Deux jeunes chercheuses bordelaises, talents L'Oréal-UNESCO

Maude Wagner, doctorante de l’université de Bordeaux en santé publique, rattachée au centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH) et Floriane Gidel, post-doctorante au centre de recherche Inria Bordeaux Sud-Ouest, font partie des 35 lauréates nationales du prix "L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science" 2019.

  • 09/10/2019

Floriane Gidel (à gauche) et Maude Wagner © Fondation l’Oréal / Jean-Charles Caslot Floriane Gidel (à gauche) et Maude Wagner © Fondation l’Oréal / Jean-Charles Caslot

La Fondation L'Oréal, en partenariat avec l'UNESCO et l'Académie des Sciences remet depuis 2007 des Bourses France L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Ce programme a pour objet de révéler et récompenser de jeunes chercheuses talentueuses. A ce jour, un total de 230 jeunes femmes ont bénéficié de ce prix. En 2019, la Fondation L’Oréal-UNESCO a remis 35 Bourses, dont 5 exclusivement dédiées à des chercheuses effectuant leurs travaux de recherche dans les DOM-TOM. 

Le montant des bourses s’élève à 15 000€ pour les doctorantes et à 20 000€ pour les post-doctorantes.

Parmi les lauréates, deux jeunes chercheuses bordelaises ont été récompensées lors de la cérémonie officielle, qui a eu lieu le mardi 8 octobre au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris.  

 

Maude Wagner : la maladie d’alzheimer, une priorité de santé publique

Maude Wagner est en 3e année de doctorat en santé publique au sein du centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - unité Inserm et université de Bordeaux) et s’intéresse tout particulièrement à la maladie d’Alzheimer.  Selon des estimations de l’OMS, cette maladie affecterait à ce jour 47 millions de personnes à travers le monde. Elle se manifeste principalement chez la personne âgée par un déclin progressif de la mémoire mais ne résulte pas du vieillissement normal. Les lésions cérébrales responsables de la mort prématurée des neurones progresseraient des années avant l’apparition des premiers symptômes. La prévention reste une piste de lutte indispensable. Parmi les facteurs de risque modifiables identifiés, Maude Wagner en étudie deux : le mode de vie (ex. alimentation, activité physique) et la santé cardiométabolique (ex. obésité, diabète) qui offriraient des leviers essentiels pour l’élaboration de stratégies de prévention efficaces contre l’apparition de la maladie d’Alzheimer. La doctorante applique pour cela des modèles statistiques sophistiqués sur des données longitudinales issues de cohortes de populations âgées, telle que l’étude des Trois-Cités sur près de 10 000 personnes âgées de 65 ans à Bordeaux, Dijon et Montpellier (d’où le nom Trois Cités), ou l’étude américaine Nurses’ Health Study sur près de 122 000 infirmières.

 

Née à Sarlat et ayant grandi dans le Périgord noir en Dordogne, Maude Wagner a très vite été attirée par les mathématiques, leurs côtés « sciences exactes », elle qui a besoin de comprendre « comment ça marche ». Elle passe un bac ES puis entre en licence de Mathématiques appliquées aux sciences sociales à l’université de Bordeaux. Elle découvre en 2e année « un outil puissant qui va changer [sa] vie : l’épidémiologie. Utiliser des méthodes statistiques capables d’identifier les déterminants des maladies et de comprendre les mécanismes sous-jacents en population humaine devient instantanément une vocation ». Elle poursuit en master à l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) à Bordeaux, puis réalise une thèse à l'interface entre biostatistiques et épidémiologie dès 2016 au centre BPH sous la direction des deux chercheuses de l’Inserm, Cécile Proust-Lima et Cécilia Samieri.

