[podcast] Les épidémies : l’humanité aux prises avec la nature… et réciproquement

S’échappant de la boîte de Pandore à intervalles irréguliers, les épidémies semblent aussi imprévisibles qu’inévitables. Le troisième rendez-vous des Rencards du savoir proposait de mieux comprendre leur nature et leurs causes pour repenser les stratégies déployées. Plutôt que guérir, prévenir ?

  • 14/12/2020

 Culture sur brûlis en Thaïlande © mattmangum Culture sur brûlis en Thaïlande © mattmangum

En dépit de son caractère exceptionnel, l’épidémie de COVID-19 s’inscrit dans une longue histoire : celle des zoonoses. Peste, typhus, grippe espagnole, SIDA en sont autant d’exemples : ce sont des maladies infectieuses transmises de l’animal à l’homme, par l’intermédiaire d’un virus ou d’une bactérie.
Si les zoonoses tourmentent l’humanité depuis ses premiers pas, ces dernières décennies elles se font de plus en plus menaçantes. Selon l’OMS, il faudrait même craindre des « pandémies plus fréquentes et plus meurtrières » si l’on ne développe pas « des stratégies préventives. »

Prévenir ? N’est-ce pas le propre des épidémies de s’inviter dans nos vies sans crier gare ? Si l’origine de la COVID-19 reste en effet mystérieuse (le pangolin étant, a priori, disculpé), les mécanismes par lesquels virus et bactéries se transmettent entre espèces et individus sont depuis longtemps étudiés. Quant aux facteurs de risques favorisant ces tours de passe-passe, ils nous seraient bien familiers...

 

Revenir sur les causes et les processus des épidémies pour interroger les façons de les étudier et les combattre, tel était l’objectif du café-débat des Rencards du Savoir du 26 novembre dernier. Étaient réunis, pour en parler, trois chercheurs aux profils bien différents. Muriel Vayssier-Taussat, responsable du département santé animale à l’INRAE, est une spécialiste de la maladie de Lyme et a fait partie du comité analyse, recherche et expertise (CARE) qui a conseillé le gouvernement français sur les pistes de recherche pour répondre à la crise sanitaire. Xavier Anglaret, médecin et chercheur, dirige au Centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - Inserm et université de Bordeaux)  l’équipe Maladies infectieuses dans les pays à ressources limitées. Il s’est notamment penché sur le SIDA qui aura marqué un tournant dans les méthodes déployées face aux épidémies. Enfin, Sacha Kacki, archéo-anthropologue au laboratoire PACEA (de la Préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie - CNRS, ministère de la Culture et université de Bordeaux) étudie les maladies infectieuses auxquelles ont été confrontés nos ancêtres à travers l’examen de vestiges squelettiques.

L’homme, loup pour l’homme

Porter un regard sur l’histoire des zoonoses est riche d’enseignements. Si 75 % des nouvelles maladies infectieuses, dites émergentes, ont une origine animale, il serait trop rapide d’accuser mammifères et oiseaux de tous nos maux. Comme l’ont détaillé les intervenants du café-débat, ce sont les actions de l’homme sur son environnement et ses façons de vivre qui l’exposent à des risques. Et ce, dès le début du Néolithique (vers -6000 en Europe) : « c’est l’époque de la création de grands habitats groupés et de l’adoption de pratiques d’élevage, créant une proximité entre espèces et individus favorable à l’émergence des premières grandes épidémies » explique Sacha Kacki. Aujourd’hui, le commerce d’espèces en tous genres et la réduction de leurs habitats, tout comme l’aspect mondialisé de nos sociétés, ne font que renforcer le risque encouru. Certaines pratiques d’élevage sont également à questionner, comme le suremploi d’antibiotiques – souvent les mêmes qu’en santé humaine - pouvant provoquer l’apparition de nouvelles souches de bactéries devenues résistantes à ces derniers.

Vers une santé une et unifiée ?

Pour prévenir de nouvelles épidémies, la solution apparaît limpide : il faut considérer ensemble santé animale, humaine et environnementale. C’est l’idée que porte le concept one health, « une seule santé » que la crise sanitaire actuelle a mis au devant de la scène. Ainsi, dans le cadre du comité CARE, Muriel Vayssier-Taussat souligne qu’il a été acté la création d’une agence le 1er janvier 2021 qui réunira des experts de multiples disciplines ainsi que des représentants de la société civile afin de « coordonner l’effort de recherche sur les maladies infectieuses émergentes. » Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a par ailleurs annoncé le mois dernier la création d’un Haut conseil une seule santé qui pourrait être, sur cette problématique, le pendant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

"Depuis 30 ans, nous adaptons nos pratiques de recherche à un monde qui change vite, mais cette crise est un tournant » témoigne de son côté Xavier Anglaret. « Les problèmes environnementaux et sanitaires sont désormais tellement intriqués qu'il faut inventer de nouvelles manières de les traiter » ajoute-t-il.

Plus largement, c’est toute une façon de faire de la recherche qui pourrait sortir changée de cette crise sanitaire. Dans les collaborations, le partage des résultats, la communication vers le grand public, les intervenants ont souligné, des écueils aux réussites, les leçons à tirer de l’épidémie actuelle. Leçons à (re)découvrir, comme l’ensemble des échanges, dans le podcast de ce Rencard du savoir.

Par Yoann Frontout, journaliste scientifique et animateur des Rencards du savoir

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Programmation grand public annuelle constituée de cafés et de cinés-débats en lien avec des sujets d’actualité, les Rencards du savoir permettent à la recherche bordelaise de sortir des laboratoires et des centres de recherche.

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