Annonce des sept Grands programmes de recherche de l’université de Bordeaux

À l’occasion de l’annonce des sept projets labellisés Grands programmes de recherche de l’université de Bordeaux, entretien avec Manuel Tunon de Lara sur ces nouvelles orientations scientifiques.

  • 11/05/2021

© vegefox © vegefox

L’université de Bordeaux vient de labelliser sept Grands programmes de recherche (GPR), des projets interdisciplinaires axés sur un défi scientifique spécifique et d'envergure internationale : BPS, Brain_2030, HOPE, Human Past, IPORA, LIGHT et PPM*. Ces sept programmes ont été retenus après une phase de sélection avec l’appui d’un comité scientifique international composé de 13 personnalités largement reconnues dans leur domaine. En cohérence avec la projection de l’établissement sur une stratégie à l'horizon 2030, ces Grands programmes sont établis pour une durée de huit ans, avec une feuille de route pour les quatre premières années et une phase d'évaluation prévue à mi-parcours. Ils seront des outils au service de la stratégie des départements de recherche. Le financement accordé permettra d'accompagner des activités concourant directement à la production scientifique et à l’innovation, comme par exemple, des thèses et post-doctorats, divers événements…

Ces Grands programmes de recherche s’inscrivent dans le cadre du renouvellement de la politique de développement de la recherche d’excellence incarnée ces 10 dernières années par les LabEx et Clusters. À travers leur mise en œuvre avec ses partenaires du site dont les organismes de recherche (CNRS, Inserm, Inrae, Inria) et ses membres associés (Bordeaux INP, Sciences Po Bordeaux), l’université souhaite soutenir le développement d’une recherche à fort impact, à la pointe de l’excellence internationale.

Pourquoi labelliser des Grands programmes de recherche ?

© Arthur Pequin

Manuel Tunon de Lara : Une université comme la nôtre qui, en termes de force de recherche, compte au plan national et qui souhaite renforcer son inscription au plan européen et international doit faire des choix autour de priorités scientifiques contribuant à sa visibilité et son attractivité. Ces programmes ne résument pas l’intégralité de notre politique scientifique mais ils sont importants et représentent une forme d’excellence, de référence. Ils sont une marque emblématique pour notre université. Certains héritent d’un historique ayant conduit à une masse critique de chercheurs, un niveau d’excellence… D’autres sont plus récents, issus notamment des croisements interdisciplinaires autorisés par une université telle que la nôtre. Toutes ces priorités sont partagées avec des partenaires dont les organismes de recherche, qui contribuent à ces masses critiques.

Prioriser des orientations scientifiques était déjà notre démarche avec les établissements du site en 2007-2008 lorsque nous avons fait l’Opération campus et souhaité un nouveau modèle d’université. Nous avons alors profité du Plan des investissements d’avenir (PIA) et des LabEx pour soutenir financièrement des orientations stratégiques et cela a bien fonctionné. Les LabEx ont énormément contribué en attirant des enseignants-chercheurs, en faisant de la très bonne science. Ils ont su fédérer autour d’eux les organismes de recherche. Toute une dimension stratégique, économique et d’enseignement s’est construite derrière.

Quels sont les spécificités de ces Grands programmes de recherche ?

Tout d’abord, notre volonté était d’une part, de pérenniser la structuration de la recherche, et d’autre part de continuer à soutenir des projets ayant le même niveau d’ambition et d’exigence que les LabEx. C’est possible grâce aux départements de recherche de l’université, créés en 2019, qui vont piloter et porter ces projets d’excellence que sont les Grands programmes. Ils ont un rôle fondamental dans leur réussite.