Partager sa passion et témoigner de son parcours

En 2020, elle rejoindra l’équipe du professeur David Bennett à la RUSH university de Chicago pour réaliser un post-doctorat grâce au soutien financier français de la Fondation pour la recherche sur Alzheimer

Passionnée de littérature, de théâtre d’improvisation et de voyages, Maude Wagner a également créé un podcast « L’écume des thèses » dans lequel elle questionne, avec son collègue Corentin Ségalas, d’autres doctorants sur leurs recherches et leurs expériences de la thèse.
Elle explique être fière de devenir une ambassadrice « jeunes talents L’Oréal-UNESCO », qui est une opportunité unique d’entrevoir de nouvelles perspectives pour ses recherches futures, mais aussi d’aller au-devant de jeunes filles pour partager sa passion et témoigner de son parcours.

Floriane Gidel : soigner les tumeurs « incurables »

Floriane Gidel est post-doctorante au centre de recherche Inria Bordeaux Sud-Ouest dans une équipe de modélisation pour l’oncologie (MONC) sous la direction du chercheur Inria, Clair Poignard. Elle est basée à l’Institut de mathématiques de Bordeaux (IMB - unité CNRS, Bordeaux INP et université de Bordeaux), dans l’équipe Calcul scientifique.

Son projet de recherche concerne l'électroporation, une thérapie contre le cancer qui vise à proposer un soin curatif plutôt que palliatif aux patients ne pouvant être soignés avec les thérapies actuelles (chirurgie, radiofréquence, chimiothérapie...). La post-doctorante cherche à en modéliser l'effet sur les tumeurs, pour fournir un outil de visualisation aux cliniciens et les assister durant les interventions cliniques.

 

Depuis toute petite, Floriane Gidel souhaite « aider les autres, se rendre utile », elle a notamment participé à divers projets humanitaires. Tout comme Maude Wagner, elle a « toujours aimé les sciences, la rigueur et la curiosité qu’elles demandent, et le fait qu’elles permettent d’expliquer tout ce qu’il se passe autour de nous ». Après un parcours varié depuis l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse (Insa) où elle devient ingénieure en mathématiques et modélisation numérique, et des stages universitaires à Copenhague, Lausanne, elle passe 18 mois à l’université de Leeds en Angleterre puis 18 mois à l’Institut Maritime des Pays-Bas pour faire un doctorat sur la modélisation des vagues extrêmes (les vagues « scélérates »).

Remettre la femme au centre de la science

Floriane Gidel, qui apprécie l’initiative formidable de devenir ambassadrice du programme « Jeunes talents », aime expliquer comment et pourquoi elle utilise les mathématiques à tous ceux qui en ont gardé un mauvais souvenir d’école. « Ces mêmes personnes se surprennent à s’intéresser à ce que je fais, et à poser des questions pour en savoir plus. La vulgarisation scientifique que permet le programme Jeunes Talents est donc essentielle pour réconcilier les gens, et notamment les jeunes qui n’ont pas encore choisi leur carrière, avec les études scientifiques. Ce prix est aussi pour moi une opportunité d'expliquer qu'il est important de remettre la femme au centre de la science, car le manque de femmes dans les équipes de recherche engendre que beaucoup de problématiques concernant les femmes ne sont pas (ou que récemment) traitées par la science. »

Par exemple, tout le monde connaît les symptômes d'un arrêt cardiaque chez l'homme, mais très peu de personnes connaissent les symptômes chez la femme, précise Floriane Gidel, alors que les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes en France. Encore plus spécifique aux femmes, l'endométriose touche plus de 10% d'entre elles et pourtant la maladie est encore mal connue et mal diagnostiquée, car les équipes de recherche ayant longtemps été principalement masculines, les scientifiques n'avaient pas conscience de l'existence de cette maladie chronique. « Il est donc vraiment important aujourd'hui de rééquilibrer les équipes de recherches pour éviter la science genrée et répondre aux problématiques de l'ensemble de la société. Je trouve que le prix L'Oréal-UNESCO est une belle occasion de faire prendre conscience de cela aux futures générations. »

Contacts chercheuses

Maude Wagner
doctorante

Floriane Gidel
post-doctorante

Contacts presse

Laura Parot
Chargée de communication Fondation L'Oréal

Didier Dubrana
Responsable communication délégation régionale Inserm

Marine Guinle
Responsable communication Inria Bordeaux Sud-Ouest

Delphine Charles
Chargée de communication scientifique université de Bordeaux