Les présidentes et présidents de huit universités défendent leur liberté académique

Les présidentes et présidents de huit des grandes universités françaises ont signé une tribune en réponse à la proposition de loi relative à la généralisation de l'enseignement des enjeux liés à la préservation de l'environnement et de la diversité biologique et aux changements climatiques dans le cadre des limites planétaires.

  • 03/10/2019

© Gerd Altmann / Pixabay © Gerd Altmann / Pixabay

Climat : la liberté académique est-elle en danger ?

Les députés ont mieux à faire pour promouvoir le développement durable que d’imposer par la loi des programmes officiels aux universités.

On assiste depuis plusieurs mois à la multiplication des manifestations, grèves et manifestes appelant à un réveil écologique. Partout sur la planète, la jeune génération des étudiants et des lycéens se mobilise pour enjoindre aux pouvoirs publics de faire des enjeux de l’écologie et du développement durable une, sinon la priorité de leur politique.

La réponse de trois députés français est de légiférer. Mais sur quoi ? Sur les programmes d’enseignement supérieur en s’appuyant sur les conclusions d’un thinktank sur la nécessité de la prise en compte des enjeux énergétiques et climatiques dans les formations universitaires généralistes. Peu importe que les chiffres avancés sur le nombre d’établissements pratiquant de tels enseignements soient largement sous-évalués, il est temps de frapper fort. Et c’est ainsi que le projet de loi « relative à la généralisation de l’enseignement des enjeux liés à la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et aux changements climatiques dans le cadre des limites planétaires » voit le jour et que 80 députés le signent dans la foulée.

Quelle vision de l’université ces députés entendent-ils véhiculer ? Dans leur démarche, tout se passe comme si cette dernière ne s’était pas emparée de ces sujets depuis bien longtemps, que sa recherche – notamment en France - ne s’était pas penchée sur la globalité des enjeux liés au climat, à la biodiversité, à la transition énergétique, que ses formations n’avaient pas intégré ces problématiques complexes. Il y a là une méconnaissance totale du monde universitaire.
Quelle vision du parlement ces députés entendent-ils également véhiculer ? Est-ce son rôle d’établir par la loi le contenu des programmes officiels pour les universités ? Dans quel pays démocratique les programmes universitaires sont-ils dictés par la loi ? Si les universités ont une mission de service public à assumer, la loi leur assure l’autonomie et la liberté académique de déterminer la meilleure façon de l’assurer, notamment en définissant le contenu de ses programmes d’enseignement.

Les défis environnementaux sont complexes et sollicitent un très large spectre disciplinaire : sciences de la nature, de la matière et de la vie, sciences médicales, sciences économiques et sociales, sciences humaines. Pleinement conscientes de leur rôle et de leurs responsabilités, les universités n’entendent pas sensibiliser des étudiants qui le sont déjà, mais faire d’eux des acteurs capables de penser les enjeux du développement durable dans leur globalité - impact environnemental, gouvernance, viabilité économique, acceptabilité sociale -, capables de formuler des solutions multi-échelles, capables de favoriser leur mise en œuvre politique.

Plutôt que de se donner bonne conscience sur le dos de l’enseignement supérieur et de la recherche, ces députés auraient tout intérêt à légiférer sur des sujets de transition écologique concrets. Nul doute que l’expertise de nos chercheurs et de nos jeunes diplômés leur sera d’un précieux secours.

Tribune signée par

Jean Chambaz, président de Sorbonne Université, Président de la LERU (League of European Research Universities)
Christine Clerici, présidente de l’Université de Paris, présidente de la CURIF (Coordination des universités de recherche intensive françaises)
Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg
Alain Fuchs, président de l’Université PSL (Paris Sciences & Lettres)
Jean-Marc Gambaudo, président d’Université Côte d’Azur
Patrick Levy, président de l’Université Grenoble Alpes
Sylvie Retailleau, présidente de l’Université Paris-Saclay
Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux

Source : tribune du Nouvel Obs