La spécificité de ces Grands programmes tient aussi dans leur financement. C’est un investissement très fort pour l’université, à hauteur de 70 millions d’euros à l'horizon 2030. C’est une partie importante des moyens accordés à l’université de Bordeaux au titre de la labellisation comme initiative d’excellence. Enfin, avec les Grands programmes de recherche, nous avons souhaité abolir les frontières de disciplines, d’établissement, plaçant la thématique et l’excellence scientifiques comme angle d’attaque. Le programme finance les compétences, qu’elles soient à l’université de Bordeaux, dans un organisme de recherche ou un autre établissement du site s’ils souhaitent s’inscrire dans notre dynamique…

Une particularité importante qui ne change pas : cet argent est de l'argent public, emprunté par l’État, pour qu’il y ait une croissance, un retour sur investissement. Donc pour un euro investi, le but est d’avoir un effet levier, au moins un euro apporté par d’autres financements publics ou privés. C’est évidemment très ambitieux mais majeur.

Est-ce que le choix a été difficile parmi les 15 propositions ?

Tous les projets étaient de très bonne qualité scientifique. Le comité scientifique international a même été impressionné par leur haut niveau d’un point de vue scientifique, mais aussi leurs réponses à des défis sociétaux…
Ces dernières années, avec les LabEx et Clusters, il y a eu un effet de croissance sur le site, nous sommes plus forts, plus interdisciplinaires, mais comme nous avons les mêmes montants financiers, nous devons être plus exigeants. Nous nous sommes totalement fiés au comité scientifique, pour qui cela a été un crève-cœur de ne pas pouvoir soutenir des sujets qui étaient juste un peu en deçà. C’est d’ailleurs suite à ces recommandations que nous sommes est en train d’imaginer utiliser une partie du financement pour accompagner la dynamique de certains axes de ces projets que nous aurions pu labelliser si nous avions plus de moyens disponibles.

Comment ces projets s’inscrivent-ils dans la dynamique U30 ?

Ce qui a beaucoup changé dans les 10 dernières années, c’est que les établissements se projettent dans l’avenir, anticipent de quelle façon ils peuvent contribuer au mieux au progrès scientifique sur l’échiquier international. D’où le cadre U25 pour lequel nous nous étions fixés une trajectoire, des priorités scientifiques, un développement à l’international. Nous souhaitions déjà que l’université de Bordeaux soit reconnue dans certains champs thématiques, qu’il y ait une forme de signature scientifique. Ces champs thématiques continuent à se développer, certains se réorientent, d’autres apparaissent aujourd’hui avec les Grands programmes de recherche. Ils vont évidemment peser sur la nouvelle trajectoire de U30, au sein de notre université intensive de recherche, internationale. Une université dont le premier rôle est de former des étudiants, de former des jeunes à leurs futurs. Notre spécificité est d’avoir la chance d’adosser cette formation à une recherche au meilleur niveau. Il est évident que ces environnements de recherche qui sont en train de se construire, matérialisés par les départements, nourris par les LabEx en amont et les Grands programmes de recherche en aval, c’est le terreau dans lequel vont pousser les nouveaux diplômes, PhD, UBGrads

Qu’est-ce que cette étape dit de l’université de Bordeaux ? En quoi est-elle importante ?

C’est une étape importante car c’est désormais à nous d’organiser les orientations scientifiques de notre établissement, ainsi que leur apport à la stratégie nationale. Jusqu’à présent avec les LabEx et les financements, tout était contrôlé par des jurys internationaux et des dispositifs organisés par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Aujourd’hui nous devons apprendre à piloter notre stratégie en matière de recherche et nous appliquer la même exigence que le ferait une agence extérieure ou d’État. Il faut donc pouvoir assumer et faire des choix - ce qu’on fait aujourd’hui en poursuivant ou non certaines thématiques des LabEx et Clusters - c’est synonyme d’exigence et une nécessité, au vu des financements impliqués. Pour moi, c’est un des facteurs majeurs de la réussite. Cela marque ce qu’on pourrait qualifier d’entrée dans l’âge adulte pour notre établissement.

