À bord de Tara, des chercheurs bordelais traquent les microplastiques

Des scientifiques du laboratoire EPOC et de l’institut CBMN participent à l’expédition Tara Microplastiques 2019 pour étudier la contamination des microplastiques sur les dix principaux fleuves des côtes européennes. Une escale a eu lieu à Bordeaux du 6 au 8 novembre 2019.

  • 07/11/2019

La goélette scientifique Tara en escale à Bordeaux © université de Bordeaux La goélette scientifique Tara en escale à Bordeaux © université de Bordeaux

Après les mers et les océans, la goélette de la Fondation Tara Océan étudie désormais la pollution plastique en sillonnant les côtes européennes. Il est estimé que 80% des déchets plastiques en mer sont d’origine terrestre, transportés par les cours d’eau notamment. De mai à novembre, l’expédition scientifique Tara Microplastiques 2019 explore ainsi les cours de dix principaux fleuves d’Europe, tels que la Garonne et la Loire, pour identifier les sources, quantifier le flux, prédire le devenir et évaluer l’impact des microplastiques sur la biodiversité marine. Une quarantaine de scientifiques est impliquée dans la mission, dont des chercheurs du laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (EPOC - unité CNRS, École pratique des hautes études et université de Bordeaux) et de l’institut de Chimie et de biologie des membranes et des nano-objets (CBMN - unité CNRS, Bordeaux INP et université de Bordeaux).

Aux origines de la pollution plastique

« Une des problématiques liées aux microplastiques, c’est-à-dire d’une taille inférieure à 5 mm, est leur ingestion par un très grand nombre d’espèces de la chaîne alimentaire, du zooplancton à la baleine », explique Jérôme Cachot, professeur en écotoxicologie aquatique au laboratoire EPOC. Outre le plastique, les additifs, les micropolluants ainsi que les virus, les parasites et les bactéries fixés sur les plastiques se retrouvent également dans le système digestif des espèces marines. « Il a même été démontré que certains polluants peuvent passer la barrière biologique et pénétrer dans les tissus. »

Jérôme Cachot et Bénédicte Morin, enseignants-chercheurs au laboratoire EPOC, font partie des scientifiques bordelais impliqués dans la mission Tara Microplastiques 2019 © université de Bordeaux

Dans le contexte de Tara Microplastiques 2019, l’équipe du CBMN, dirigée par Sophie Lecomte, également directrice de l’institut, est chargée d’identifier les polymères plastiques prélevés. L’équipe d’écotoxicologues du laboratoire EPOC, dirigée par Jérôme Cachot, apporte une expertise dans l’analyse de la toxicité des plastiques sur les espèces aquatiques. Plus précisément, ces derniers étudient leur toxicité sur des bactéries marines, sur des embryons et larves d’huîtres et de poissons. Par ailleurs, dans le cadre d’une thèse en cotutelle EPOC-CBMN, la doctorante Charlotte Lefebvre travaille sur un protocole de collecte des plastiques. D’abord testé sur les plages des Landes et du Bassin d’Arcachon, il a été étendu aux berges des estuaires et appliqué sur tous les sites de l’expédition Tara Microplastiques 2019.

Une expédition entre terres et mers

« En plus des prélèvements sur les plages, les équipes de la mission analysent des microplastiques encagés pendant un mois dans chacun des estuaires », précise Bénédicte Morin, maître de conférences au laboratoire EPOC. Ces microplastiques placés dans les nasses sont, entre autres, du polyéthylène comme les sacs plastiques et du PET que l’on retrouve dans les bouteilles en plastique. Par ailleurs, « des moules ont également été encagées à l’embouchure de chaque estuaire afin d’étudier les plastiques absorbés dans leurs tissus. »

Prélèvement des nasses contenant différents plastiques et immergées pendant un mois dans le cadre de la mission Tara Microplastiques 2019 @ université de Bordeaux

Au total, une dizaine de chercheurs bordelais est impliquée dans la mission. Plusieurs d’entre eux ont participé à la collecte de plastiques, notamment lors de l’escale de Tara à Bordeaux du mercredi 6 au vendredi 8 novembre 2019. L’occasion pour les chercheurs de déposer sur le voilier du matériel provenant des berges de l’estuaire de la Garonne à Royan et des nasses placées à Lormont et Cadaujac. Charlotte Lefebvre a, quant à elle, embarqué sur la fameuse goélette en aluminium pour les trois dernières semaines de l’expédition. Une opportunité rêvée pour la doctorante. « Quelle émotion de voir Tara pour la première fois ! J’ai hâte de participer aux activités scientifiques, de découvrir la vie à bord d’une expédition et de réaliser mon premier quart de nuit au côté des marins ! »

 

Les résultats des analyses effectuées par les scientifiques bordelais permettront ainsi d’évaluer à l’échelle de l’Europe occidentale la contamination et les risques écotoxicologiques associés aux microplastiques charriés par les fleuves. La mission Tara Microplastiques 2019 s’achèvera le samedi 23 novembre à Lorient, port d’attache de la goélette.

 

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Contacts scientifiques

Jérôme Cachot
Professeur en écotoxicologie aquatique au laboratoire EPOC

Sophie Lecomte
Directrice du CBMN