Trois questions à Michèle Lamont

Professeure de sociologie et d’études africaines et afro-américaines à l’Université de Harvard, Michèle Lamont a reçu les insignes de Docteur Honoris Causa de l’université de Bordeaux le mercredi 14 juin prochain. Québécoise et américaine d’adoption, Michèle Lamont a tissé des liens étroits avec la France tout au long de sa carrière.

  • 15/06/2017

1- Que représente pour vous le fait de recevoir les insignes de Docteur Honoris Causa de l’université de Bordeaux ?

Un honneur  d’autant plus qu’en tant que sociologue je travaille sur l’importance du concept représentation collective, qui est d’ailleurs l’un des aspects des travaux d’Emile Durkheim. 
Je suis donc très sensible au sens de cette distinction. Je remercie chaleureusement mes collègues Sandrine Rui et la communauté des sciences sociales bordelaise d’avoir proposé ma candidature. Je suis également fière de représenter les sciences sociales à un moment dans l’histoire où leur importance est incontestable.
Je suis enfin heureuse de partager ce moment avec mes proches que j’ai eu la chance de pouvoir inviter, dont mes amis sociologues français Patrick Simon et Patrick Le Galès. Et la perspective de découvrir Bordeaux me réjouit !

2- Quelles sont vos relations avec la France et ses sociologues ? Et que vous inspire en particulier l’œuvre d’Emile Durkheim dont nous célébrons le centenaire de la mort cette année ?

J’ai fait mes études doctorales en France entre 1978 et 1982, à l’université Paris 7 et à la Sorbonne avant de m’installer aux Etats-Unis. J’ai réalisé de nombreuses recherches comparatives sur les structures de la société en France et aux Etats Unis.  J’ai bien sûr étudié Pierre Bourdieu et été très influencée à l’époque par ses recherches. A cet égard,  mon premier livre paru en 1992 intitulé « La morale et l’argent » est une critique empirique de ses travaux.  J’ai par la suite collaboré étroitement avec Laurent Thèvenot et Luc Boltanski autour des points aveugles de l’analyse de Bourdieu. Cette coopération a donné naissance à la publication du livre  en 2000  « Rethinking Comparative Cultural Sociology: Repertoires of Evaluation in France in the United States » ouvrage important qui a contribué à raviver l’analyse culturelle comparative.
Quant à Emile Durkheim,  il est également très connu aux Etats Unis. Il fait partie des  grands classiques au même titre de Marx et Max Weber. Je l’ai découvert tout au début de mon parcours et il a inspiré ma trajectoire professionnelle sur des sujets comme les classifications sociales, les rituels,  la frontière symbolique… C’est une figure majeure de la sociologie.

3- Quels sont pour vous les principaux défis sociaux auxquels devront faire face les prochaines générations ? En France, aux Etats Unis ?

L’arrivée de D. Trump au pouvoir aux Etats Unis et  la percée incontestable de Marine Le Pen en France confirme que les deux continents sont aujourd’hui confrontés à question de l’exclusion sociale et à la représentation des minorités et des frontières symboliques. Trump distingue 3 groupes dans ses discours électoraux : les réfugiés, les immigrés et les musulmans. Cette montée de l’extrême droite est évidement lié au déclin économique et social. Il ne peut pas y avoir de prospérité sociale si l’économie ne marche pas. Tous les discours d’inclusion sociale sont vains sans redémarrage de l’économie. C’est le même problème aux Etats-Unis et en France.

www.michelelamont.org  

Conférence

La cérémonie a eu lieu le mercredi 14 juin au Pôle juridique et judiciaire (Pey-Berland). A cette occasion, Michèle Lamont a donné une conférence intitulée "Réduire le fossé de la reconnaissance : processus de dé-stigmatisation et production de l’inégalité".