*Les septs projets retenus

BPS - Sciences des Plantes - Bordeaux (Bordeaux Plant Sciences)

Projet porté par Yves Gibon, chercheur Inrae au laboratoire Biologie du fruit et pathologie (BFP - Inrae et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Sciences de l’environnement
Autre département de recherche impliqué : Sciences sociales des changements contemporains (CHANGES)
Autres structures impliquées : Biogeco, BFP, EGFV, Ispa, Gretha, LBM, Mycsa, Œnologie, Save, BIC, BIC-PIV (Bordeaux imaging center-plant imaging unit) et Vine Wine Grande Ferrade

BRAIN_2030 - Initiative pour le futur des Neurosciences Bordelaises en Région Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux Région Aquitaine Initiative for the future of Neuroscience)

Projet porté par Daniel Choquet, chercheur CNRS à l'Institut interdisciplinaire de neurosciences (IINS - CNRS et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Bordeaux Neurocampus
Autres départements de recherche impliqués : Sciences et technologies pour la santé, Sciences biologiques et médicales, Sciences de la matière et du rayonnement et Sciences de l’ingénierie et du numérique
Autres structures impliquées : Neurocentre Magendie, IINS, IMN, Incia, Nutrineuro, Sanpsy et BIC

HOPE - Comprendre le bien-être et les comportements humains pour améliorer la société et les décisions publiques (Understanding Human Well-being and Behavior for better Policies & Societies)

Projet porté par Olivier Bargain, professeur de l'université de Bordeaux au Laboratoire d'analyse et de recherche en économie et finance internationales (Larefi - université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Évolution, comportements et organisations (ECOr)
Autres départements de recherche impliqués : Sciences sociales des changements contemporains (CHANGES), Droit et transformations sociales (DETS), Santé publique et Sciences de l'environnement
Autres structures impliquées : Larefi, Gretha, LabPsy, BPH, Comptrasec, Irgo, Laces et Passages

L'histoire de l'Humanité (Human Past)

Projet porté par Francesco d’Errico, chercheur CNRS au laboratoire De la Préhistoire à l’actuel : culture, environnement et anthropologie (Pacea - CNRS, ministère de la Culture et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Sciences archéologiques
Autres départements de recherche impliqués : Sciences de l’environnement et Bordeaux Neurocampus
Autres structures impliquées : Pacea, Ausonius, CRP2A-IRAMAT, Archéovision

IPORA - Recherche interdisciplinaire orientée vers l'élaboration de politiques en Afrique (Interdisciplinary Policy-Oriented Research on Africa)

Projet porté par Xavier Anglaret, chercheur Inserm au centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - Inserm et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Santé publique
Autres départements de recherche impliqués : Évolution, comportements et organisations (ECOr) et Sciences sociales des changements contemporains (CHANGES)
Autres structures impliquées : BPH, Gretha, Larefi, LAM et Comptrasec

LIGHT - Sciences de la lumière et de ses applications (Light sciences and its applications)

Projet porté par Brahim Lounis, professeur de l'université de Bordeaux au Laboratoire photonique, numérique et nanosciences (LP2N – CNRS, IOGS et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Sciences de la matière et du rayonnement
Autres départements de recherche impliqués : Bordeaux Neurocampus, Sciences de l’ingénierie et du numérique et Sciences et technologies pour la santé
Autres structures impliquées : LP2N, Celia, Loma, CENBG, IINS, IBGC, ISM, ICMCB, CRPP, IMS, I2M, CBMN, IECB, LCPO, BIC et ELORPrintTec

PPM - Matériaux post-pétrole (Post-Petroleum Materials)

Projet porté par Daniel Taton, professeur de l'université de Bordeaux au Laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO - Bordeaux INP, CNRSCentre national de la recherche scientifique et université de Bordeaux)

Département de recherche porteur principal : Sciences de la matière et du rayonnement
Autres départements de recherche impliqués : Sciences de l’ingénierie et du numérique, Sciences et technologies de la santé et Évolution, comportements et organisations (ECOr)
Autres structures impliquées : CRPP, ICMCB, ISM, LCPO, LCTS, LOF, LOMA, I2M, IMS, CBMN et Larefi

Contact

Direction de la planification stratégique institutionnelle

Pour en savoir plus

© université de Bordeaux - Freepik

Retrouvez les articles concernant les Grands programmes de recherche