Les avions, une passion

Témoignage de Lucie Morichon à lire dans U#7, le magazine de l’université de Bordeaux, dont le dossier est consacré aux enjeux de l’industrie aéronautique.

  • 19/06/2017

Lucie Morichon © J.-P. Poutier Lucie Morichon © J.-P. Poutier

Lucie Morichon est responsable d’unité de maintenance A 380 chez Air France Industries. Un métier que la jeune femme exerce avec fierté.

« Je voulais être pilote » se souvient-t-elle. De fil en aiguille, d’un bac S à une première année de fac de sciences à Limoges et quelques heures de vols en planeur plus tard, Lucie choisit de poursuivre ses études à l’Institut de maintenance aéronautique (IMA) de l’université de Bordeaux. Elle y découvre « une activité à la fois technique et opérationnelle » qui lui plaît beaucoup. Puis c’est à l’Ecole nationale de l’aviation civile à Toulouse qu’elle achève son cursus d’ingénieur aéronautique.

Elle obtient son premier poste chez Embraer* au Bourget. « Je préparais les chantiers de maintenance, ce qui m’a permis de vraiment comprendre le métier et d’acquérir une compréhension technique.» En 2011, Lucie intègre Air France Industries. Elle rejoint alors l’activité de maintien en conditions des AWACS, ces avions militaires de surveillance. « J’étais responsable du manuel d’entretien et du support technique du système de rotation du radar. C’était passionnant ».

Faire partir l’avion en toute sécurité en respectant le temps et le budget

Aujourd’hui c’est l’A 380 qui la passionne tous les jours un peu plus. « Un avion extraordinaire, surdimensionné, 24 mètres de haut, double pont, 516 passagers à son bord, c’est fou » déclare-t-elle enthousiaste. Les dix A 380 que possède Air France sont tous minutieusement vérifiés par l’unité de maintenance dont Lucie est responsable. Deux équipes de techniciens qualifiés A 380 se relaient matin et soir dans un immense hangar de l’aéroport Roissy Charles de Gaule. « A raison de 2 avions en visite toutes les semaines, nous faisons le tour de la flotte en 45 jours » précise Lucie.

Pour la check A (appelé T pour les A380), les appareils restent en moyenne entre 3 et 4 jours en hangar. De nombreux tests fonctionnels et opérationnels sont alors effectués. Certains composants sont changés, des systèmes modifiés et les logiciels mis à jour. « A titre d’exemple, nous remplaçons régulièrement les roues - un A380 en compte 22 et 5 trains d’atterrissage- ce qui représente un budget conséquent.»
Quant à la check C, plus lourde, elle s’effectue tous les 2 ans et dure plusieurs semaines.

Tout doit être prouvé, validé, écrit

« Je dois m’assurer qu’un avion qui entre en maintenance en sorte au moment prévu » insiste Lucie. Mission parfois impossible si la pièce endommagée n’est pas disponible. Commence alors un vrai casse-tête pour la jeune femme qui doit trouver des solutions alternatives, autorisées et validées pour que l’avion puisse voler en toute sécurité. « Il faut savoir s’adapter, modifier la planification des visites et parfois les croiser. Dans le pire des cas, le vol doit être annulé ou reporté… ce qui coûte très cher à la compagnie et bouleverse en cascade tous les plannings ».

Des aléas auxquels elle fait face avec un grand professionnalisme. A 32 ans, Lucie ne sera finalement pas pilote mais se réjouit de poursuivre sa carrière dans le secteur de la maintenance aéronautique. « Je ne serai jamais rassasiée. Et être une femme ne me pose aucun problème ! » s’exclame-t-elle enthousiaste. Car ces métiers se déclinent aussi au féminin.
La preuve.

*Constructeur aéronautique brésilien, spécialisé dans les avions civils de petite et de moyenne taille, utilisés dans l’aviation régionale, d’affaire et agricole.

U#7

Un article à retrouver dans le numéro 7 du magazine de l'université de Bordeaux