Un agent virtuel pour le dépistage de troubles mentaux

Comment les patients perçoivent-ils le fait d’échanger avec un médecin virtuel ? Ont-ils confiance ? Les chercheurs du laboratoire Sanpsy dirigé par le professeur Pierre Philip ont mené une expérience à la Clinique du sommeil au CHU de Bordeaux pour comprendre comment un agent conversationnel est perçu par les patients. Leurs recherches viennent d'être publiées dans la revue scientifique Nature Digital Medecine.

  • 14/01/2020

Le premier agent conversationnel animé ou humain virtuel a été conçu en 2017 par les chercheurs du laboratoire Sanpsy (Sommeil - addiction - neuropsychiatrie ; CNRS et université de Bordeaux). Capable de conduire un entretien interactif intelligent pour diagnostiquer des troubles dépressifs, puis d’addiction à l’alcool et au tabac, il a été récompensé par le Grand prix de la recherche originale "Actions Addictions" Albatros la même année.

La publication de Nature digital medecine porte sur les facteurs qui expliquent l’acceptabilité d’un agent conversationnel numérique par des malades suivis en consultation médicale. La nouveauté concerne l’analyse des facteurs expliquant qu’un malade accepte de converser avec un agent virtuel (médecin virtuel) entièrement animé par un logiciel.

Le médecin virtuel, conçu par les ingénieurs informaticiens, possède l’apparence d’une femme et est présenté sur un grand écran à taille humaine. L’agent converse et s’anime à partir de séquences pré-enregistrées par "capture du mouvement" afin de simuler une interaction naturelle. Les patients peuvent choisir de répondre à l’oral ou à l’aide d’une souris en cliquant sur des boutons. L’objet de l’entretien utilisé dans cette étude porte sur l’évaluation de symptômes de dépression et d’addiction dans le cadre d’une consultation pour des troubles du sommeil.

Au total, 318 malades vus en consultation ont pu réaliser un entretien d’une trentaine de minute avec le médecin virtuel, puis ont pu remplir différents questionnaires évaluant leur perception de cet agent virtuel.

Les résultats montrent que plus de la moitié des patients (57,1%) ont apprécié l’interaction avec l’agent virtuel et sont prêts à être suivis sur le long terme par ce dernier. De plus, le facteur principal expliquant l’engagement des patients à parler avec un médecin virtuel est le degré de confiance qu’ils ont en ce dernier. Cette confiance est quantifiée sur 2 dimensions à savoir la bienveillance, (correspondant au sentiment que la personne est bien intentionnée et va prendre en compte les intérêts de l’autre) et la crédibilité (perception que la personne est experte et a les compétences dans le domaine). Les résultats reprécisent l’importance du contexte de l’usage et du contenu du discours dans l’interaction établie avec des agents virtuels pour expliquer leur acceptabilité. Ils renforcent également l’idée que la conception d’outils numériques pour la santé doit se faire en combinant étroitement les expertises numériques et médicales.

Concernant le profil des malades qui sont le plus enclins à dialoguer avec les agents virtuels, l'étude montre, de façon surprenante, que les personnes âgées et les personnes de faible niveau d’éducation sont celles qui se révèlent le plus ouvertes au dialogue et pourraient donc bénéficier de ces solutions numériques à condition que ces dernières s’appuient sur la confiance dans l’expertise médicale.

Sources : Institut des sciences biologiques du CNRS

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Contact scientifique

Pierre Philip
Professeur d'université et directeur de Sanpsy

Références bibliographiques

Trust and acceptance of a virtual psychiatric interview between embodied conversational agents and outpatients Philip P, Dupuy L, Auriacombe M, Serre F, De Sevin E, Sauteraud A, Micoulaud-Franchi JA