvera en 2028 et permettra de redessiner les contours et la stratégie de nos laboratoires jusqu’en 2035.

Il va également falloir imaginer le futur des Grands Programmes de Recherche (GPR) actuels, dont le renouvellement aura lieu au 1er janvier 2030. Ceux-ci, soutenus par l’IDEX1 de Bordeaux, sont issus des premiers Labex (laboratoires d'excellence) initialement financés par le Programme d'Investissements d'Avenir (PIA). Cette réflexion doit se faire sans tabou pour imaginer et redessiner les futurs GPR : quels périmètres ? Que faire émerger ? Faut-il renouveler à l’identique et alimenter l’existant ? Autant de questions qui permettront d’esquisser le portrait de ce que sera notre université en 2035.

La place des sciences et des chercheurs est aujourdhui remise en question. Quel sens donnez-vous à lengagement scientifique à luniversité, et quel rôle une grande université publique comme Bordeaux doit-elle jouer dans le débat démocratique et la production de savoirs ?

J-R. C. : Dans un contexte marqué par une remise en cause croissante des savoirs et de l’expertise scientifique, il est essentiel de réaffirmer le rôle fondamental des universités publiques dans la construction de connaissances fondées sur des faits, et dans leur mise en discussion éclairée au sein de la société. Nous devons défendre l’idée que la science n’est pas un « avis ».

Cette exigence de rigueur et de responsabilité s’étend également aux nouvelles technologies : avec l’accélération des évolutions scientifiques et numériques, il est indispensable de mener une réflexion approfondie sur la place de l’intelligence artificielle dans la recherche. Cela concerne à la fois ses usages concrets au quotidien, afin de maîtriser les outils et de mettre à disposition des communautés des solutions performantes, fiables et pertinentes, en cohérence avec les enjeux de souveraineté nationale et européenne. Mais cette réflexion doit aussi être menée de manière transversale, en associant l’ensemble des disciplines du site, afin d’en comprendre pleinement les enjeux sociétaux.

Ces réflexions seront menées en tenant compte, en arrière-plan, de tous les enjeux de la science ouverte, avec l’apparition de nouveaux outils bibliométriques gratuits, fiables et collaboratifs, tout cela en étroite concertation avec l’ensemble de nos partenaires de site.

Je conclurai en disant que, toujours mû par la curiosité qui est l’essence même de la recherche scientifique, j’aurai à cœur de communiquer sans cesse avec les communautés scientifiques qui ont parfois un sentiment d’éloignement entre la réalité vécue sur le terrain et les décisions prises au niveau de la gouvernance. Être sur le terrain sera pour moi une priorité.

 

1IDEX :  les initiatives d’excellence font partie des « investissements d’avenir » de l’État français destinés à créer des ensembles pluridisciplinaires d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial.

Nous devons défendre l’idée que la science n’est pas un “avis”. 

Jean-René Cazalets, vice-président en charge de la recherche