Litaq, un projet entre archéologie et environnement expliqué en vidéo

Raconter l’histoire de la côte aquitaine, de – 50 000 ans à nos jours, afin de mieux prédire son avenir est l’enjeu du projet interlabex Litaq. Pour cela, les chercheurs ont organisé une première mission de terrain à Soulac-sur-Mer il y a un an, avec pour objectifs de connaître les mécanismes passés d’évolution des populations, végétales, animales et humaines, et des milieux.

  • 26/03/2015

Nord Médoc. Plages de l’Amélie. Vendredi 21 mars 2014. 10 heures sous un ciel grisâtre. Entre deux marées, une quinzaine de personnes s’active sur la plage déserte. Archéologue, océanographe, géomorphologue, paléobotaniste, qu’ils soient étudiants en master, thésards, chercheurs, enseignants-chercheurs et techniciens des universités bordelaises, tous sont réunis pour le projet Litaq. Leur but : reconstituer et comprendre l’histoire des environnements aquitains de - 50 000 ans à maintenant, en étudiant à la fois le milieu mais aussi les traces laissées par ceux qui ont pu s’y installer.

 

En effet, à 1h30 environ des laboratoires de recherche et de Bordeaux se trouve un site extraordinairement riche, entre Soulac-sur-Mer et Montalivet. Il suffit de faire quelques pas le long de la plage pour s’en apercevoir et découvrir assez facilement – ou en grattant un peu - des traces d’ongulés, des tessons de céramique, une anse d’amphore, ou encore des huîtres et autres gastéropodes piégés dans des niveaux datant de l’époque gauloise et gallo-romaine.

Ce projet Litaq est né de la rencontre entre deux chercheuses travaillant dans le cadre de labex : l’océanographe Frédérique Eynaud pour Cote et l’archéologue Florence Verdin pour Lascarbx. Si des recherches environnementales ont déjà été menées et si certains sites ont déjà été fouillés, rares sont les études couplant approches environnementale et historique. « Nous n’avions jamais travaillé ensemble pour appréhender ce milieu sur le long terme » explique Florence Verdin.

L’idée est de faire un suivi régulier de cette partie du littoral, car c’est un milieu très changeant. Les tempêtes des dernières semaines ont d’ailleurs laissé des traces. Et aussi de « contextualiser les études et fouilles qui ont déjà été faites. Beaucoup de gens et d’institutions s’intéressent au littoral, on a beaucoup à apprendre les uns des autres » précise l’archéologue.

De carottes en découvertes archéologiques

L’objectif est aussi de comprendre l’évolution du paysage et les processus d’adaptation très rapides de ses habitants, afin également de mieux prédire son avenir. « Ici les hommes ont déjà été soumis aux aléas naturels et ont dû y faire face, il ne faut pas l’oublier ». Pour cela, les deux chercheuses ont organisé cette première mission d’une semaine à l’Amélie et aussi sur le site de la Lède du Gurp à Grayan-et-l’Hôpital.

« Il y a 5 000 ans environ, le niveau de la mer s’est stabilisé et les paysages ont commencé à ressembler à ceux que nous connaissons, attirant des populations qui comme l’homme d’aujourd’hui se sont installées à proximité des richesses offertes par le littoral. Ce qui explique l’abondance du matériel archéologique (ndlr : tessons de céramiques, silex…) » raconte Frédérique Eynaud, très enthousiaste du travail effectué tout au long de la semaine.

Et il fut riche même lors de cette avant-dernière journée. Pendant que Pascal Lebleu, Hervé Deriennic et Stéphane Bujan, du laboratoire Epoc tentent de sortir une carotte de plus de 2 mètres d’une couche d’argile qui permettra ensuite en laboratoire de reconstituer le paléoenvironnementGilles Arnaud-Fassetta, enseignant-chercheur à l’université Paris Diderot, note et photographie les différentes couches sédimentologiques apparentes. Alors qu’un peu plus loin, les étudiants en archéologie nettoient une structure circulaire qu’ils viennent de découvrir.

Constituée d’une trentaine de piquets de bois, elle s’apparente à un puits, ou peut-être un abreuvoir d’eau douce pour les animaux ou encore à une sorte de nasse pour poissons. Jean-Pierre Tastet, professeur émérite d’Epoc et Julia Roussot-Larroque, préhistorienne en retraite de Pacea, venus par passion et partager leur expérience, discutent de la question. C’est peut-être Stefanie Wagner, paléobotaniste à l’Inra travaillant sur l’évolution du chêne en Europe, qui aura le dernier mot. Mais pas tout de suite, car elle devra encore analyser et dater en laboratoire les morceaux de bois qu’elle vient de scier juste à temps. Quelques instants plus tard, l’océan reprend en effet ses droits sur la plage.