[podcast] Perturbateurs endocriniens, n’en veux-tu pas, en voilà !

Ils sont partout : dans certains cosmétiques, produits d’hygiène, vêtements, jouets, aliments, emballages… Les perturbateurs endocriniens inquiètent et font souvent les gros titres mais que sait-on vraiment d’eux ? Les Rencards du Savoir proposaient, le 24 février, d’enquêter sur ces substances.

  • 05/03/2021

© Labex Cote © Labex Cote

Le 27 février, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Fort-de-France. Objectif : éviter qu’il y ait prescription sur le dossier de la chlordécone, un insecticide employé jusqu’en 1995 en Guadeloupe et Martinique qui a impacté les écosystèmes et contaminé les insulaires, amplifiant notamment la survenue de cancers de la prostate. La chlordécone fait partie de la longue liste des perturbateurs endocriniens : des substances qui altèrent le fonctionnement du système hormonal, dérégulant des fonctions comme la croissance ou la reproduction.

Le café-débat des Rencards du Savoir du 24 Février proposait d’observer les multiples facettes de ces perturbateurs endocriniens, de leurs natures à leurs réglementations en passant par leurs modalités d’actions et leurs impacts sur la santé. Catherine Bennetau, enseignante chercheuse en nutrition-santé et sciences animales à l’université de Bordeaux, Fleur Delva, médecin de santé publique et épidémiologiste au Centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - Inserm et université de Bordeaux) et Hélène Budzinski, directrice de recherche CNRS au laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (EPOC - CNRS et université de Bordeaux) ont souligné entre autres la complexité que revêt l’étude de ces substances.

Des cocktails à siroter avec modération

Féminisation de certains poissons due notamment à des médicaments contenant des hormones de synthèse et à des détergents industriels, réduction du pénis d’alligators en Floride suite à l’usage de pesticides organochlorés, modifications des taux d'hormones thyroïdiennes chez des goélands de l’île de Ré suite à l’assimilation de composés perfluorés... Les perturbateurs endocriniens ont de multiples effets sur de nombreuses espèces et leurs modes d’actions diffèrent tout autant. Quant à leur nature, ils sont divers et légions.

 

Chez l'humain, Fleur Delva explique « qu’il y a des preuves de perturbation endocrinienne lorsque les substances nocives sont assimilées à de fortes doses, comme pour la chlordécone ou le distilbène, un médicament autrefois prescrit pour prévenir les fausses couches. Lorsqu’il s’agit d’une exposition à faibles doses, ce qui est le plus fréquent, il est difficile de démontrer des associations avec des pathologies chez l’être humain »… même si ces faibles doses peuvent aussi être actives.
La quantité n'est pas le seul critère. C'est le vaste mélange de substances auquel nous sommes exposés qu'il faut considérer et l'apparition d'effets cocktails (les interactions entre différentes molécules créant ou amplifiant des effets délétères). Sans compter que ces mélanges détonants varient sans arrêt selon l'environnement !

Des trouble-fêtes bien discrets…

Autre difficulté : la détection et la quantification d’une éventuelle exposition. Comme l'explique Hélène Budzinski, « aujourd'hui, la majorité des perturbateurs endocriniens ne se bioaccumulent pas. » C’est-à-dire qu’ils ne se concentrent pas dans l’organisme d’un individu : ils sont éliminés ou transformés. Ce qui ne les rend pas pour autant inoffensifs...  « L'absence d'un pesticide, par exemple, dans l'organisme d'un oiseau ne signifie pas qu'il n'y a pas été exposé » met ainsi en garde la chercheuse. Des modifications épigénétiques peuvent notamment avoir été engendrées, c'est-à-dire des variations dans l'expression des gènes, pouvant entraîner des effets pour l'individu bien après son exposition au perturbateur endocrinien.

Complexe à étudier, complexe à freiner

Pourquoi ne pas interdire purement et simplement ces molécules dès suspicion ? Car les produits qui les contiennent ont des intérêts multiples et qu'en réguler leurs usages peut amener à des arbitrages difficiles... Les débats autour des plastiques et des pesticides sont bien connus ; ceux, plus récents, sur la limitation des phyto-œstrogènes de soja, moins. « Le soja est une plante qui a un fort intérêt nutritionnel » souligne tout d'abord Catherine Bennetau. Qui plus est, il est utilisé depuis très longtemps dans l'alimentation de nombreuses populations. Mais on oublie que « le soja d’hier n’était pas du tout préparé comme celui d'aujourd’hui, notamment dans les produits ultra-transformés où les quantités de phyto-œstrogènes sont élevées. Si l'on donne par exemple ces produits une fois tous les deux jours à des enfants, la dose seuil est dépassée. » Peuvent survenir alors (notamment) des problèmes de fertilité, à l'âge adulte.

Pour les isoflavones du soja comme pour d'autres perturbateurs endocriniens, les trois intervenantes soulignent des leviers d'actions possibles, de la façon d'étudier ces substances à leur réglementation, en passant par la chimie verte et nos modes de consommation. Autant d'éléments à re(découvrir), ainsi que l'ensemble des échanges, en podcast.

Par Yoann Frontout, journaliste scientifique et animateur des Rencards du savoir

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