Maya Saleh, leader de demain en oncologie

Professeure de médecine à l’université McGill à Montréal, Maya Saleh est la lauréate 2019 de l’appel d’offre de la fondation ARC en cancérologie et rejoint ainsi le laboratoire bordelais Immunoconcept. Décrochant un financement total de 3 M€ pour 5 ans, elle y mènera l’axe d’onco-immunologie et développera sa propre équipe de recherche.

  • 06/01/2020

Maya Saleh a rejoint Immunoconcept pour y mener l'axe d'onco-immunologie © UB Maya Saleh a rejoint Immunoconcept pour y mener l'axe d'onco-immunologie © UB

« Je suis une biochimiste de formation qui trouve l’immunité fascinante. » Voilà comment se décrit la chercheuse canadienne d’origine libanaise qui a pris ses quartiers au laboratoire Immunoconcept* depuis septembre 2019.

Après une thèse en biochimie à l’université McGill, Maya Saleh effectue deux post-doctorats au sein du laboratoire pharmaceutique Merck à Montréal puis au La Jolla Institute for immunology à San Diego en Californie. La jeune chercheuse y étudie la mort cellulaire des neurones avant de s’intéresser à la mort des cellules immunitaires. « C’est au travers de cette expérience professionnelle que j’ai découvert ma passion pour les réactions immunitaires anti-tumorales, une discipline que l’on nomme onco-immunologie », précise-t-elle.

De la biochimie à l’immunologie

En 2005, Maya Saleh retourne à l’université McGill où elle est recrutée comme assistant professor de médecine. En 2010, elle s’affilie au Centre de recherche sur le cancer Goodman. L’année suivante, la scientifique est nommée directrice du programme Inflammation et cancer, et en 2018, elle est titularisée full professor de médecine.

« Initialement, je suis venue à Bordeaux en 2017 et en 2018 dans le cadre du programme Visiting scholar de l’Idex, afin de passer mon année sabbatique au sein d’Immunoconcept, explique-t-elle. L’idée était de lancer une collaboration entre le Québec et la Nouvelle-Aquitaine sur les maladies inflammatoires chroniques et les maladies auto-immunes. » C’est alors que se présente l’opportunité de soumettre un projet d’oncologie à un appel d’offre très compétitif de la fondation ARC.

© université de Bordeaux

« Cet appel intitulé Leaders de demain en oncologie a pour but d’attirer un chercheur expérimenté de l’étranger pour développer son équipe en France, précise la scientifique. Une seule candidature par an est acceptée et le financement s’élève à 1,5 M€ pour 5 ans. » En 2019, Maya Saleh est lauréate de l’appel. Ainsi, en septembre dernier, elle traverse à nouveau l’Atlantique et déménage à Bordeaux, accompagnée de son mari lui-même originaire de la ville, pour mener l’axe onco-immunologie d’Immunoconcept. « Cette installation est également soutenue par un co-financement local de 1,5 M€ provenant de la région Nouvelle-Aquitaine, de l’Idex Bordeaux par le biais d’une chaire senior, du Siric Brio et de l’université de Bordeaux et le CNRSCentre national de la recherche scientifique pour l’infrastructure. »

Plus particulièrement, le projet qu’elle pilote à Bordeaux s’intéresse au rôle des cellules immunitaires et du microbiome, l’ensemble des micro-organismes qui habitent le corps humain, dans la réponse aux immunothérapies du cancer. « Les lymphocytes T et les cellules tueuses naturelles font partie des principaux acteurs du système immunitaire, décrit la chercheuse. Lors d’un cancer, ce sont elles qui vont envahir la tumeur pour l’éliminer ». Cependant, la tumeur évolue et développe des stratégies pour échapper à la réponse immunitaire. 

Métastase de cancer du côlon dans le foie infiltré par des cellules myéloïdes © Maya Saleh

Des études ont découvert des récepteurs sur la membrane des lymphocytes T, appelés immune checkpoints, qui inhibent la réponse immunitaire. « Face aux tumeurs, ces récepteurs peuvent malheureusement fonctionner comme des freins et ainsi atténuer la réponse des lymphocytes T. » Les cellules tumorales sont alors tolérées par le système immunitaire. « Depuis, des immune checkpoint inhibitors ont été développés. Ces médicaments bloquent l’action des immune checkpoints, ce qui permet à l’organisme de reconnaître les cellules cancéreuses et de rétablir l’attaque de la tumeur. » Les résultats sont très prometteurs dans certains cancers et des essais sont d’ailleurs en cours pour les combiner avec des chimiothérapies, des radiothérapies, des thérapies biologiques ou d’autres formes d’immunothérapies.

Du patient à la paillasse

Cependant, tous les patients cancéreux ne répondent pas au traitement de la même manière. « Dans ce projet, nous étudions notamment d’autres cellules qui possèdent des checkpoints ou encore l’existence d’autres mécanismes immunosuppresseurs », explique Maya Saleh. La toxicité des médicaments varie elle aussi selon les patients et les tissus. « Nous savons que le microbiome intestinal joue un rôle dans la réponse des patients à certaines chimiothérapies et aux médicaments immune checkpoint inhibitors, nous essayons donc aussi d’identifier les composantes du microbiome qui influent sur leur efficacité ainsi que sur leur toxicité. » À terme, l’objectif de ce projet d’envergure est de proposer de nouvelles stratégies diagnostiques et thérapeutiques pour prédire ou renforcer l’efficacité des immunothérapies.

Maya Saleh prévoit de développer son équipe d’onco-immunologie en recrutant une dizaine de personnes d’ici fin 2020. « La plus grande différence avec mes travaux au Canada, c’est la façon de faire la recherche à Immunoconcept. Plutôt que de valider nos résultats de la paillasse vers les patients, nous étudions les patients et développons des hypothèses et modèles expérimentaux pour les tester en se basant sur des observations cliniques. » Quant aux différences culturelles, la chercheuse apprécie l’ambiance française, plus chaleureuse, qui lui rappelle ses origines libanaises, ainsi que la proximité avec les autres pays européens. « Et le climat ! », conclut-elle.

*Immunology from concept and experiments to translation - CNRSCentre national de la recherche scientifique et université de Bordeaux

Thèmes :

Contact

Maya Saleh
Directrice de recherche en onco-immunologie à Immunoconcept