Bordeaux Laval, une alliance familiale

Regards croisés sur les liens qui unissent les deux universités transatlantiques, séparées de quelque 5 000 km, par ses deux plus hauts représentants. Le recteur Denis Brière et le président Manuel Tunon de Lara reviennent sur ces relations privilégiées créées depuis plusieurs années entre l’université Laval à Québec et l’université de Bordeaux, officialisés depuis 2012 sous le nom d’Alliance Bordeaux Laval.

  • 26/06/2014

Que représente l’Alliance Bordeaux Laval pour vous ?

Denis Brière : Cette alliance représente la complémentarité, une force en recherche et formation autant pour nos étudiants que pour nos chercheurs. Les échanges se font non seulement au niveau académique et scientifique mais aussi au niveau culturel, en mobilité pour les professeurs et  les étudiants. A l’international, il est important de se tenir à jour en matière d’éducation. Notre lien avec Bordeaux nous permet de connaître ce qui se passe en France dans ce domaine.

Je pense que cette alliance a surtout un rôle très important à jouer au niveau de la recherche. Les retombées scientifiques qui en découleront nous permettront d’avoir une recherche de renommée internationale et très attractive. Les étudiants ne viennent pas à l’université Laval pour le recteur (rires) mais bien pour la qualité de notre travail, de nos programmes de formation et de recherche.

L’ensemble des partenaires que nous avons sur le site bordelais et au Québec nous permet d’avoir une véritable force de frappe. Ensemble, nous deviendrons très certainement plus forts. Nous sommes au plus près des problèmes de nos sociétés et nous contribuerons à travailler pour les résoudre.

Manuel Tunon de Lara : Je suis évidemment d’accord avec Denis Brière. Au delà des relations qui peuvent réunir deux universités aujourd’hui, on peut dire que le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche est aujourd’hui un champ international. Il est donc normal de créer des alliances.

Avec l’université Laval, on partage une même vision de l’université, de ce qu’elle doit être et du rôle qu’elle a à jouer, notamment dans la société. C’est cette vision partagée qui nous permet d’aller vers une structuration partagée. D’ailleurs, ce sont les Québécois qui ont utilisé en premier le terme d’universités sœurs. C’est donc bien un lien familial qui nous réunit. Un lien de partage et de confiance. Ce n’est pas une relation isolée. Elle s’inscrit dans celle que la France a tissé avec le Québec, dans un écosystème avec les autres partenaires du site bordelais, la ville et aussi la région qui sont jumelées avec leurs homologues québécoises.
Le fait d’être ensemble nous permet aussi d’aller plus facilement rencontrer d’autres acteurs internationaux.

DB : Il y a aussi l’amitié qui nous lie. C’est la clé pour pouvoir travailler ensemble. Les gens sont aussi enthousiastes qu’au premier jour.

A quelle étape sommes-nous de cette alliance entre les deux établissements ?

DB : Nous pouvons déjà dire qu’en recherche, nous avons pu identifier clairement certains axes : eau, bois et forêt, nutrition et photonique et laser. Il y a aussi de gros potentiels en neurosciences.

MTL : En fait, dans la dernière convention que nous avions signée entre nos deux universités en octobre 2012, une partie des orientations prises étaient celles affichées dans le cadre de l’Idex Bordeaux. En effet, dans le projet des Investissements d’avenir, nous avons présenté l’université Laval comme un acteur privilégié avec qui nous avions des projets communs. Cela montre le niveau de confiance que nous avons. Certaines de ces orientations sont d’ores et déjà devenues des Labex, des Equipex…
Nous sommes persuadés que si les universités veulent jouer un rôle dans le monde socio-économique, cela passe par l’exigence dans le domaine de la recherche. Les universités ne sont pas là pour créer uniquement de la connaissance et des savoirs, elles sont là pour former nos étudiants et développer une recherche d’excellence avec des exigences fortes. Ce sont ces priorités qui sont affichées dans le cadre de notre alliance.

Nous avons d’ores et déjà une centaine de publications scientifiques en commun, plusieurs dizaines de thèses en cotutelles. Les doctorants sont diplômés deux fois : de l’université de Bordeaux et de l’université de Laval, c’est un atout pour eux. Il y a également des doubles diplômes déjà actifs et d’autres en projet.
Au vu de la configuration bordelaise universitaire, de l’avancée de notre collaboration ancienne, des orientations stratégiques que doit prendre l’université Laval, nous pensons être prêts pour passer un cap. Un cap vers des structures intermédiaires, comme des structures en miroir : deux laboratoires de recherche qui travailleraient sur des thématiques en commun de chaque côté de l’Atlantique.

C’est pour cela que nous souhaitons signer une convention en octobre prochain et mettre en place une nouvelle feuille de route pour les trois années à venir. Cela pourrait peut être se faire dans le cadre d’une visite de la présidence française au Québec.

DB : L’échéance est rapide car nous sommes prêts. Depuis 20 ans environ, différents liens ont été créés entre les universitaires bordelais et de Laval, mais les informations n’ont pas toujours circulées et certaines pu se perdre. Ce qu’on essaie de faire, c’est structurer ces liens et conserver la mémoire institutionnelle de ces relations.

MTL : Il est important de dire que Denis Brière et moi-même avons piloté nos universités en parallèle, tout en gardant un contact étroit. Un maillage très fort a été créé entre nos deux établissements, l’ensemble des équipes de direction se connaît. Sophie d’Amours, la vice-rectrice à la recherche et à la création de l'université Laval était là la semaine dernière et a organisé des réunions et participé à des conférences sur le campus. Nous étions nous-mêmes à Québec il y a quelques semaines. C’est une forme de mouvement permanent…

DB : … et naturel. Tous ces ponts et ces liens n’ont pas été créés du jour au lendemain. Ils nous permettent de travailler ensemble aujourd’hui. A l’international, cette relation est unique pour l’université Laval. Bordeaux est notre partenaire privilégié et notre priorité.

MTL : Tout comme l’université Laval est le partenaire privilégié de l’université de Bordeaux. Nous avons honoré ce mercredi 25 juin Thomas A. Steitz qui a reçu le titre et les insignes de docteur Honoris Causa. Denis Brière n’était pas présent en tant que recteur invité mais il a présidé la cérémonie avec le chancelier des universités et recteur d’Académie, Olivier Dugrip, et moi-même pour accueillir ce prix Nobel de chimie. C’est peut être un détail mais c’est véritablement symbolique.