Mars, Terre de vie ?

Avec ou sans hommes verts, la planète rouge fascine l’être humain. N’a-t-il pas toujours souhaité voir en elle ce qu’il connaissait de sa propre planète ? Le 4 octobre dernier, les Rencards du savoir invitaient à faire fi de la gravité pour voyager sur Mars, entre fantasmes et réalité.

  • 19/10/2021

La butte Kodiak dont l'érosion des strates rocheuses témoigne d'écoulements passés par le rover Perseverance dans le cratère Jezero de Mars © NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS La butte Kodiak dont l'érosion des strates rocheuses témoigne d'écoulements passés par le rover Perseverance dans le cratère Jezero de Mars © NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS

La dernière destination tendance ? Mars. Pour preuve, cette année, les États-Unis, la Chine et les Émirats arabes unis y sont allés. Pas d’astronaute dans ces voyages interplanétaires mais trois sondes qui se sont croisées – ou presque - dans l’atmosphère de la planète rouge. Deux d’entre elles poursuivent actuellement leur pérégrination sur le sol martien aux côtés d’un autre rover (robot mobile) : l’infatigable Curiosity, Mars-trotter depuis 2012 !

Si l’exploration martienne est aujourd’hui affaire de robots, certains scientifiques et entrepreneurs projettent d’y envoyer des colons, de terraformer la planète, d’y cultiver des plantes*... Entre rêves, sciences et spéculations, les frontières se brouillent vite. Que sait-on de Mars et que peut-on espérer y trouver ? Voilà une question aux échos bien différents selon les époques… Le café-débat des rencards du savoir du 4 octobre dernier proposait de l’explorer aux côtés de Fleur Hopkins, historienne des arts et des sciences au CNRS, Franck Selsis, directeur de recherche au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux (LAB - université de Bordeaux et CNRS), et Philippe Caïs, ingénieur de recherche CNRS en instrumentation spatiale au LAB.

Une gémellité fantasmée

Plus que toute autre planète, Mars a longtemps été l’objet de multiples analogies avec la Terre. Rien de moins surprenant : avec un télescope, il est aisé de distinguer des zones brillantes, rappelant nos calottes glaciaires ainsi que des variations de couleurs saisonnières nourrissant l’hypothèse d’une flore martienne, voire d’une agriculture extraterrestre. À la fin du XIXe siècle, des astronomes comme Giovanni Schiaparelli et Percival Lowell pensent même distinguer des structures rectilignes, jugées par certains artificielles : des canaux ? Alors que celui de Suez a été inauguré peu de temps auparavant, l'idée fait son bout de chemin...

Conséquence : « au début du XXe siècle, l'imaginaire martien est particulièrement riche » constate Fleur Hopkins. Si scientifiques comme écrivains dépeignent la planète et la vie de ses habitants, c'est aussi la communication avec ces derniers qui est expérimentée de façon folle et démesurée. « Ce sont des lettres enflammées dans le désert, des figures géométriques projetées au loin, des signaux en Morse et même de la connexion télépathique ! » énumère-t-elle.

Carte de la planète Mars dessinée par l'astronome français Camille Flammarion parue dans l'ouvrage Terres du Ciel. (1884)

« Astronomie et spiritisme en viennent à se rencontrer puisque l’un des grands astronomes de l’époque, Camille Flammarion, est persuadé que Mars est la destination des métempsycoses terriennes, les réincarnations des défunts. »

D’illusions en désillusions

1964 sonne le glas de cet imaginaire. Mariner 4, la première sonde martienne, dévoile une planète désertique et inhospitalière. Plus lunaire que terrienne, Mars ne fait plus rêver. Quoique...

Au début des années 70, une nouvelle sonde, Mariner 9, découvre ce qui semble être les lits d’anciennes rivières. Pourrait-on y trouver une vie au stade élémentaire ? La curiosité enfle pour retomber comme un soufflé : le duo de sondes Viking revient bredouille. Pendant plus de vingt ans, la stérilité martienne a raison de son exploration jusqu’à ce qu’une nouvelle question taraude l’être humain : et s’il y avait eu de la vie .

À la recherche d’une vie perdue

Les espoirs sont aujourd’hui placé entre les « mains » du bien nommé Perseverance. Ce rover est dans le lit d’un ancien lac et va atteindre un delta fluvial dans quelques mois, pour y prélever des sédiments. « Il s’agit notamment de comprendre l’histoire géologique de ce lac. Comment s’est-il formé ? Combien de temps a-t-il existé ? Des centaines, des milliers, des millions d’années ? » questionne Philippe Caïs. L’enjeu est de taille car, si la présence d’eau à la surface de la planète rouge est attestée, son existante à l’état liquide il y a 4 milliards d’années interroge. « C’est même là le grand mystère de Mars ! Pour expliquer de tels écoulements, il faut soit qu’ils aient été brefs, coïncidant alors avec des événements volcaniques majeurs, soit imaginer des conditions climatiques très différentes de celles que nous avions modélisées » détaille Franck Selsis.

Qui dit eau... dit vie ? « Nous n’avons pas de raison de le penser mais pas plus de l’exclure ! » souligne, non sans malice, Franck Selsis. L’objectif premier des carottages de Perseverance est d’ailleurs bien de chercher d’hypothétiques traces d’une activité biologique passée. « Le travail est en cours, poursuit Philippe Caïs, mais il faudra attendre encore une dizaine d'années pour récupérer les échantillons prélevés, les ramener sur Terre et obtenir, peut-être, des réponses à la question. » À travers elle, c’est plus largement celle de l’origine de la vie, extraterrestre comme terrestre, qui se pose… Ou encore celle du risque de contamination biologique par d’hypothétiques astronautes ! Autant d’aspects à explorer - sans combinaison ni scaphandre - grâce au podcast du café-débat.

Par Yoann Frontout, journaliste scientifique et animateur des Rencards du savoir

*Un récent essai simulé sur Terre s’est révélé concluant et a fait l’objet d’une publication dans Plos One

Lors de ce premier Rencard du savoir organisé à l'UGC Talence, en partenariat avec le CNRS, ont été projetés deux épisodes de Blow up d'Arte : les extraterrestres au cinéma et Voyage dans l'espace.

Les Rencards du savoir

Programmation grand public annuelle constituée de cafés et de cinés-débats en lien avec des sujets d’actualité, les Rencards du savoir permettent à la recherche bordelaise de sortir des laboratoires et des centres de recherche.

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Prochain Rencard du savoir : "Esprit critique, es-tu encore là ?"

Café-débat organisé par le service culture de l’université de Bordeaux, en partenariat avec le master Information et médiation scientifiques et technique (IMST) de l’université Bordeaux Montaigne et Cap Sciences dans le cadre de son exposition Esprit Critique, Détrompez-vous !